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Un projet qui doit encore faire ses preuves

Luca CICCIA , Gabriel MAISSIN
Luca Ciccia est politologue et ancien secrétaire syndical.
Gabriel Maissin est économiste (UCL), spécialisé en sciences de la population et du développement.

Dans le numéro 85 de « Politique », plusieurs membres du collectif éditorial de la revue exposaient les raisons de leur vote du 25 mai. Les élections passées, ils commentent les résultats.

Le résultat électoral de Vega est des plus modestes : avec 15 208 voix (soit 0,62 %) aux européennes, respectivement 2070 voix (soit 0,51%) et 3501 voix (soit 1,02%) aux régionales à Bruxelles et à Liège. Sur le canton de Liège, berceau du mouvement, avec un score de 2%, le résultat est inférieur aux 3,16% des communales de 2012, qui avait pourvu Vega de son premier élu.

Des éléments circonstanciels peuvent expliquer cette faiblesse, au premier rang desquels « le vote utile à gauche de la gauche », ainsi que la focalisation sur un scrutin européen éclipsé par les enjeux nationaux… Mais en choisissant, le 2 février seulement, de se présenter aux élections, le mouvement n’avait sans doute pas mesuré toutes les difficultés d’organisation à surmonter et la faiblesse des moyens matériels pour mener une telle campagne. En tout cas, la faiblesse du score ne manquera pas de peser sur l’impact et le développement de cette jeune formation dans l’avenir immédiat.

Cependant, l’interrogation la plus importante qui se pose à Vega est celle de vérifier la pertinence de son projet politique. Sur le fond d’abord, et à moyen terme, de voir si « les verts à gauche » trouveront les formes adéquates pour le faire partager par des cercles de plus en plus larges.

Rappelons qu’au-delà de la séquence électorale, la démarche de Vega veut proposer un projet politique neuf : l’écosocialisme. Ce dont on parle ici ne consiste pas en l’ajout d’un adjuvant vert à un programme anticapitaliste préexistant, mais bien d’une nouvelle synthèse entre une écologie nécessairement anticapitaliste et un socialisme débarrassé des logiques du productivisme.

Surtout, la remise en cause du productivisme n’est pas le seul marqueur de ce projet politique. Une ambition démocratique radicale résumée par le vocable de révolution citoyenne synthétise cette option qui se propose de changer les formes de la propriété, les relations hommes-femmes, le système institutionnel et la hiérarchie des normes juridiques, sociales et environnementales qui organisent la société et l’économie.

Trop ambitieux ? Peut-être… Sauf si Vega se met en position d’utiliser au mieux ses quelques atouts :

• Étendre son ancrage local en s’appuyant sur le modèle de la « Coopérative Vega » de Liège – coopérative de citoyens qui relaie au plan communal les revendications et propositions venant du monde associatif, des comités d’habitants…

• Se doter d’outils permettant d’impliquer des sympathisants et des personnes ressources dans le but de renforcer l’élaboration et la diffusion des ses propositions.

• Poursuivre son insertion dans le courant « rouge-vert » qui s’est dégagé lors des élections à l’échelle européenne. (On notera que si la dimension européenne fut peu présente dans la campagne, le programme européen en 14 points de Vega sortait réellement du lot.)

• S’impliquer sur le front antiaustérité qui, dans le contexte politique particulier qui se met en place, va exacerber les enjeux sociaux et budgétaires.

Vega, le nouveau venu, parviendra-t-il à initier la mise en œuvre de cet ambitieux projet dans les prochains mois ? Cela reste une question largement ouverte, mais pas une raison suffisante pour ne pas relever le défi.

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