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La difficile quête d’identité du Parti socialiste

Hugues LE PAIGE

Il y a des comportements – et des événements – qui ne trompent pas. Le PS est en quête d’identité.

Jusqu’il y a peu, le PS se distinguait de la plupart de ses homologues européens par la persistance de son ancrage populaire et un discours électoral de gauche même s’il était en contradiction flagrante avec ses pratiques gouvernementales toujours justifiées par le fameux « sans nous ce serait pire ». Jusqu’ici, cette incohérence politique « passait » tant bien que mal et masquait la crise idéologique qui frappe depuis près de trois décennies l’ensemble de la social-démocratie européenne peu à peu mais sûrement convertie au social-libéralisme. Mais, dans la nouvelle séquence politique, le PS, avec un pied dans l’opposition (au fédéral) et l’autre au pouvoir (régional), ne trouve plus ses marques. Parce que sa génération dirigeante n’a connu que le pouvoir et qu’elle peut à la fois condamner là et appliquer ici – peu ou prou – les mêmes canons de l’austérité.

Pour pallier ses contradictions de plus en plus flagrantes, le parti d’Elio Di Rupo tente des opérations souvent pathétiques et parfois peu glorieuses. Comme la « réintégration posthume » et en grande pompe au sein du PS de l’historique militante féministe et pacifiste Isabelle Blume, exclue du parti en 1951 pour ses critiques constantes et très sévères de la politique atlantiste du PSB durant la Guerre froide. Et cela, en ne remettant nullement en cause cette politique de l’époque dirigée par Paul-Henri Spaak et incontestée au sein de la direction du parti, mais, surtout, en s’annexant Isabelle Blume tout en taisant son appartenance au Parti communiste, de 1964 jusqu’à sa mort. Il y a là, à la fois, une manière de réécrire l’histoire qui rappelle de vieilles pratiques staliniennes et comme une tentative désespérée de se draper dans une identité de gauche à la dérive. L’article d’Elio Di Rupo, saluant dans Le Monde [1], la victoire de Syriza et appelant à soutenir le gouvernement d’Alexis Tsipras est du même tonneau. Il faudrait sans doute rappeler à l’ancien premier ministre socialiste que, dans les différentes instances européennes, son gouvernement et tous ceux auxquels il a participé ont avalisé sans restriction excessive les politiques d’austérité, y compris à l’égard de la Grèce.

Communication ? Récupération ?

Faut-il, enfin, ajouter que la présence du président du PS au départ de la récente Grande Parade organisée par « Tout autre chose/Hart boven hard », le temps de livrer quelques interviews, rentre dans cette même politique de communication. Une politique qui fait fi de toutes les contradictions entre posture et action politique. Pour rappel, une des premières manifestations publiques de « Tout autre chose », début janvier 2015, a été de participer à la protestation contre les mesures d’exclusion du chômage… prises par le gouvernement Di Rupo (celles qui font aujourd’hui « saigner le cœur » de l’intéressé).

Potentiellement plus sérieuse est peut-être l‘initiative du PS de réunir des « Chantiers des idées » pour irriguer et renouveler la pensée du parti et répondre à une grogne intermittente mais incontestable d’une partie des militants socialistes qui réclament de nouveaux repères. Les trois premiers chantiers retenus par l’Institut Émile Vandervelde opérateur de ce brainstorming collectif vont au cœur d’une contestation possible de ligne socialiste : « Sauve qui peut l’Europe, sauve qui peut la gauche européenne ! Fini la sainte croissance. Et l’ascenseur social (via l’enseignement) ? » Il y a là de vrais débats possibles si l’on veut bien aussi interroger et remettre en cause les pratiques d‘une social-démocratie qui s’est progressivement soumise à l’hégémonie idéologique du libéralisme. Mais l’histoire du PS est jonchée d’Assises en tous genres dont les « Ateliers du Progrès » en 2002 furent le dernier avatar resté sans lendemain. Pour qu’il en soit autrement avec ces « chantiers », il faudrait une volonté inébranlable des militants et une véritable mue de l’appareil. Sans illusion mais sans a priori, c’est ce que l’on peut souhaiter de mieux à la gauche de ce pays.

[1] « Après le vote des Grecs, l’Europe doit entendre la voix des peuples », Le Monde, 29.01.2015