Accueil du site  >Archives  >(n°53) : Les nouveaux défis (...)  >« Où va le sp.a  ? Sur la démocratie interne »
Uit Vlaanderen

« Où va le sp.a  ? Sur la démocratie interne »

Patrick VANDER WEYDEN
Docteur assistant à la Katholieke Universiteit Brussel (KUB) où il enseigne à la faculté des sciences politiques et sociales. Depuis janvier 2008, il est le nouveau rédacteur en chef de la revue (...)

Ce texte a paru dans Samenleving en politiek, n°9, novembre 2007. Cet article participe d’un intense débat au sein et autour du sp.a qui vise à dégager les leçons de l’échec électoral du 10 juin 2007.

La défaite électorale du sp.a et les glissements de pouvoir chez les socialistes flamands qui ont suivis ont fait couler beaucoup d’encre (…). Deux thèmes reviennent dans les analyses (…). D’une part, le sp.a ne serait pas, sur le plan idéologique, suffisamment (…) profilé à gauche ; d’autre part, son fonctionnement souffrirait d’un sérieux déficit démocratique. La lourde procédure de sélection pour la candidature à la présidence et la mobilisation des membres qui y est liée ont semblé ouvrir une boîte de Pandore (…). Dans les débats internes comme dans les médias, de nombreux membres actifs ont exprimé leur mécontentement quant au manque de participation et d’engagement de la base dans le fonctionnement et le positionnement du parti. (…) Maintenant que le débat sur le fonctionnement est à l’agenda, l’appel à davantage de participation doit trouver un contenu. Cela implique aussi d’autres questions plus fondamentales.

Le parti comme moyen

Une première question, à mon avis centrale, est de savoir comment un parti doit apparaître pour réaliser une société de gauche, sociale et solidaire, et donc acquérir un poids électoral assez important pour pouvoir influencer et donner forme à la politique à mener.

Tous les partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe occidentale sont nés quasi comme exemples types de ce que les politologues ont appelé des partis de masse. Ils ont surgi en dehors du parlement, comme un réseau de différentes organisations et ont essayé, par le poids du nombre, de s’introduire dans le système politique. Les partis de masse avaient aussi leurs propres canaux de communication, nécessaires pour communiquer avec les membres des différentes organisations du réseau, étant donné que d’autres canaux, comme les médias de masse, étaient absents ou avaient beaucoup moins d’impact fin du XIXe et première moitié du XXe siècle. D’un autre côté, par une communication propre, on pouvait mobiliser des appuis. Il fallait pour cela une organisation bien huilée avec une forte discipline et un cadre qui se professionnalisait au fil du temps. Par l’élargissement du corps électoral, les partis de masse étaient à la fin du XIXe siècle et pendant la première partie du XXe des prototypes d’organisations capables de mobiliser la nouvelle « masse » d’électeurs. Les partis catholique et libéral, voyant le succès des partis socialistes et confrontés à de grands groupes de nouveaux électeurs, ont senti la nécessité de se transformer eux aussi selon le modèle organisationnel d’un parti de masse. (…)

Entre-temps le contexte social a beaucoup changé. Par la démocratisation de l’enseignement et une fonctionnalisation économique poussée l’électorat a désormais une composition plus hétérogène et est quasi dépilarisé (psychologiquement).

De plus, les instruments de communication de masse sont plus divers et indépendants de la politique. Il serait utile que les sociaux-démocrates se demandent à nouveau aujourd’hui de quel genre d’organisation ils ont besoin pour construire une société solidaire et durable. (…) Quelle sorte d’organisation serait en ce moment la meilleure pour réaliser un projet politique de gauche ? Un parti ou une organisation politique est le moyen pour conquérir le pouvoir et réaliser les objectifs en termes de contenu. Il est essentiel de se demander, dans des moments de crise, si l’organisation convient encore dans un contexte politique et social qui a changé pour réaliser le but ultime. Ce qui ne signifie qu’on doive se demander (…) si les sociaux-démocrates sont suffisamment organisés pour évoluer continuellement sur le contenu sans devenir trop dépendants de quelques individus.

