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LE THÈME

La réforme inachevée (présentation)

C’est bien connu, la Belgique est un pays compliqué. Ailleurs, dans des « pays normaux » comme la France, l’Allemagne, les Pays-Bas…, on vote et des majorités se constituent sur base de l’arithmétique. Mais pas en Belgique. Car ce pays est un tel enchevêtrement de territoires et de populations historiquement situées qu’on est toujours à la recherche de la formule optimale pour faire fonctionner harmonieusement le tout.

À Politique, le « communautaire », ce n’est pas notre tasse de thé. On est nettement plus à l’aise dans les questions socioéconomiques, comme dans les « pays normaux » susmentionnés, avec quelques escapades vers l’écologie et les dites « questions de société ». Pour autant, on ne croit pas une seconde que les questions institutionnelles soient de « faux problèmes » et qu’il suffirait de décréter une Belgique unitaire et bilingue d’Arlon à Knokke-le-Zoute pour être tirés d’affaire. La Belgique nous intéresse aussi comme métaphore de la diversité humaine et préfiguration de l’utopie européenne. Reconnaître cette diversité et la faire fonctionner, permettre l’autonomie des personnes et des groupes et organiser leur solidarité, c’est un beau défi.

Déboule alors la sixième réforme de l’État. La dernière ? Clairement non. Dans des tas de domaines, des questions « communautaires » continueront encore à nous pourrir la vie. Les bricolages ont peut-être des vertus, mais faute de logique et de lisibilité, ils restent de fragiles rustines. La N-VA n’est pas seule à le penser.

Poursuivant sa réflexion sur les limites de la démocratie belge [1], Anne-Emmanuelle Bourgaux montre que le surcroît de complexité institutionnelle se paie d’un moindre contrôle citoyen sur la prise de décision. Et pour cause : Caroline Van Wynsberghe fait le long inventaire des mécanismes de protection des minorités qui viennent, pour les meilleures raisons de principe, parasiter le principe démocratique majoritaire. C’est à Bruxelles que la prévalence persistante du clivage communautaire débouche sur les situations les plus kafkaïennes. Caroline Sägesser ne nous épargne rien de la litanie des incongruités, des crèches aux maisons de repos, des clubs sportifs à l’accueil des migrants. L’unité des francophones face aux Flamands ? Chantal Kesteloot lui fait un sort. L’histoire montre que les relations entre la Wallonie et Bruxelles furent longtemps empreintes d’hostilité. Aujourd’hui, le retour en force de la primauté territoriale (la Région plutôt que la Communauté) permet d’envisager d’en finir avec le mariage bancal de la « Fédération Wallonie-Bruxelles ». Ce n’est manifestement pas la perspective de Jean-Paul Nassaux, qui s’en fait l’avocat, estimant, comme un auteur qu’il cite, qu’en matière d’enseignement, « les problèmes sont les mêmes à Bruxelles qu’à Charleroi » alors que, pour les coordinateurs de ce thème, les problèmes sont surtout les mêmes, d’une part, pour tous les enfants wallons et, de l’autre, pour tous les enfants bruxellois, qu’ils soient scolarisés en français ou en néerlandais. Geoffrey Grandjean nous fait visiter cette communauté-région de langue allemande qui vient troubler le face à face stérile des francophones et des Flamands. Enfin, avec Philippe Meunier, on explorera les effets potentiellement délétères de la régionalisation de la mobilité et des transports, tandis que Pierre Ansay, « paradiplomate retraité », nous racontera les coups fourrés que se livrent entités fédérées et État fédéral dans le cadre d’une diplomatie qui mélange parfois ses casquettes.

Ce Thème a été coordonné par Henri Goldman et Caroline Sägesser.

[1] Voir « La Belgique est-elle démocratique ? », Politique, n°83, janvier-février 2014.