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EN DÉBAT

Syndicats, partis et convergences : « Eux, c’est eux. Nous, c’est nous »

Pino CARLINO , Jean-Claude VANDERMEEREN

A lire les réponses de Jean Claude Vandermeeren et de Pino Carlino, on peut dire sans forcer le trait que pour la FGTB wallonne comme pour la CSC, les « convergences » sont à ranger au magasin des accessoires. Certes formellement les uns et les autres rappellent qu’ils ont approuvé — et même chaleureusement — le texte des convergences présenté avant les élections de mai 2003 mais ils soulignent à plusieurs reprises dans cet entretien combien la politique gouvernementale en matière sociale et fiscale est éloignée des propositions pré-électorales de la gauche politique. Ecolo est principalement préoccupé dans l’immédiat par des questions identitaires et si l’affirmation à gauche des Verts est désormais acquise, les problèmes stratégiques restent ouverts et les relations avec le PS demeurent problématiques. Quant à ce dernier, même s’il tente de marquer verbalement sa différence à l’intérieur de la coalition violette, il est dans un rapport de force difficile avec les Libéraux. Cette coalition conflictuelle met évidemment le PS en porte à faux vis à vis du programme des convergences. Tout cela était prévisible, sinon inévitable.

Dès lors toute nouvelle initiative visant à relancer le processus des convergences entre la mouvance associative, les partis et les syndicats n’apparaît ni souhaitable, ni d’actualité aux yeux de ces derniers. De ce point de vue on est loin des positions et propositions défendues dans ces colonnes par le socialiste Frédéric Delcor et l’écolo Luc Carton ainsi que par le président du MOC, François Martou (voir Politique n°31 et 32, octobre et décembre 2003)dont les déclarations tranchent avec celles de la CSC. Ces divergences sur les convergences sont d’ailleurs confirmées par l’absence de suites concrètes aux différents contacts informels et discrets tentés ces derniers mois pour relancer une initiative de rassemblement. On peut, avec d’autres, le regretter. Mais il est vrai que le contexte politique n’y est guère favorable.

Quand le chef de file de la FGTB wallonne s’exclame « Eux, c’est eux, nous, c‘est nous », ce plaidoyer pour l’indépendance syndicale pourra être vécu par certains comme un repli, il n’en est pas moins la traduction d’une situation de fait. Les organisations syndicales sont inquiètes et craignent le pire pour 2004 : leur souci majeur est de préparer une mobilisation pour éviter un plan global bis qui pourrait naître du contrôle budgétaire de 2004 ou de la préparation du budget de 2005. Le rapport de force que veulent construire aussi bien la CSC que la FGTB n’est pas chose aisée. D’autant qu’en dépit des déclarations de bonnes intentions, la proximité des élections sociales n’est évidemment pas un élément porteur pour une dynamique de front commun.

Les responsables syndicaux soulignent par ailleurs combien le centre de gravité politique divergent entre Flandre et Wallonie peut porter à conséquence pour la gauche. Une Flandre aussi marqué idéologiquement à droite est évidemment pesante au niveau fédéral. Mais il faut ajouter que ce rapport de force vaut aussi au niveau syndical. On a bien vu combien les réactions syndicales flamandes et wallonnes étaient différentes sur les résultats de la conférence sur l’emploi.

S’ils ne voient pas la possibilité, ni la nécessité de donner, par exemple, un prolongement politique aux « Assises pour l’Egalité », FGTB et CSC plaident, du côté wallon, pour un rapprochement avec le mouvement associatif. De ce côté-là on peut sans doute espérer des initiatives nouvelles. Mais il faudra aussi surmonter des blocages pour donner vie à ce « front commun élargi ». Il faut savoir, par exemple, qu’en vue des élections de mai 2003, une plate-forme de « convergences citoyennes » avait été rédigée en commun par la FGTB wallonne, la CSC, ATTAC, OXFAM et le CNCD. Le texte commun prenait des positions fortes en matière de fiscalité, de sécurité sociale, de droits civils, de développement et de contrôle des organisations internationales. Il s’agissait bien d’une première...mais qui est restée dans les cartons vu l’opposition des appareils syndicaux fédéraux. On peut espérer qu’aujourd’hui face aux menaces qui pèsent dans le domaine social comme dans celui de l’emploi, les réticences s’estomperont.

Pour le reste, les convergences devront attendre des jours meilleurs. Cela dit la question directement politique des convergences reste, elle, posée avec acuité par l’agenda électoral. Elle sera au centre de la campagne pour les élections régionales de cette année, en tous cas à Bruxelles.