Parce qu’il existe une autre Flandre que celle à laquelle elle est souvent réduite du côté francophone.

Groupes de réflexion

Une social-démocratie de gauche a besoin de centres de réflexion qui développent des idées et des pistes sur des sujets importants comme la pauvreté et l’exclusion, l’enseignement, le travail, la sécurité sociale, la mobilité, la migration, l’Europe et les processus de globalisation, la solidarité internationale… Plaider pour le développement et le soutien à de tels « think tanks » ne signifie pas que tous les choix pris par le parti ces dernières années étaient erronés. Mais la base de ces choix était devenue particulièrement étroite. La raison en est, entre autres, la succession rapide des élections et le poids des responsabilités exécutives. Tout devait aller très vite et sous la pression du temps, de moins en moins de personnes étaient impliquées dans ces choix. (…) Les groupes de réflexion pourraient avoir comme avantage de ne pas être liés à la logique électorale. Ils peuvent travailler dans l’ombre, loin des spots des médias. Ils peuvent aussi avoir un caractère mobilisateur. Aussi bien des politiciens que des non-politiciens, à l’intérieur comme à l’extérieur du parti, pourraient y être actifs. Dans de tels groupes, des concepts peuvent naître et mûrir. Les responsables politiques pourraient y puiser des idées. Les groupes de réflexion ne doivent pas vouloir prendre la place des politiques. Ce sont les politiques (ou mieux : les candidats sur les listes) qui définissent en fin de compte les choix stratégiques. Ce sont eux qui doivent prendre leurs responsabilités devant l’électeur, ce sont eux qui sont jugés électoralement quant aux choix, bons ou mauvais. (…)

Ouverture contre fermeture

Par ailleurs, le sp.a ne peut pas éviter une discussion fondamentale sur les relations entre membres et non-membres. L’implication de non-membres dans le fonctionnement du parti et la place qui leur est faite sur les listes peuvent être considérées par certains membres comme non démocratique, mais est-ce vraiment le cas ? Le nouveau Partito Democratico (PD) italien, qui rassemble anciens communistes et anciens démocrates chrétiens, a choisi son président par le biais de primaires. Tous les Italiens âgés de plus de 16 ans pouvaient, moyennant le paiement d’un euro, participer aux élections pour la direction du PD. Finalement, Walter Veltroni a remporté plus de 75% des voix auprès de plus de 3 millions d’Italiens. Avec cette élec tion, Veltroni a surtout reçu un mandat des Italiens et pas exclusivement des membres de son parti. Ne me faites pas dire que c’est là le chemin que les socialistes flamands doivent emprunter. Cela démontre cependant qu’il existe différents modèles de participation et de démocratie dans le parti.

Ces derniers mois, il est apparu clairement qu’il n’existe pas au sein du sp.a de consensus quant au rôle des non-membres dans le parti et leur relation avec les membres. D’un côté, il y a la tendance que seuls les membres peuvent être impliqués dans le fonctionnement du parti, déterminer le contenu du programme et figurer sur les listes. De l’autre, du continuum on pourrait poser que l’affiliation au parti est sans importance et que la différence entre membre et sympathisant peut être levée. Sans aucun doute, un parti plus ouvert est plus proche de ce dernier modèle.

Les membres actifs et les sections locales ne sont plus représentatifs de la société moyenne

Le sp.a a évolué ces dernières années d’un parti très fermé, où le nouveau membre a à peine accès aux activités, vers un parti qui se rapproche davantage d’un parti ouvert. Ainsi, les candidats sur les listes ne doivent pas toujours être membres et des groupes d’intérêt peuvent formuler des propositions aux congrès idéologiques. Le membre traditionnel n’a guère apprécié. La transition d’un parti fermé vers un parti ouvert a été trop rapide et trop implicite, sans implication des membres, qui étaient censés avoir une confiance aveugle dans les décisions et la stratégie de la direction du parti. Il y avait trop peu de concertation et de justification à propos de certaines décisions et stratégies. De plus l’expertise des membres, à différents niveaux du parti, a été peu prise en compte. On a pu avoir l’impression que mieux valait ne pas être membre, pour être appelé « à grand bruit » et signifier « quelque chose » dans le parti. Ce qui a dû frustrer un grand nombre de membres actifs.

