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Café Carabosse

Le gendermanstreaming pour les nul-le-s

Irène KAUFER

Ce soir nous allons aborder la question délicate de la réforme de l’orthographe française. Ou plutôt, ce qu’elle a inspiré à notre gouvernement. Un exemple parmi d’autres, on pourra désormais écrire « ognon », sans ce « i » inutile. Bingo ! a pensé Charles Michel, faisons de même avec ce terme aussi barbare qu’emmerdant de « gendermainstreaming » : en supprimant un « i », on obtient « gendermanstreaming », ce qui a l’avantage de coller beaucoup mieux à la politique gouvernementale. Nous avons invité une représentante du Premier ministre pour nous expliquer les conséquences de cette réforme.

— Effectivement ! Comme vous le savez, rompant avec les conservatismes socialistes et les geignements écolos-bobos, ce gouvernement mise sur l’innovation, dans tous les domaines. Certains, et surtout certaines, avaient cru lire une ode à l’égalité dans la déclaration gouvernementale, mais, comme dirait notre excellente collègue Jacqueline Galant, « on nous a mal compris ». Voici donc ce qu’il fallait lire :

« Le gouvernement oeuvrera à intégrer la dimension du genre dans chaque domaine politique en vue d’éviter que la politique gouvernementale ne crée ou ne renforce une égalité entre les femmes et les hommes (gendermanstreaming). Une attention particulière sera accordée aux différences qui existent entre les femmes et les hommes dans le cadre des réformes socio-économiques ».

Vous voyez, une seule lettre vous manque et tout est clarifié. Et là, on peut dire que le gouvernement a tenu parole. L’allocation de garantie de revenu pour les temps partiels ? Bientôt réduite de moitié, ce qui touchera en grande majorité des femmes. La réforme des pensions ? Encore pire pour les femmes que pour les hommes, à cause de leurs carrières plus souvent interrompues ou à temps partiel.

Tenez, récemment encore, en réservant la revalorisation si généreuse de 1% de certaines pensions aux personnes ayant une carrière complète, le gouvernement a veillé à en exclure un grand nombre de femmes. Non mais ! Comme si élever des enfants ou faire la lessive donnait droit à une pension ! Sans blague !

— Une objection, quand même : d’après les statistiques de l’Onem, les sanctions contre les chômeurs pour recherche insuffisante d’emploi semblent toucher davantage d’hommes que de femmes [1]. Le gouvernement compte-t-il y remédier ?

— En effet, nous connaissons ces statistiques, mais elles sont la conséquence de mesures prises par nos prédécesseurs, mesures mal ficelées, comme d’habitude. C’est du passé ! Aujourd’hui déjà, les exclusions pour fin de droits touchent davantage les femmes [2]. La matière est désormais régionalisée, espérons qu’on restera sur cette bonne pente ! Le gouvernement fédéral, en tout cas, a des principes et il les respecte scrupuleusement.

[1] Entre 2005 et 2012, les politiques d’« activation des chômeurs » ont mené à des sanctions (temporaires ou définitives) de 16 105 hommes et 13 346 femmes, selon les chiffres de l’Onem.

[2] Estimation des exclusions pour fin des droits : plus de 60% de femmes (voir notamment le dossier de l’Union des villes et communes wallonnes).