LE POINT

Un scrutin illisible ?

Henri GOLDMAN
rédacteur en chef de Politique

De mémoire de revue, jamais un scrutin communal n’aura été aussi riche d’enseignements politiques. Et pourtant, en Wallonie et à Bruxelles, tout aura été fait pour le dépolitiser. Car quand toutes les combinaisons politiques apparaissent possibles et interchangeables sans aucun égard aux programmes des différentes listes, comment encore s’y retrouver ? Où peut-on repérer une vision, une stratégie, une ligne de conduite ? Attention  : on ne plaide pas ici pour de grands accords d’appareils qui verrouillent tout. Mais on aurait souhaité, pour la lisibilité de l’exercice démocratique, que les partis se dotent publiquement d’une direction générale à mettre en pratique de façon préférentielle. Faute de quoi aucun sens ne se dégage des alliances passées ici ou là. On voudrait encourager l’abstention qu’on n’agirait pas autrement.

En six ans, quelle évolution. Et, ose-t-on dire, quelle régression. À cette époque, l’Olivier était encore à la mode. Il n’était pourtant pas question alors de faire l’impasse sur la mal-gouvernance qui s’attachait à la longue hégémonie sans partage du Parti socialiste.

"Aucun sens ne se dégage des alliances passées ici ou là. On voudrait encourager l’abstention qu’on n’agirait pas autrement."
En 2009, à la veille d’élections régionales, nous écrivions à ce propos : « Nous ne sous-estimons pas cette question. Mais pas au point d’inverser les priorités. À l’heure d’une crise majeure du capitalisme combinée avec une crise environnementale sans précédent, l’action politique progressiste doit principalement s’attacher à mettre en œuvre le développement durable dans son acception complète, c’est-à-dire à “répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs, en portant une attention particulière aux besoins essentiels des plus démunis [1]”. Nous insistons sur ce dernier volet, car c’est bien là que le clivage gauche-droite, évacué par la porte, revient par la fenêtre. Il implique, notamment, une certaine conception des services publics et de la fiscalité  » [2]. C’est également vrai dans les communes, surtout celles des grandes villes, qui disposent de nombreux leviers pour agir dans ce sens. Y a-t-on songé au moment de conclure des alliances ? Ce n’est pas ce qui apparaît.

Malgré ce brouillage généralisé, deux leçons fortes émergent de cette élection. La première vient d’Anvers et, plus largement, de Flandre. Là-bas, tout le monde a bien compris le contexte politique qui surdéterminait le scrutin communal. L’impact de la N-VA qui triomphe tient précisément à la vision forte que ce parti porte et qui tranche avec le centrisme mou devenu le fond commun des formations politiques traditionnelles. Cette vision combine un « nationalisme de riches » avec un credo libéral-européen classique. En face, le gouvernement fédéral dirigé par le premier des Wallons donne tous les gages possibles à la Flandre pour faire cesser le chantage à la sécession. Peine perdue. Le 14 octobre, les partis flamands qui auraient dû se redresser à partir de leur participation au gouvernement Di Rupo ont pris le bouillon. Le compromis « gauche-droite » de ce gouvernement, dont le volet antisocial n’est pas mince, n’aura pas coupé l’élan du nouveau maître d’Anvers.

Mais, ce faisant, le PS a poussé au-delà de ses limites habituelles l’exercice du grand écart entre le discours et la pratique. Il a ainsi ouvert l’espace où une nouvelle gauche protestataire s’est engouffrée. Jusqu’à aujourd’hui, l’ancrage populaire du PS [3] avait su empêcher toute émergence sur sa gauche, tandis qu’Écolo perdait peu à peu son potentiel subversif. Ce temps est terminé. La percée remarquable du PTB dans toutes les métropoles du pays [4] change la donne à gauche en offrant notamment un débouché à une grogne syndicale et associative qui n’en finissait pas de se cogner aux murs de l’austérité imposée. C’est un premier avertissement. Ceux à qui il s’adresse l’entendront-ils ?

[1] Selon la définition classique du développement durable de Gro Harlem Brundtland, ancienne Premier ministre socialdémocrate de Norvège (1987).

[2] Henri Goldman et Hugues Le Paige, « L’Olivier, version 2 », Le Soir, 10/6/2009.

[3] Voir Politique, n°62 (décembre 2009) : « PS : un parti populaire en Wallonie ».

[4] Sans oublier celle, stimulante, de la liste Vega à la Ville de Liège.

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    Comment faire en sorte que des partis d’interchangent des candidats afin d’avoir des listes plus cohérents idéologiquement ? Des listes qui se présentent aux élections manquent de programme. On trouve tout les opinions politiques sur tous les listes : Chaque liste nous présente son monsieur pro-bagnoles, sa madame sécurité-au-dessus-du-tout, son monsieur priorité-au-vélo, son nationaliste turc, ses jeunes investir-dand-la-prochaine-génération... J’aimerais bien pouvoir choisir entre un parti pro-bagnoles et un parti pro-piétons, entre un parti tout-les-ressources-dans-le-sécuritaire et un parti (...)
    Posté par malte, le 13 novembre 2012