Cela ne veut pas dire que l’aspiration à un fonctionnement ouvert est une décision stratégique erronée. Cette évolution n’est pas due au hasard. Elle se place dans un contexte social changeant et une modification du profil des membres à l’intérieur du parti. Le nombre de membres a connu une baisse continue au cours de la dernière décennie. Ce n’est pas seulement le cas au sp.a, mais un phénomène auquel tous les partis européens sont confrontés. De plus, seul un très petit nombre de membres peut être considéré comme actif. Dans une élection à la présidence plutôt polarisée, nous pouvons constater que seulement un membre sur deux apporte sa voix. (…) Même dans des sections où ils sont massivement encouragés à s’impliquer dans le fonctionnement du parti, on voit que moins de 15% des membres participent à une ou plusieurs activités. J’ose douter que cela soit seulement dû à la programmation de ces activités. Résultat : les membres actifs et les sections locales ne sont plus représentatifs de la société moyenne. Ils ne sont plus les bonnes antennes pour saisir les signaux de la société et formuler des solutions aux problèmes qui se présentent. De plus, les gens s’affilient moins facilement aux organisations en général, et aux partis politiques en particulier. Ce qui ne signifie pas qu’ils sont moins intéressés par la politique, loin de là. Mais on préfère ne pas se lier inconditionnellement à un parti. Les citoyens intéressés ne doivent d’ailleurs plus s’affilier à des partis politiques ou l’un ou l’autre pilier pour s’informer ou s’engager. Au cours des dernières décennies, sont nés de nombreux mouvements et associations, indépendants des piliers traditionnels et qui ne demandent pas mieux que de réaliser leurs objectifs en dialogue avec les partis politiques, sans se lier exclusivement à un seul. Les partis de leur côté veulent aussi convaincre ces mouvements, dans l’espoir de rassembler derrière eux une partie d’un électorat très éparpillé. Pour le dire autrement : l’évolution vers un fonctionnement plus ouvert est une nécessité amère pour survivre électoralement et sur le plan du contenu.

Positions et attentes

Comme déjà indiqué, le problème central est que la discussion quant au fonctionnement du parti n’a pas été menée avec les membres. ce n’est pas un débat facile, car il signifie qu’il faut convaincre les membres de limiter leur propre influence et leurs opportunités à l’intérieur du parti au profit des « sympathisants », même inorganisés. Une telle discussion fait surgir d’autres débats et fait que toute l’organisation et le contenu des différentes positions peuvent être mis en question et doivent éventuellement être réformés.

Cette discussion doit finalement aboutir à une meilleure définition des rôles de toutes les positions à l’intérieur du parti : celles du cadre professionnel (les politiciens comme les employés du parti), les politiciens locaux et régionaux, les membres et les sympathisants. Une définition des rôles de chacun évite de créer de fausses attentes et permet d’engager les personnes impliquées dans les activités d’une manière professionnelle et motivante. Cela donne une direction, un objectif au fonctionnement d’un tel parti. La formation, la participation, l’information, la cohérence de contenu entre différents niveaux de la direction, la concertation et la campagne peuvent ainsi bénéficier d’une meilleure conduite et d’un meilleur contenu.

Dans une discussion fondamentale sur les rapports entre différentes positions dans le parti, l’ouverture doit aussi être faite, à mon avis, pour impliquer dans les débats d’autres partis de gauche comme Groen ! Ou des mouvements non traditionnellement socialistes comme l’ACW [1] ou encore des mouvements tiers-mondistes. Une telle discussion pourrait peut-être rendre possible en Flandre la formation d’un front de la gauche progressiste.

[1] 1 NDLT : équivalent flamand du Mouvement ouvrier chrétien