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Industries musicales : un avenir ouvert

Entretien avec Paul da Silva Ancien président et porte-parole du Parti Pirate français, hacktiviste, consultant en sécurité et auteur publié sous licence Creative Commons de Piratons la Démocratie, Paul da Silva imagine un avenir entre utopie démocratique et victoire politique, bien que jamais à l’abri de tentations régulatrices et commerciales.

Quel avenir pour le téléchargement, qu’il soit légal ou non ?

La question est plutôt celle de l’avenir de l’Internet d’une part et de la culture de l’autre, et du moment où ils se rencontreront. Le téléchargement n’est ni légal, ni illégal. Il est l’une des fonctionnalités du Net et à moins que l’on ne m’ait pas prévenu, il me semble que le Net est parti pour durer...

Que pensez-vous de Megabox (voir article de Serge Coosemans dans ce numéro)  ? Révolution nouveau MySpace, soit l’équivalent culturel de la bulle spéculative ?

On n’en a pour le moment qu’un aperçu, mais, en effet, c’est la remarque que je me suis faite. Surtout que quelques jours avant l’annonce de la sortie de Megabox, MySpace faisait précisément savoir que le sien allait être refondu. Quoi que donne au final Megabox, on restera de toute façon dans un système de fournisseur contre clients. C’est l’inverse de ce qu’est Internet et c’est l’inverse de ce qu’est le P2P, qui met chacun de ses utilisateurs dans les deux rôles et utilise donc à plein le potentiel horizontal et subversif de l’Internet.

Peut-on envisager l’industrie du disque classique reléguée en deuxième division et une concurrence acharnée autour des artistes entre Megabox et iTunes, par exemple ?

J’espère que Megabox ne durera pas, comme j’avais espéré qu’iTunes ne dure pas... Les maisons de disque devraient quant à elles durer... Si elles s’adaptent.

Ont-elles réellement un avenir ?

On ne peut que spéculer mais si elles s’adaptent, elles auront toujours un rôle à jouer, au service de l’artiste, embauchées par lui... Elles peuvent l’aider dans sa carrière sur des points complexes comme l’organisation d’une tournée, la comptabilité et d’autres tâches dont l’artiste ne peut ou ne veut s’occuper. Elles doivent se réinventer et trouver d’autres sources de revenus que ce qui les a essentiellement nourries jusqu’à présent, à savoir la vente de supports musicaux.

Quel avenir pour les intermédiaires du secteur ?

Le nombre d’intermédiaires du secteur est bien trop élevé pour tirer de la situation des généralités. Si la distribution devait en arriver à se faire exclusivement via Internet, je ne souhaite toutefois pas que ce soient iTunes, Megabox et autres maisons de disques dématérialisées qui s’en chargent. Les acteurs historiques en viendront sans doute à disparaître mais ils peuvent aussi se recycler, commercialiser par exemple des objets de collection. La situation actuelle est encore trop peu lisible pour pouvoir en deviner la suite. Celle-ci dépendra largement de l’inventivité des acteurs.

Quel avenir pour les tentatives de régulation, de type local genre Hadopi, ou plus internationales, comme Acta ?

Il faut rester vigilant : des tentatives du genre, il y en aura toujours, à l’échelle nationale, européenne et pourquoi pas, demain, encore plus globales. Ces attaques ne cesseront que lorsque nos « dirigeants » auront compris que les intérêts privés qu’ils défendent ne valent pas que l’on sacrifie nos libertés pour eux... Mais cela suppose qu’ils acquièrent une véritable culture de l’Internet et de ses potentialités, y compris démocratiques – ce qui est encore très loin d’être le cas actuellement.

Qui contrôlera les flux en 2020 ?

D’ici là, avant ou après, il faut espérer que personne ne les contrôle et que la neutralité des réseaux soit entrée dans les pratiques et protégée par la loi.

Propos recueillis par Serge Coosemans

Mots Clés : Internet