Démocratie

Le mérite de la N-VA

Jérôme JAMIN
Université de Liège

Au-delà des définitions, trois éléments reviennent de façon récurrente dans les analyses sur l’extrême droite : la croyance en l’inégalité entre les hommes, les peuples et les cultures comme postulat de départ, le nationalisme comme projet protecteur (à l’appui du constat de l’inégalité) et le radicalisme entendu comme moyen, comme mode d’actions pour réaliser ses objectifs. La N-VA ne rencontre que très partiellement ce qui précède [1].

Concernant l’inégalité, la N-VA a toujours veillé à éviter de faire les mêmes erreurs que d’autres partis nationalistes en Europe, notamment ceux qui sont historiquement situés à l’extrême droite comme le Vlaams Belang flamand, le British National Party britannique et le Front national français. On ne trouve pas dans son discours de référence à l’existence de « races » et encore moins à une hiérarchie entre les « races », mais, surtout, on ne trouve pas de discours mobilisant la notion de culture, et partant de « culture supérieure », au sens d’une « seconde nature », une « culture/ race » inchangeable par l’individu qui en est le porteur (même s’il est de bonne volonté), c’est-à-dire une culture qui serait tellement intégrée aux individus que ceux-ci n’auraient que très peu de prise sur cette dernière. La N-VA parvient à contourner ce type de discours en mobilisant au contraire deux éléments qui s’intègrent parfaitement à la dynamique démocratique, même s’ils ne plaisent pas à tout le monde : les valeurs « travail, mérite, responsabilité » et les valeurs régionales (homogénéité linguistique, histoire, culture…).

Le nationalisme est présenté à la N-VA comme un vecteur de démocratie à l’échelle régionale et, en même temps, comme un vecteur de protection sociale contre la mondialisation et contre les transferts vers le Sud de la Belgique. La fin de la Belgique et l’émergence d’une région flamande devenue « nation flamande », fiscalement autonome et institutionnellement libre, sont des objectifs qui s’appuient sur un dispositif qui met les valeurs et les principes de la démocratie au cœur de son fonctionnement. En parallèle, ces principes sont présentés comme accessibles et indispensables à l’échelle flamande dans une perspective certes « égoïste » mais acceptable de repli sur soi (la démocratie ne condamne pas l’égoïsme et l’individualisme), et de redistribution ciblée des richesses aux citoyens méritants qui respectent les règles du jeu. Le nationalisme de la N-VA n’a de sens que dans le contexte très particulier de la Flandre en Belgique et de la Flandre dans un contexte européen et de mondialisation. Il est surtout économique et fiscal et les dimensions ethniques et culturelles sont diluées voir inféodées à ces priorités. Tout ce qui précède n’a que très peu avoir avec le discours de la Ligue du Nord en Italie ou le programme du British National Party aux Royaume-Uni, sans même évoquer les néo-nazis d’Aube dorée en Grèce ou de Jobbik en Hongrie.

Enfin, le radicalisme de la N-VA ne renvoie pas à un rejet des principes ou des pratiques démocratiques, dont la reconnaissance du pluralisme et de la nécessité de passer des compromis, ni à l’autoritarisme, au militarisme, au fanatisme ou à l’apologie de la violence. Il est essentiellement articulé contre l’État belge pour lequel il propose une voix confédérale forte avant la disparition de la Belgique. Il ne menace en rien le développement d’une démocratie forte à l’échelle régionale flamande. Souhaiter la fin d’un pays relève du radicalisme du point de vue de ceux qui y sont attachés, contrairement aux gens qui voient dans ce projet un vecteur d’autonomie, de démocratie, de liberté, de prospérité, de proximité et au final une certaine mainmise sur leur destin dans un contexte international inquiétant et en crise à de nombreux niveaux.

S’il est question d’inégalité à la N-VA, elle se situe au niveau du mérite des individus, de leurs efforts, et s’il est question de nationalisme et de radicalisme, c’est au nom du droit à se replier sur soi-même, entre méritants, contre les fainéants.

[1] Voir notre article « Essai sur l’idéologie de la Nieuw-Vlaamse Alliantie » dans Outre-Terre Revue européenne de géopolitique (juillet-août-septembre 2014, n°40, pp. 95-109), et notre entretien sur la question dans Le Soir du 15 octobre 2014.