De toute manière Politique entend continuer à jouer son rôle dans le dialogue et la confrontation démocratique entre les toutes les forces de gauche quel que soient leur statut et leur positionnement actuel. Et notre revue, dont c’est la principale raison d’être, favorisera tous les débats possibles et sans tabou. Dans le futur immédiat, dans notre prochain numéro, nous terminerons notre tour d’horizon sur l’état et l’avenir des convergences avec le point de vue de mouvements associatifs.

Hugues Le Paige

Compte tenu du contexte politique actuel, les convergences de gauche vous semblent-elles encore d’actualité ou sont-elles définitivement enterrées ?

Jean-Claude Vandermeeren : En mai 2003, la FGTB wallonne s’est prononcée en faveur des convergences politiques de gauche entre le PS et Écolo. Nous avions même invité les deux signataires à venir présenter leur accord lors d’un comité wallon de la FGTB. Nous nous réjouissons donc que ces convergences existent. De plus, nous estimons que les enjeux sociaux et politiques qu’elles mettent en avant restent entièrement d’actualité. Maintenant, l’essentiel c’est que ces idées de gauche puissent se traduire en pratique. J’espère que le PS et Écolo ne vont pas renier les lignes maîtresses de cet accord. Que ces deux partis se rassemblent ou non à l’intérieur d’une majorité gouvernementale n’est pas le plus fondamental. Ce qui importe, c’est que cet accord soit suivi d’effets. Il faut donc que tous ceux qui revendiquent ces idées soient disposés à les appliquer lorsqu’ils accèdent au gouvernement ou quand ils siègent dans l’opposition. Que chacun continue à défendre les mêmes thèses !

Pino Carlino : Pour nous, ce qui importait dans ces convergences, c’était d’élaborer un certain nombre de positions clés entre forces progressistes de l’espace Wallonie-Bruxelles afin de faire barrage au néolibéralisme. L’objectif de ces convergences était aussi de donner la priorité à des préoccupations sociales, que cela soit dans des dossiers belges, comme la sécurité sociale ou la défense des services publics, ou internationaux, dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services discuté à l’OMC et au sein de l’Union européenne.

Au plan purement syndical, ces convergences étaient une belle opportunité de développer une « démocratie sociale » au sein des petites et moyennes entreprises (PME), à savoir une meilleure représentation des travailleurs dans ces entreprises.

Quand on analyse la politique fiscale et les choix sociaux du gouvernement, on doit bien constater que l’on est loin des propositions défendues par les convergences...

Jean-Claude Vandermeeren : En effet. Nous avons évidemment un certain nombre d’inquiétudes. De son côté, la FGTB poursuivra sa bataille, en toute autonomie, en faveur de revendications syndicales. Nous continuerons à dire au gouvernement que nous ne sommes pas satisfaits de sa politique actuelle. Une série de dossiers présents dans le document des convergences et défendus par le mouvement syndical brillent par leur absence dans la pratique gouvernementale.

Pino Carlino : Les résultats du 18 mai 2003 ont montré qu’Écolo était exclu de la mise en œuvre des convergences. De son côté, le PS tient un discours de gauche mais gouverne au centre. Il y a donc un hiatus entre ce que certains sont prêts à défendre comme idées et puis la réalisation concrète ce celles-ci. Le gouvernement a fait un véritable hold-up sur la sécurité sociale en diminuant ses moyens ou en les utilisant pour abaisser les charges sociales des entreprises, sans aucune obligation de résultats en termes de création d’emploi. Au PS, on dit que si c’était possible on ne gouvernerait pas de la sorte. En attendant, le PS cautionne une politique de centre droit. Il reprend de la main droite ce qu’il a donné de la main gauche.

En dépit des critiques que vous adressez à la gauche politique signataire des Convergences, comment vous situez-vous par rapport à ces partis ?

Jean-Claude Vandermeeren : En ce qui concerne les Verts, ils ont progressivement grandi. Ils ont perdu les élections mais je ne les ai pas entendu dire qu’ils remettaient pour autant en cause les convergences de gauche. Écolo se repositionne par rapport à son électorat mais il continue à défendre les mêmes thèses que nous. Tant que leur positionnement ne bouge pas, nous continuerons à entretenir de bons rapports avec eux.

Pour ce qui est des liens entre la FGTB et le PS, la FGTB tient à son principe d’indépendance syndicale. L’action commune socialiste avait sa raison d’être à une certaine époque. Cette période est révolue. Il n’y a plus de ligne politique unique à suivre par les organisations politique, syndicale et mutualiste socialistes. Aujourd’hui, « eux c’est eux et nous c’est nous ! » ; ce qui compte c’est les résultats. Ce n’est pas pour ça que l’on tire sur le Parti socialiste quand il est au gouvernement. Mais il est clair que la politique du gouvernement avec les quatre partis que le composent ne donne pas les résultats espérés ! Du reste, tout cela ne nous empêche pas d’avoir des visions communes et des idées à partager.

