Démocratie

Homophobie ?

Jérôme JAMIN
Philosophe et politologue, Jérôme Jamin est chargé de cours en Science politique à l’Université de Liège, administrateur des Presses universitaires de Liège et directeur de la Foire du livre (...)

Lors d’un entretien télévisuel il y a déjà quelques années, Jean-Marie Le Pen indiquait qu’il allait finir par «  devoir se mettre en couple avec un étranger homosexuel juif de peau noire pour qu’on arrête de l’accuser de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie ». Ses propos visaient à dénoncer la charge de la preuve qui pèse sur celui qui est accusé de la sorte ! Les journalistes et autres intellectuels médiatiques lancent les accusations à l’encontre du Front national et de son chef, à charge pour ces derniers de prouver qu’elles sont fausses, ou exagérées. On ne va pas plaindre le vieux leader du Front national ! Il accumule depuis plus de 40 ans des propos scandaleux qui ne laissent aucun doute sur le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’homophobie qui animent sa vision du monde. En revanche, la situation est différente pour ceux qui aujourd’hui, au sein de l’Église mais aussi à l’extérieur, face à la question du mariage gay, sont accusés d’homophobie parce qu’ils ne soutiennent pas un des projets de campagne du président François Hollande.

On sent un malaise car ces opposants ont bien du mal à exprimer leurs inquiétudes sans céder à l’un ou l’autre propos généralisant sur ce qu’est ou devrait être la norme, des propos qui suscitent souvent et parfois très vite des accusations et qui imposent à l’accusé de se rétracter sans même oser expliquer son point de vue : « mes propos ont été mal compris », « je regrette si j’ai blessé quelqu’un », « ce n’est pas ce que j’ai voulu dire »…

Le débat en France affiche deux choses : les gens sont nombreux à exprimer leur crainte contre le mariage gay mais en même temps ils ont du mal à justifier leur droit à penser de la sorte, notamment parce qu’il s’agit simplement d’un point de vue, d’une norme à laquelle on est attaché sans autre motif. Ces gens ne sont pas tous homophobes, ils sont plutôt frileux, ils ont l’impression qu’on touche à quelque chose qui leur semble fondamental et, en définitive, lorsqu’il s’agit de légiférer, ils ont peur ! Et lorsqu’on leur demande de s’expliquer, ils sont maladroits ! Ce qui est logique, puisqu’il s’agit de défendre une norme contre une autre norme et que ni la rationalité ni la science ne peuvent aider dans ce genre de situation.

On peut reprocher aux opposants au mariage gay d’être conservateurs, ou égoïstes, ou les deux à la fois, on peut leur reprocher d’avoir une vision figée et dogmatique de ce que doit être une famille, on peut leur reprocher beaucoup de choses sans pour autant les accuser de haine ou de mépris vis-à-vis des homosexuels. Ces gens ne doivent pas être confondus avec les hommes d’Église qui associent les homosexuels aux pédophiles ou à d’autres stéréotypes visibles lors des gay pride. Ces opposants au mariage gay sont très différents. Ils ont simplement l’impression qu’un certain monde est en voie de disparition. Et, pour la richesse du débat d’idées, ils doivent pouvoir défendre une conception de la société ou de la famille sans être accusé de haine vis-à-vis des homosexuels. Cela doit être possible parce qu’on touche ici à la question de la norme, à ce qui devrait être idéalement la norme, et que personne ne peut prétendre détenir la vérité à ce propos : la norme fait débat et elle est en permanence au cœur du processus démocratique.

Accuser quelqu’un qui est contre le mariage gay d’homophobie, c’est tout aussi injuste et malhonnête que d’accuser quelqu’un de racisme parce qu’il considère qu’il y a un problème avec l’immigration. Dans les deux cas, on pourra reprocher la généralisation, le simplisme, le propos parfois malheureux, la vision conservatrice ou réductrice de la société, voire une certaine peur face à l’inconnu, mais en aucun cas de la haine. La richesse du débat impose d’aller plus loin avant de passer aux accusations.

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    Votre éditorial, bien que nettement plus modéré que ce qu’on a l’habitude d’entendre, contient déjà un certains nombre de prises de position qu’on pourrait qualifier de purement idéologiques... L’altérité sexuelle est-elle une "norme", ou une réalité constitutive du Vivant ? La sexualité est-elle la manière dont l’Humain s’enacine dans la nature, ou une simple gestion de fantasmes préfabriqués ? Comment un enfant se construit-il sexuellement ? Toutes questions auxquelles les partisans de la"théorie du genre", qui bien que n’existant pas aux dires de ses partisans produit néanmoins ses effets, n’ont (...)
    Posté par Ardwenn, le 8 août 2013