Démocratie

Le courage en politique

Jérôme JAMIN

On ne peut pas être facilement à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Union européenne, ce n’est pas du tout dans la nature du projet européen et les Britanniques commencent à s’en rendre compte. L’Europe, c’est bien entendu des traités mais c’est aussi de nombreux échelons intermédiaires de collaboration qui font que la question posée lors du referendum sur le Brexit était finalement une question stupide ! Un peu comme ceux qui proposent des conférences avec comme intitulé : « Faut-il être pour ou contre la société multiculturelle ? ».

Un pays européen ne peut pas être totalement à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Union européenne, il peut être dedans mais avec un minimum d’engagements, comme le Royaume-Uni depuis le début, il peut aussi être à l’extérieur, mais très proche de l’Union européenne dans de nombreux domaines et à travers des accords spécifiques en termes de frontières, de commerce, etc., comme la Suisse, la Turquie et d’autres pays.

De ce qui précède, on peut conclure que ce n’est pas l’avenir de l’Union européenne qui est menacé mais son élan, sa vitalité, sa capacité à mobiliser les gens vers des objectifs de haut vol ! Ce ne sont même pas les traités qui sont menacés, ni même les institutions, mais la taille de leurs budgets, leur légitimité, leur capacité à engager les gouvernements des États membres, à les persuader d’aller dans une direction, à suivre un cap ! C’est tellement vrai que les nombreux députés eurosceptiques qui siègent au Parlement ne cherchent nullement à dissoudre leur vénérable institution, ils veulent la renforcer sur certaines matières et l’affaiblir sur d’autres, mais personne ne cherche à détruire l’ensemble. On parle de socialisation institutionnelle et, à bien des égards, ça fonctionne aussi pour les partis d’extrême droite.

Si l’Union européenne se remettra d’un Brexit qui apparaitra tôt ou tard comme un faux Brexit, c’est-à-dire une sortie symbolique sur fond de futurs accords entre l’Union et le Royaume-Uni finalement assez proches de ce qui existe aujourd’hui… Si l’Union européenne se remettra des menaces populistes internes qui évoluent et qui ne troublent pas l’édifice global, mais simplement sa force et son élan au rythme des crises… Si l’Union semble encore avoir un avenir… Si tout ce qui précède convie à l’enthousiasme, un signal désastreux bien plus dramatique ne doit pas être négligé : les figures de José Manuel Barroso et de Jean- Claude Juncker. Le premier est devenu lobbyiste pour une banque d’affaires américaine qui incarne la toute-puissance des marchés sur les peuples, le second a fait de l’évasion fiscale le business model de son pays pendant des décennies, au détriment de tous ses voisins. Le premier a utilisé l’Europe pour sa propre future carrière personnelle – je commence à la Commission et ensuite j’irai dans le privé –, le second a utilisé son expertise en matière d’évasion fiscale pour faire accepter le modèle de son pays natal à toute l’Europe. Le premier affaiblit la crédibilité de l’Union européenne en incarnant physiquement et brutalement la collusion en haut lieu entre membres de l’élite politique, économique et financière, le second est arrivé à la tête de la Commission grâce à cette collusion, contre l’opinion, et contre une partie des députés du Parlement européen.

Les deux hommes sont sympathiques en tant qu’êtres humains, mais ils représentent une menace bien plus grande que tous les partis populistes réunis. Le courage en politique, ce serait de discréditer et de poursuivre le premier jusqu’à ce qu’il apparaisse comme un traître pestiféré sans intérêt pour aucune banque, et le courage en politique, ce serait aussi d’obliger le deuxième à se rattraper, en participant activement à cette initiative !

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    Le courage en politique c’est oser remettre en causes ses certitudes et oser aller à l’encontre des certitudes, prises pour définitives, et des injonctions sociales
    Posté par Olivier MONTULET, le 10 novembre 2016