Il est certain que nos rapports avec le PS sont plus importants que ceux entretenus avec le CDH ou le MR. Je crois simplement qu’entre le mouvement syndical et la gauche politique, il est normal que nous nous positionnons pour la gauche et non pas pour la droite qui défend des intérêts exactement contraires Mais ce que nous souhaitons, c’est que la gauche soit la plus fort possible et qu’elle ne se tire pas dans les pattes. Quand il y a des plates-formes de gauche qui sont claires et qu’il y a complémentarité, tant mieux ! Maintenant, c’est aux politiques à définir comment ils se situent : est-ce que la gauche veut se regrouper dans un parti ou mouvement ? Pour nous, ce qui compte surtout c’est d’être dans un rapport de forces suffisant pour faire avancer nos idées.

Pino Carlino : Contrairement à la FGTB qui, même si son message n’est pas très clair, appelle à voter pour le PS, la CSC, via le MOC — et c’est peut-être ça qui nous différencie de la famille socialiste — n’entretient pas de relations organiques avec un parti. Si cela est un atout en termes d’indépendance, en termes d’efficacité politique, les choses sont évidemment différentes. Du côté du Mouvement ouvrier chrétien et au sein de la CSC wallonne, nous nous inscrivons plus dans la construction d’un rapport des forces politiques — faut-il l’appeler « pluriel » à la française ? —, d’un rassemblement de centre gauche, qui ferait en sorte que le contenu et les préoccupations qui sont présentes dans les convergences de gauche soient développées en profondeur. Si possible à 100 pour cent puisqu’il y a moyen de construire des alternatives politiques. Ce qui nous intéresse c’est de faire converger des forces politiques de gauches qui sont à 90 ou à 95 pour cent d’accord sur un programme.

Dans le cadre de notre indépendance syndicale mais aussi en tenant compte du souci de pluralisme du MOC, nous travaillons à la construction de programmes qui puissent rassembler les forces de gauche au sein d’une majorité pour contrer la coalition de centre droit actuelle.

Les problèmes ne vont-ils pas s’aiguiser dans la mesure où le contrôle budgétaire et le vote du budget 2005 se rapprochent. Prévoyez-vous une mobilisation syndicale forte sur ces questions-là ? Des heurs plus sérieux sont-ils à prévoir avec le monde politique ?

Pino Carlino : Les décisions qui sont actuellement prises par le gouvernement et les rapports politiques, notamment entre les familles libérale et socialiste du nord et du sud du pays, nous font craindre le pire. Le prix à payer pour les francophones sur ce qui viendra sur la table dans les semaines et les mois à venir risque d’être très élevé.

Aujourd’hui on fait comme s’il n’y avait pas d’exigences du nord du pays dans la mise en œuvre d’un certain nombre de politiques ajustées et de transferts de compétences vis-à-vis des régions et des communautés. L’analyse objective de la manière dont les rapports de forces se prennent depuis maintenant un an au sein de ce gouvernement nous invitent à croire que de grands dangers pèsent sur des matières comme l’emploi, les allocations familiales ou encore les soins de santé. Voilà pourquoi, plus que jamais, il faut essayer de construire une alternative forte de centre gauche qui puisse stopper ces dérives potentielles-là. Ces barrages, nous aussi, mouvement syndical, nous devons les ériger.

Jean-Claude Vandermeeren : À la FGTB, nous nous attendons à ce que le budget 2005 soit un virage particulièrement délicat et difficile à négocier. Outre les problèmes communautaires, on doit se rendre compte que l’on risque de se retrouver avec un trou immense à combler. Et s’il n’y avait pas eu les "one shoot" des fonds de pensions de Belgacom et de l’amnistie fiscale, le trou budgétaire serait encore plus béant. Le fait d’avoir continué la réforme fiscale fait qu’il y a de moins en moins d’argent qui rentre dans les caisses de l’État. La poursuite de la réduction des cotisations sociales sans financement alternatif de la Sécurité sociale augmentent aussi fortement notre degré d’inquiétude. Parce que qui dit budget, dit influence sur la sécurité sociale. Il faudra donc rester vigilants et continuer à mettre la pression sur le gouvernement si l’on veut éviter un plan global bis.

