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LE THÈME

Gender mainstreaming : l’urbanisme peut-il contribuer à l’égalité ?

Lidewij TUMMERS
chercheuse à l’Université technique de Delft, architecte à Rotterdam.

L’urbanisme se décline-t-il uniquement au masculin ? Plusieurs exemples de luttes locales, régionales et nationales ici et là en Europe indiquent clairement le contraire.

Reste à travailler les mentalités pour convaincre les architectes, urbanistes et autres décideurs publics que la discipline n’est pas uniquement technique et donc « neutre ».

Comment les pratiques d’urbanisme peuvent-elles contribuer à une égalité de choix, un accès plus juste aux ressources urbaines ? Voilà une des questions qui occupe les réflexions et pratiques de nombre d’urbanistes et activistes urbains. Pourtant, les enjeux de l’inégalité sociale entre les hommes et les femmes ont été moins étudiés dans les différentes disciplines liées au développement spatial que dans les politiques sociales. Quels liens existe-t-il entre l’aménagement du territoire et les positions sociales d’homme et de femme ? Tous les pays de l’Union européenne ont adopté la politique du gender mainstreaming, à l’occasion du traité d’Amsterdam [1].

Dans différents pays, des initiatives féministes de logement, transport et espace publics se sont inscrites dans cette politique. Le présent article explorera les réalités que ces initiatives ont révélées, en étudiant des exemples concrets de solutions proposées. L’objectif est de montrer qu’il n’existe pas une réponse universelle, un « modèle urbain de la société non sexiste » [2]. Par contre, de nombreuses opportunités existent bel et bien, qui permettent une gestion de l’urbanisme en faveur de l’égalité sociale entre hommes et femmes.

Le genre

D’abord, évitons tout malentendu et indiquons ce qu’il faut entendre par le « genre ».

La notion s’utilise pour désigner les masculinités et féminités comme des construits culturels  : on ne parle donc plus des « hommes » et des « femmes » comme des groupes homogènes. Cela permet d’intégrer le fait que les attentes attachées aux rôles féminins ou masculins peuvent varier selon les périodes historiques et les cultures.

"Les enjeux de l’inégalité sociale entre les hommes et les femmes ont été moins étudiés dans les différentes disciplines liées au développement spatial que dans les politiques sociales."

En outre, ces attentes se croisent avec d’autres aspects sociaux  : au début du XXe siècle par exemple, il était très mal vu de chercher à gagner sa vie lorsqu’on était femme de la bourgeoisie, alors que pour l’ouvrière il s’agissait d’une nécessité et d’une évidence d’être exploitée dans les usines. L’âge et les ethnicités doivent également être pris en compte. Il existe cependant des inégalités structurelles et persistantes entre le masculin et le féminin – par exemple dans l’exercice de la violence, pour laquelle les hommes apparaissent en majorité dans les statistiques, tant d’ailleurs comme victimes que comme auteurs.

Les études de genre s’intéressent principalement aux relations entre les genres comme rôles construits culturellement : les inégalités économiques, de pouvoir, l’exercice de l’être citoyen/ne.

C’est d’abord à l’occasion de la Third World Conference on Women en 1985 à Nairobi que le gender mainstreaming a été proposé comme stratégie. En voulant intégrer la notion de genre dans toutes les dimensions et les étapes des politiques, le gender mainstreaming cherche à rééquilibrer la balance face à la dynamique des inégalités. Depuis Amsterdam 1991, tous les États de l’Union européenne se sont désormais engagés à mettre en œuvre une politique active de promotion de l’égalité.

Le gender mainstreaming est une stratégie qui s’adresse principalement aux structures et aux institutions, plutôt que de s’occuper des relations individuelles entre hommes et femmes : il cherche à modifier les législations, la représentation institutionnelle, les conditions de vie [3].

Genre et urbanisme

Aujourd’hui, dans les pays européens, comme du reste dans le monde entier, l’essentiel du travail de soin, sans rémunération, correspond toujours au rôle féminin (les statistiques des Nations unies illustrent parfaitement le fait). Cela implique que les femmes ont des journées interrompues, des déplacements multiples : on fait un détour en rentrant du travail pour faire des courses, on emmène les enfants à l’école et à leurs autres activités, on accompagne un grand-parent à une visite médicale...

Les données sont très semblables dans les différents pays : pour effectuer ces déplacements multiples, les femmes utilisent majoritairement les transports en commun.

Les années quatre-vingt ont marqué le début de l’activisme féministe dans l’urbanisme. Une des priorités était l’amélioration des conditions de transport public pour améliorer la condition des femmes – cela reste toujours juste et valable dans nombre de situations locales.

