Hors-d’oeuvre

Le PTB nouveau est arrivé

Henri GOLDMAN
rédacteur en chef de Politique

Le Parti du travail de Belgique existe sous ce nom depuis trente ans. C’est dire qu’il fait partie du paysage et que tous les observateurs un peu intéressés ont eu largement le temps de se faire une opinion au sujet de la prin-cipale organisation de l’extrême gauche belge. Dans la colonne positive, on mettra le désintéres-sement de ses médecins et de ses avocats qui ont recyclé dans un emballage marxiste-léniniste l’an-tique service des pauvres issus du meilleur de la tradition chrétienne dont ils sont issus. On mettra aussi dans cette colonne le refus absolu, qui confine à l’aveuglement, de mettre le doigt dans l’engrenage des polémiques communautaires. (Au point qu’une rubrique récur-rente de l’hebdomadaire du parti Solidaire s’appelle « Belgique, ne me quitte pas ! ».) Dans la colonne négative, il y a tout le fatras archéo-stalinien des derniers ado-rateurs de Kim-Il-Sung et de son génial fils. Et dans la troisième colonne, celle des curiosités, on trouve les conséquences d’avoir choisi un jour la Wallonie comme terre de mission, ce qui fait que la plupart des leaders wallons du parti sont en fait des Flamands qui s’y sont un jour installés.

Depuis le 2 mars 2008, la page est tournée. Au terme d’un processus de plusieurs années, le PTB annon-ce avoir changé sur toute la ligne. Il n’est plus d’extrême gauche et cherche à occuper tout l’espace à la gauche du PS. Il ne se réclame plus d’aucun modèle, et même Cuba n’échappe plus à la critique. Staline est renvoyé à l’histoire, et d’ailleurs « les gens » ne s’intéres-sent pas aux questions idéologi-ques. Surtout, une nouvelle culture des relations publiques se met en place. Finies les exclusives sectai-res où les flèches les plus acérées étaient réservées aux courants les plus proches. Manifestement, le succès du SP hollandais et de Die Linke en Allemagne, qui font désormais des scores électoraux à deux chiffres, donne des idées à des militants dévoués qui, sans doute, ont fini par en avoir marre de l’impasse groupusculaire.

Changement de génération, aussi ? Là, c’est moins clair. À côté d’un nouveau président de 38 ans (Peter Mertens), la génération des fonda-teurs reste bien représentée dans un bureau politique de huit per-sonnes qui ne compte qu’une seule femme. Plus troublant encore : la plupart d’entre eux étaient déjà membres du bureau politique pré-cédent, celui qui avait avalisé les derniers statuts votés en 2003 et qui viennent d’être remplacés par un texte beaucoup plus lisse.

Mais on ne résiste pas au plaisir pervers de vous livrer un extrait de ces statuts de 2003 auxquels tous les actuels dirigeants ont souscrit, histoire de goûter, une dernière fois, à un genre littéraire au charme tellement désuet. « Deux types de contradictions peuvent surgir dans le parti : des contradictions au sein du peuple et des contradictions entre le peuple et l’ennemi de classe.

Les contradictions avec l’ennemi de classe concernent les agents envoyés par celui-ci pour miner le parti de l’intérieur. Leur nombre est réduit. Nous devons renforcer notre vigilance et notre détermination contre ces éléments. Elles concernent aussi les éléments dégénérés qui rejettent et falsifient le marxisme-léninisme et le rem-placent par le révisionnisme ou le dogmatisme. Ils détruisent l’unité du parti et travaillent à la scission. Ils refusent d’appliquer les règles de la vie du parti et trament des intri-gues et des complots.

Ces éléments doivent être expulsés du parti. (…) La compréhension correcte du marxisme-léninisme en vue de l’ap-pliquer s’acquiert dans une lutte persévérante, concrète et dialecti-que contre le révisionnisme.

Cette lutte se dirige principalement contre le révisionnisme qui a gé-néré la contre-révolution dans les pays socialistes. Ce révisionnisme a provoqué la dégénérescence totale du parti de Lénine et de Staline. Le trotskisme constitue une variante de ce révisionnisme qui a mené à la disparition du camp socialiste en Europe. » [1] Si cette prose devait définitive-ment disparaître, quelque chose nous manquera…

[1] Le texte complet des statuts de 2003 peut être consulté sur http://www.solidaire.org/scripts/li.... Pour découvrir le PTB new look :http://www.ptb.be/fr/

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    et pourtant il y a bel et bien une place à la gauche du PS....qui n’est plus à gauche depuis belle lurette. Place donc vide actuellement, ce qui explique que la droite et ses idées occupent tout l’espace politique depuis bientôt 30 ans ; En l’absence d’alternative, c’est à se demander s’il ne vaut pas mieux "pardonner " au PTB sa dialectique et lui permettre d’occuper le terrain pour contre-balancer la tendance lourde au néo-libéralisme. Finalement Die Linke allemands ont en leur sein des éléments beaucoup plus staliniens.... c’est l’adhésion de nombreux militants progressistes non-SED qui en ont fait (...)
    Posté par Max08, le 25 juin 2008