Par ailleurs, ne négligeons pas les différences entre la Flandre et la Wallonie. Nous pouvons dire que la Wallonie se situe au centre gauche, alors que la Flandre se situe de plus en plus au centre droit. Au Nord, le Vlaams Blok tire de plus en plus vers la droite, le VLD est fortement ancré à droite, le CD&V lui est en train de se replier sur lui-même, donc essentiellement à droite aussi. Quant au SP.A, même s’il ne faut pas trop généraliser, il n’est pas du tout dans une dynamique de convergence des gauches. Les déclarations politiques de certains de ses leaders, surtout celles de Frank Vandenbroucke, le ministre de l’Emploi et des Pensions, peuvent paraître le plus souvent de centre droit. La réalité politique de la Flandre pose donc des difficultés énormes pour la gauche en général. Si nous parlons de la gauche en Wallonie, nous pouvons additionner le PS, Écolo et sans doute le CDH sous certains aspects ; ce qui nous fait une majorité wallonne qui pourrait être de centre gauche alors que c’est exactement le contraire en Flandre. Le poids de la gauche wallonne est grand au niveau wallon, mais minuscule quand il doit se mesurer à l’échelon fédéral. Nous ne pouvons pas négliger cette réalité-là.

Concrètement comment peut-on avancer dans la construction de cette majorité alternative ? Comment réussir à faire appliquer ce qu’il a de mieux dans les convergences ? Il y a eu l’expérience des Assises pour l’Égalité, à laquelle vous avez pu participer les uns et les autres et qui a permis à la gauche associative, syndicale et politique de se parler d’une manière concrète et de travailler sur des objectifs de fond importants. Certains voudraient tenter de prolonger cette démarche d’une manière ou d’une autre. Etes-vous ouverts à ce type de perspective ou cela vous semble-t-il difficile, délicat voire non souhaitable ?

Jean-Claude Vandermeeren : Au minimum, cela me paraît délicat. Il y a toujours une utilité à se parler à tous les niveaux mais je crains une amalgame entre les rôles du politique, des syndicats et de l’associatif. Si nous voulons respecter notre indépendance syndicale, nous serons peut-être amenés, seuls ou avec la CSC, à descendre dans la rue pour contester la politique du gouvernement. Je suis favorable à un renforcement d’un front commun syndical, même élargi au monde associatif, afin de définir des positions solides qui puissent aboutir à un rapport de forces favorable à l’application de nos revendications. Tout en sachant qu’il existe aussi un rapport de forces conséquent au sein du mouvement syndical. Je reste un fervent partisan du « eux c’est eux, et nous c’est nous ». Nous devons donc d’abord veiller à bien coordonner les mondes associatif et syndical, ce qui ne doit pas nous empêcher de parler avec les politiques.

Pino Carlino : Il est temps de réveiller la gauche de l’espace Wallonnie-Bruxelles. Nous devons agir là où nous vivons. Depuis les élections de juin 2003, c’est l’« anesthésie » générale à gauche. Plus personne ne s’exprime. Pourquoi la gauche s’est-elle tue sur le droit de vote des étrangers ou dans le dossier des réfugiés ?

Nous voulons rassembler les militants progressistes, réveiller les consciences et de dire : « voilà ce qui ne va pas dans le sens d’un mieux vivre pour la majorité de la population. » Ce travail-là, on ne peut pas le faire avec les politiques car ceux-ci sont à la fois juges et parties. Il est donc difficile de donner suite aux Assises pour l’Égalité. Il est sans doute bon que les gens se parlent, et il faut faciliter ce dialogue, mais la démarche des Assises de l’Égalité n’a pas eu beaucoup de succès. Peut-être l’explication est-elle là : on ne peut pas à la fois dire que l’on est avec et que l’on porte les aspirations de la société civile, des gens les plus faibles, et puis aller faire tout le contraire dans la mise en place des décisions politiques. Par contre, nous devons continuer à fédérer autour de nous parmi les gens de la société civile. Nous devons suivre une stratégie cohérente, intelligente qui, à moyen ou long terme, donnera des réponses aux cris et aux urgences des besoins des plus fragilisés. Cela demande un travail à la fois d’éducation permanente, de changements des mentalités, de mobilisation des forces et de stratégie politique. Telle est la voie à suivre quotidiennement en rapport étroit avec nos militants. Et si ces derniers se mobilisent en nombre pour soutenir les positions de la CSC, que cela soit dans la rue ou à l’occasion de travaux de réflexion et d’échange, alors celle-ci sera plus forte pour faire avancer les idées des convergences de gauche.

Vous dites tous les deux que vous ne pouvez pas trop compter sur les politiques, mais vous ne pouvez pas non plus espérer que vos revendications passent sans leur appui.

