Café Carabosse

Les ghettos au poteau

Irène KAUFER
Née en Pologne, psychologue de formation (mais non pratiquante), l’une des chevilles ouvrières de l’hebdomadaire POUR dans les années 70 puis reconvertie dans le commerce culturel et surtout le (...)

‘‘Ce soir, nous avons le plaisir d’accueillir l’auteure d’une proposition révolutionnaire : « Les ghettos au poteau ! », en réponse à une problématique qui pourrit la vie de certains de nos quartiers, livrés à de biens gênants envahisseurs. Tout d’abord, parlez-nous du constat à la base de votre initiative ?

- Il est simple. Avec l’arrivée massive de certaines populations, on voit l’environnement se dégrader : les prix immobiliers flambent, les magasins de proximité ferment les uns après les autres pour laisser la place aux commerces de luxe, on ne peut plus se promener en rue en jeans et baskets sans se faire agresser par des regards hostiles, nos enfants risquent leur peau en se prenant une balle perdue tirée par un bijoutier irascible... Nos jeunes ne peuvent plus se payer un logement, et voilà nos plus beaux quartiers transformés en ghettos de vieux bouclés à double tour derrière leurs portes blindées ! Sans même parler de l’explosion de la délinquance financière ! Et l’on peut craindre qu’avec l’augmentation des inégalités, nous n’en ayons pas fini de voir débarquer ces riches, attirés par notre générosité fiscale.

- Vous pointez aussi la chute du taux d’emploi...

- Je ne vous le fais pas dire ! L’antenne d’Actiris de ma commune a dû licencier du personnel, car ces gens-là ne cherchent pas de boulot, et même le CPAS est menacé.

- Un constat alarmant, en effet. D’aucuns vont jusqu’à proposer de construire un mur truffé d’alarmes sensibles aux portefeuilles (d’actions) trop bien garnis... Mais vous avez une autre proposition.

- En effet, car notre pays ne manque pas d’exemples de bonnes pratiques qu’il suffit de transposer. Prenez l’idée « etterbeekoise » [1]  : pas plus de quatre riches par rue. Ce n’est pas une solution idéale, certes, mais si l’on ne peut tarir le flux, essayons au moins de le canaliser. Le cinquième arrivé devra aller se faire voir ailleurs. Il y a aussi la méthode « carolo-liégeoise » [2]  : déplacer régulièrement le problème en faisant tourner les millionnaires. Un an à Uccle, un an à Woluwe-Saint-Pierre, un an à Lasne et un an à Rhode-Saint-Genèse. Comme ça, ils pourront aussi apprendre le néerlandais. Ou la langue des signes et le déchiffrement des pictogrammes, au choix.

- Vous ne craignez pas que certains vous accusent de richophobie ou de millionnairebashing  ?

- Bien sûr, nous savons hélas à quel point le politiquement correct fait des ravages. Mais ignorons ces minables quolibets. Nous savons toutes et tous à quel point la Belgique est accueillante aux riches, prête même à confier à l’un de leurs meilleurs amis le portefeuille des finances, puis celui des affaires étrangères – si j’ose parler ici de portefeuille. Les Belges forment un peuple ouvert, prêt à accueillir toute personne qui veut s’intégrer, même si cette intégration est rendue difficile par des modes de vie tellement éloignés des nôtres. Nous sommes donc prêts à ouvrir la porte... mais tout de même, nous ne pouvons accueillir toute la richesse du monde !

[1] En hommage à l’idée lumineuse du bourgmestre d’Etterbeek limitant le nombre de mendiants à quatre par rue.

[2] En hommage à l’idée lumineuse du bourgmestre de Charleroi, inspiré de son collègue de Liège, de faire « tourner » les mendiants chaque jour dans une commune différente, avec relâche le dimanche.