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Ne plus se tromper d’ennemi à gauche

Carlos CRESPO , Jean-Paul GAILLY
Sociologue, ancien formateur syndical, militant politique de gauche partisan d’une dynamique rouge-verte, il est dans l’aventure de Politique depuis sa création. Il affectionne particulièrement la (...)

Dans le numéro 85 de « Politique », plusieurs membres du collectif éditorial de la revue exposaient les raisons de leur vote du 25 mai. Les élections passées, ils commentent les résultats.

Le 25 mai dernier et les jours qui suivirent, au moins deux sortes de commentateurs de la vie politique belge ont vu leurs analyses prédictives démenties par les faits. Il s’agit, d’une part, des sondeurs et, d’autre part, des « PS-bashers ». Nous ne nous attarderons pas sur les premiers, même si l’on peut tout de même relever qu’ils se trompèrent surtout sur le score du Parti socialiste, mais évoquerons volontiers les seconds. Le PS, parti-pivot de la politique belge, constamment sous les feux des projecteurs médiatiques depuis des années, suscite fort logiquement tant une large adhésion d’un grand nombre de sympathisants qu’un rejet marqué de la part de certains détracteurs. De l’extrême droite à l’extrême gauche de l’échiquier politique, les critiques sont nombreuses dans les médias mainstream, sur internet ou au comptoir du café du commerce. Engeance droitière pour les uns, gang marxiste pour les autres, le Parti socialiste et surtout sa longévité gouvernementale inspirent nombre de critiques, quantitativement supérieures à celles subies par d’autres formations politiques.

Le dernier scrutin a mis à mal les analyses de certains médisants se situant pour beaucoup d’entre eux à la gauche de la gauche. Ceux pour qui la preuve ultime de la veulerie récurrente du PS réside en l’inéluctabilité d’une alliance gouvernementale avec le MR voire la N-VA doivent maintenant être gênés aux entournures. Les mêmes qui clamaient avec une absolue certitude que, malgré la virulence des discours de campagne, le PS n’aspirait qu’à une alliance avec ses meilleurs ennemis pour assurer une nouvelle fois son maintien à tous les niveaux de pouvoir envisagent désormais le renouvellement de leur répertoire critique. À leur grand dam, ce PS qu’ils honnissent et dont ils guettent avec acrimonie la moindre sociale-traîtrise, a refusé l’alliance avec la droite et a donc vraisemblablement fait le choix de l’opposition au fédéral !

Le ton un peu léger du début de l’article ne présage en rien des conclusions que nous soumettons à votre sagacité. Dans le précédent numéro de Politique, nous prenions la plume pour défendre l’intérêt de voter pour le PS. Nous avions très clairement exprimé l’idée que le PS ne devait pas aller au pouvoir à tout prix et qu’il fallait se préparer à d’autres éventualités : « Il ne faut bien évidemment pas considérer la perspective d’être dans l’opposition au plan fédéral comme un péril à éviter à tout prix, et il faudra opter, le cas échéant, pour une opposition parlementaire de gauche ultracombative en interaction avec les mouvements sociaux. » La nouvelle donne politique offre des perspectives renouvelées de rapprochement avec différents acteurs progressistes pour combattre la politique qui sera menée par le gouvernement des droites. Elle permet aussi de réfléchir à certaines formes d’unité de la gauche pour tenter de construire un rapport de force face à la majorité qui se met en place. Dans cette optique, il faudra également être attentif à l’évolution d’Écolo qui se trouve à un moment important de son histoire avec une obligation vitale de repenser l’écologie politique, mais aussi à celle du PTB qui devra décider si la volonté d’ouverture qu’il a récemment promue est plus qu’une stratégie de campagne. Dans tous les cas, avec les années sombres qui s’annoncent pour les classes populaires, la gauche ne peut décemment plus s’offrir le luxe de se tromper d’ennemi.

Mots Clés : Parti socialiste