Pino Carlino : Bien entendu ! Tous les jours, au niveau régional et surtout au niveau fédéral - car c’est là où on parle des dossiers les plus importants - nous essayons de discuter avec les politiques. Mais le plus souvent, nous prêchons dans le désert et ce que nous leur disons n’est pas pris en compte dans leur action. La réponse de Franck Vandenbroucke est, par exemple, la suivante : « On voudrait bien appliquer les mesures que vous défendez mais Saint-Nicolas est passé et on a tout mis dans la réforme fiscale. Aujourd’hui, il n’y a plus de sous ! » Nous avons essayé de faire pression sur eux en matière de qualité de vie au travail. Nous leur avons expliqué que la diminution du nombre d’accidents de travail passera par une inspection sociale de qualité et un personnel suffisant. Mais aujourd’hui, on fait pourtant des économies en diminuant le nombre d’inspecteurs affectés à l’inspection sociale ou technique. Aujourd’hui, lorsque nous rendons visite à la ministre de tutelle, le discours est identique : « Vous avez raison, on voudrait bien mais les sous nous manquent. » Par contre, un budget permettant l’engagement de 120 inspecteurs en plus à l’Onem est octroyé pour contrôler les chômeurs de longue durée. Devant le constat d’échec de nos discussions avec les politiques, une seule solution s’impose : créer un rapport de forces qui nous soit favorable pour les obliger à nous écouter et à prendre note de nos revendications.

Jean-Claude Vandermeeren : Je partage cette analyse. Le texte des convergences de gauche, c’est eux qui l’on écrit. Lorsqu’il s’est agi de se mettre autour de la table et de faire un programme, c’est clairement le PS et Écolo qui étaient présents. Nous en avons pris acte et, objectivement, nous constatons que ce programme est globalement bon et qu’il reste d’actualité. À eux maintenant de le mettre en œuvre.

Encore une fois, je dis « Bravo pour les programmes préélectoraux », mais pas « bravo pour ce qu’il se passe en réalité ! »

Terminons sur une question connexe. Est-ce que la proximité des élections sociales va tout de même permettre un front commun syndical sur les grands enjeux sociaux et politique dont vous venez de parler ?

Jean-Claude Vandermeeren : En termes politiques, au niveau de la direction syndicale, nous avons la volonté de ne pas tout faire rater parce que il y a des élections sociales.

Même si les élections sociales ont toute leur valeur, elles ne doivent pas nous empêcher, même si c’est difficile et délicat, de rester proche. Malgré la concurrence entre nos deux organisations, nous ne seront pas appeler à constituer un gouvernement. Nous sommes là pour faire fonctionner la démocratie dans les entreprises. Ce n’est pas comparable avec une élection politique. Si demain, l’une ou l’autre organisation perd ou gagne un ou deux pour cent, cela ne révolutionnera pas l’ensemble du monde syndical, ce qui n’est pas vrai au niveau politique. Il ne faut donc pas perdre la tête parce que les échéances électorales approchent. L’enjeu principal, c’est d’aboutir à des revendications communes.

Pino Carlino : Il serait en effet dommage q’un intérêt particulier prenne le pas sur un intérêt de luttes et de rapport de forces communs à créer de manière générale. Le pluralisme syndical est un facteur très intéressant du point de vue démocratique. Cela peut évidemment créer des problèmes mais il est bon d’être stimulé par la concurrence. Nous devons veiller à tenir un discours qui donne la priorité à ce qui nous unit par rapports aux enjeux globaux de la société. À cet égard, on ne parle pas assez souvent du code de bonne conduite signé entre la CSC et la FGTB pendant la campagne électorale. Celui-ci vise à réduire ou à limiter les dépenses qui peuvent servir à des attaques « en dessous de la ceinture ». Cet accord donnera un caractère serein à ces élections sociales. Par ailleurs, les directions nationales et régionales se sont engagé à ne pas divulguer les résultats globaux avant la fin des élections. Ce qui n’empêchera peut-être pas qu’un ou l’autre délégué ou militant de dire qu’il a gagné dans son entreprise. Notons enfin que le syndicat libéral a refusé de signer le code de bonne conduite. Remarquons que d’un point de vue syndical, le risque est grand de voir un syndicat croupion, surtout en Wallonie, qui, arrosé de moyens financiers, va faire une campagne marketing sans précédent qui pourrait dépasser l’ampleur des campagnes des deux autres mouvements syndicaux. Cela aussi c’est une dure réalité régionale et nationale.

Propos recueillis par Hugues Le Paige, Willy Estersohn et Jérémie Detober.

Mots Clés : Gauche , Syndicalisme , Wallonie