Au-delà, la notion de genre permet de ne pas seulement interpeller les conditions d’aujourd’hui mais aussi de se projeter dans l’avenir, en travaillant sur les tendances prévisibles. Ainsi, si de plus en plus de femmes poursuivent une carrière professionnelle, en utilisant la voiture pour réaliser les déplacements multifonctionnels qui sont la conséquence de leur rôle féminin, il y a potentiellement deux effets possibles :

"En ignorant « l’aiguillon du genre » dans la mobilité, les politiques visant à canaliser la présence urbaine des voitures sont moins efficaces."

Plus de voitures sur les autoroutes, plus de pollution, d’embouteillages, de la perte d’espaces verts et de sécurité pour les enfants  ; bref, une tendance en parfaite contradiction avec la qualité urbaine dont la plupart des villes aspirent pour ses habitants. En ignorant « l’aiguillon du genre » dans la mobilité, les politiques visant à canaliser la présence urbaine des voitures sont moins efficaces. Ainsi, le gender mainstreaming peut-il contribuer non seulement à l’égalité mais aussi à un meilleur urbanisme.

Si, inversement, la réponse est de réprimer plus strictement encore la circulation automobile, il faut absolument créer des alternatives de mobilité : à défaut, l’entrée des femmes sur le marché du travail en sera sévèrement freinée, alors qu’elle est si nécessaire dans une Europe vieillissante.

Accès différencié

Ce que vivent les femmes « à double carrière » correspond de plus en plus à ce que vivent également les foyers de personnes seules, qui se multiplient eux aussi dans les villes européennes. Quant aux professionnels n’ayant pas un horaire régulier de 9h à 17h, la « réconciliation des temporalités » entre les exigences domestiques, économiques et civiques est également bien compliquée  : on vise les secteurs des transports, des hôpitaux ou du nettoyage. Les hommes tendent à résoudre les difficultés d’autres manières que les femmes : ils vont au restaurant, en tout cas tant que leur salaire le leur permet, aux laveries et utilisent toutes sortes d’autres services hors domicile – un modèle d’ailleurs proposé par les féministes du début du XXe siècle dans des plans de villes prévoyant des services collectifs à proximité de logements individuels abordables.

Tandis que l’espace dit public est réputé être « pour tout le monde », la réalité est que son accès en est différencié : des comportements sont considérés comme appropriés, d’autres non.

Par exemple, à certains endroits et à certaines heures, la présence des femmes est mal vue, tandis que les hommes ont le « droit de regard ». De très nombreuses images exposées dans l’espace public montrent les corps féminins dans un rôle stéréotypé, et transmettent des messages sur l’appropriation « correcte » de l’espace. Un wagon de métro, un banc dans le parc, l’entrée d’un bâtiment public : tout est codifié. On s’en aperçoit « intuitivement » : dès qu’on y pénètre, la « légitimité  » ou non de sa présence se fait sentir (on se sent en insécurité, ou dans la joie, ou dans la fierté de son audace…). Pour les anthropologues, il y a là une forme de connaissance très révélatrice des usages, mais c’est très peu connu dans les disciplines de l’urbanisme qui sont surtout orientées vers la technologie (avec un peu de sociologie).

"L’urbanisme des années quatre-vingt, celui des étalements pavillonnaires sans beaucoup de services de proximité, est fortement basé sur le modèle de la famille nucléaire : une ménagère, un salarié, leurs enfants, une voiture."

L’urbanisme des années quatre-vingt, celui des étalements pavillonnaires sans beaucoup de services de proximité, est fortement basé sur le modèle de la famille nucléaire : une ménagère, un salarié, leurs enfants, une voiture. Dans ces zones péri-urbaines que les urbanistes appellent « vertes », mais qui sont surtout monofonctionnelles, les « veuves vertes » se sont retrouvées isolées ; les distances entre les lieux de l’emploi et les logements ont généré beaucoup de circulation. Avec la diversification des types de foyers, il faut constater que le parc de logement est trop peu flexible. Les pavillons ne sont plus abordables pour les salaires uniques ; du coup, afin de permettre un second salaire, les familles sont obligées de se payer une deuxième voiture, une femme de ménage et d’autres services additionnels pour organiser la vie complexe de toutes les activités à mener. Il y a par ailleurs un grand manque d’appartements adaptés aux familles recomposées ou qui veulent vivre à plusieurs générations.

On le voit : toute politique ou stratégie territoriales possède donc sa dimension « genre », qu’il faut bien comprendre dès lors que la volonté est l’aménagement territorial durable.

