Le dictionnaire du prêt-à-penser

Expertise économique 3

Mateo ALALUF
Sociologue

Regards économiques , publication des économistes de l’UCL (IRES), en attribuant un label de scientificité (économique) à de simples articles d’idéologie, traduit bien le nouvel esprit qui souffle sur cette discipline.

Des économistes avaient déjà précédemment fait porter la cause du chômage des jeunes, supposés peu qualifiés, au « coût salarial » plus élevé que leur productivité. L’injonction à baisser leur coût a conduit à des exonérations massives de cotisations sociales sans que le taux de chômage ne diminue pour autant. La dernière livraison de Regards économiques (n°11, 2014) en se focalisant sur les travailleurs âgés complète le tableau.

Sous le titre « Les enjeux du vieillissement de la force de travail », Vincent Vandenberghe se rallie, sans jamais la mettre en doute, à la nécessité de prolonger la durée d’activité. Comme le durcissement des conditions d’accès aux pensions anticipées et aux prépensions n’a pas donné les résultats escomptés, il en conclut, à juste titre, que les employeurs ne souhaitent pas conserver, et encore moins embaucher, les travailleurs âgés.

Notre auteur a banni le mot « licenciement » de son vocabulaire. Ce mot n’est d’ailleurs jamais mentionné dans son article. « Les entreprises, dans son vocabulaire, se séparent des travailleurs âgés » ou encore sont incitées « à interrompre les carrières » avant l’âge de la retraite. La raison, pour notre économiste, découle du fait que les travailleurs âgés coûtent trop cher. « L’accroissement de la part des âgés risque d’engendrer une baisse des profits » et constitue de ce fait « un obstacle au relèvement du taux d’emploi ». Il faudrait en conséquence aligner leur coût salarial (supposé élevé) sur leur productivité (supposée faible).

À l’opposé des optimistes qui pensent que le vieillissement de la force de travail aura peu d’impact sur les performances des entreprises, pour Vincent Vandenberghe, au contraire, leur handicap de compétitivité se trouverait considérablement aggravé. Pour sauver les entreprises menacées par ce vieillissement, il ne propose rien de moins qu’un « véritable pacte de l’âge ». La pièce maîtresse de ce pacte consisterait bien sûr à « baisser de façon sélective mais significative le coût-employeur du travail âgé, sans diminution du salaire poche, par réduction accrue des cotisations sociales ».

La progression des salaires à l’ancienneté contribue à découpler, selon notre auteur, salaire et productivité. À la différence des ouvriers dont les salaires n’augmentent pas avec l’ancienneté, cette perte de productivité avec l’âge serait particulièrement importante pour les employés qui bénéficient d’un tel système. Ne devrait-on pas dès lors profiter de l’unification des statuts ouvrier et employé pour supprimer la clause d’ancienneté qui nuit à la compétitivité des employés ? Il faudrait cependant prouver alors, par exemple, que les ouvriers du bâtiment, qui ne bénéficient pas de barèmes à l’ancienneté, ont une durée d’activité plus longue que celle des employés dans les services !

Jusqu’à présent, pour préserver l’emploi, on a procédé à des réductions massives de cotisations sociales, à des exonérations fiscales et à des aides à l’emploi dans les industries manufacturières. Or, c’est précisément dans ce secteur que les pertes d’emploi ont été les plus importantes. Marx révélait déjà dans Travail salarié et capital (1847) l’angle mort de nos économistes en écrivant : la guerre industrielle que se livrent les capitalistes « a ceci de particulier qu’elle ne se gagne pas en recrutant mais en congédiant les armées de travailleurs ».