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Café Carabosse

Il n’est jamais trop tôt pour mal faire

Irène KAUFER
Née en Pologne, psychologue de formation (mais non pratiquante), l’une des chevilles ouvrières de l’hebdomadaire POUR dans les années 70 puis reconvertie dans le commerce culturel et surtout le (...)

‘‘En décembre dernier le grand Saint-Nicolas, patron des écoliers et du sexisme précoce, a déposé dans la cheminée une toute nouvelle poupée : Bébé Gloton. Alliance de tradition et de technologie, elle permet de préparer la petite fille, dès le plus jeune âge, à se mettre dans la peau d’une parfaite maman : il suffit de lui enfiler une camisole où les seins sont représentés par des pâquerettes, d’approcher la poupée et miracle... elle se met à téter ! Bon, le bruit de succion fait plutôt penser à un aspirateur en fin de course, mais le meilleur est pour la fin : une tape dans le dos, et Bébé Gloton fait son rot !

– Et après, il vomit dans les pâquerettes... ?

– Non, pour ça, il faudra attendre une version Bébé Gloton 2.0...

– Et il n’existe pas de jouet pour préparer les petits garçons à leur rôle de papa, genre manette à langer ? Parce que comme le répètent jusqu’à plus soif les homophobes de tout poil pour s’opposer à l’homoparentalité : pour faire un enfant il faut une femme ET un homme.

– Ce nouveau bébé ne fait pas l’unanimité... Les controverses ne manquent pas, que ce soit sur le risque de sexualisation précoce des petites filles ou l’atteinte à leur droit à l’imagination [1]... Mais sur leur conditionnement à la maternité, rien.

– Faut dire qu’il faut avoir de l’imagination pour voir du sexe dans des pâquerettes ou entendre un cri de jouissance dans un rot...

– Certaines chaînes de magasins ont pourtant fait un effort pour « désexualiser » leur catalogue de jouets, comme Super U en France [2]. D’autres en sont encore au « sac à main de maman » versus « les outils de papa » [3]. Mais le comble est atteint pour moi dans ces ordinateurs « pour filles » et « pour garçon » : non seulement celui de la fille est rose, avec un « miroir de princesse »... mais en plus, il a la moitié des fonctions de celui d’un garçon et coûte aussi moins cher [4] !

– Eh bien, j’ai trouvé quelque chose de pas mal non plus : des alphabets différents pour petites filles et pour petits garçons [5]. Exemple pour les petites filles : « B comme Bijoux, L comme Landau, S comme Secret... » Et pour les petits garçons : « C comme Cabane, F comme Fusée, P comme Pirate »... D’ailleurs on a compris dès la couverture : rose pour les filles, avec pour illustrations une princesse et un papillon, bleu pour les garçons, avec un cowboy et une soucoupe volante...

– Pourtant la présentation annonce : ces alphabets « font une belle part aux rêves des filles ou des garçons sans céder aux clichés sexistes ! »

– Soyons quand même honnêtes : on y trouve aussi des rêves de petites filles pas stéréotypés : « Quand je serai grande, je serai… astronaute, exploratrice, fée, illustratrice, présidente… »

– Oui : les filles peuvent toujours rêver. Les garçons, eux, seront « aviateur, chevalier, magicien, pompier… ». Pas puériculteur, secrétaire...

– Ni titre-service... Faut dire que les métiers de femmes n’ont guère de quoi faire rêver. Comme quoi il est encore plus difficile de casser les stéréotypes pour les garçons que pour les filles.

– On peut toujours réagir : une cliente a lancé une pétition contre le catalogue qui oppose « sac à main » et « outils », et elle connaît un certain succès. Voilà la firme bien embarrassée !

– Mais si vous pensiez que tout ça n’est que de la caricature, sachez-le : c’est du vrai de vrai de 2012 !

Mots Clés : Service public

[1] Le Soir, 1er décembre 2012.

[2] Repris sur www.lesnouvellesnews.fr : « Stéréotypes, ou pas, dans les catalogues de Noël », 29 novembre 2012 (article réservé aux abonnée/e/s).

[3] Catalogue de Vertbaudet.

[4] Voir article cité en note 2.

[5] L’alphabet des filles et L’alphabet des garçons, éditions Fleurus.