Penser l’urbanisme autrement

L’objet d’urbanisme, des évolutions dans le développement de territoire, est encore basé en grande partie sur le modèle stéréotypé de la famille des années cinquante, avec un style de vie qui ne correspond plus à la réalité majoritaire. Lorsque des professionnels proposent des plans urbains construits sur une autre logique, ils se voient opposer des règlements et des outils qui ne permettent pas toujours les alternatives. Tous les calculs continuent à se baser sur le pavillon habité par papa, maman et les deux enfants, par exemple pour les normes de bruit ou dans les estimations financières de consommation énergétique. La critique féministe a ainsi révélé que le modèle genré de la division de travail se retrouve également dans toutes les dimensions de l’urbanisme, et pas uniquement dans les plans concrets. Une polarisation artificielle est maintenue entre « l’économie de l’argent  » et « l’économie du soin » ou entre « temporalités lentes et rapides » quand on exige des architectes qu’ils créent des bâtiments comme spectacles sans aucune priorité ni aucun budget donnés aux enjeux de l’accessibilité et de la pluralité des usages et des usagers. Même si c’est souvent non explicite, la culture de l’urbanisme est fortement masculine, ainsi qu’a pu le démontrer entre autres [4]. En particulier les secteurs dits « durs », ceux des techniques et de la finance, restent très homogènes, les femmes y étant sous-représentées. Il existe bien une culture de travail masculine : même si une femme peut bien s’entendre avec les collègues hommes, dès lors qu’elle est en situation de minorité, il lui faut accepter certaines conditions masculines de travail. Une étude du Royal Institute of British Architects en 2003 a montré qu’il y avait là une des explications au fait qu’un pourcentage important de femmes abandonne leur profession, cependant avec regret.

Beaucoup de noms coexistent pour désigner les démarches qui se donnent l’objectif de l’égalité dans l’aménagement du territoire  :

  • L’« equity planning » met l’accent sur le potentiel émancipatoire des interventions urbaines.
  • L’« urbanisme inclusif » cherche à répondre aux besoins de tous les groupes d’usagers.
  • L’« urbanisme sensible au genre » regarde la division du travail et des rôles.
  • Les théories « genre et ville » cherchent à comprendre l’importance des villes pour la condition des femmes.

Depuis les années quatre-vingt, différents outils ont été développés pour consolider ce type de pensées. On peut par exemple se référer à l’initiative internationale de rédaction d’un manuel pour les aménageurs « Toolkit Eurofem  » en 1988, ou à des listes de critères pour l’aménagement d’espaces « sûrs », ou encore, plus récemment, au « Score d’inclusivité  », un outil numérique interactif à destination des collectivités locales. Ces outils permettent de mettre le genre à l’agenda de l’urbain, et d’y attacher des objectifs précis, telle l’amélioration d’un des scores en un laps de temps déterminé.

Au-delà de la simple mise en dessins des projets, les initiatives visent aussi la mise en place de processus de participation adaptés aux groupes « invisibles » ou non respectés.

Vienne, Berlin, Barcelone

La Ville de Vienne (Autriche) a installé un groupe de travail avec l’objectif d’identifier des quartiers pilotes pour mener les politiques urbaines de genre. Dans chacun de ces quartiers, une étude a été conduite sur les qualités et les déficits du point de vue des différents groupes sociaux. Cela a débouché sur la mise en place d’un programme de réalisation sous le titre de « Fair share city » [ville partagée] [5]. Mariahilf est un des quartiers ciblés. Les interventions y ont adapté l’espace public, principalement en faveur des piétons : les temps de passage aux feux prennent désormais en compte le fait qu’il y a des vitesses différentes pour traverser les rues ; les passages peints pour piétons sont pensés en fonction des parcours les plus directs pour faire des courses ou visiter des services ; la largeur des trottoirs autorise d’y passer avec des enfants  ; tous les mobiliers qui font obstacle, les barrières, ont été enlevés  ; les lieux d’angoisse ont été éliminés ; des bancs autorisant le séjour ont été installés [6].

Berlin (Allemagne) a publié un guide mettant en évidence les enjeux pratiques de la diversification croissante des habitants du point de vue du développement urbain. À partir de l’identification des besoins différenciés des usagers, des directives sont proposées en matière de rénovation urbaine, lieux de loisirs, sites industriels, endroits d’angoisse, services urbains, mobilité… L’objectif est que les nouvelles décisions contribuent à l’émancipation des citoyens. Berlin a également mis en place des projets de logement avec la participation des associations actives dans le domaine [7].

"A partir de l’identification des besoins différenciés des usagers, des directives sont proposées en matière de rénovation urbaine, lieux de loisirs, sites industriels, endroits d’angoisse, services urbains, mobilité…"

À Barcelone (Catalogne), une loi récente de réhabilitation urbaine (2003) exige que soient prises en considération les inégalités de pouvoir dans chaque gestion de programme. Malheureusement, les partenaires institutionnels semblent ignorer ce que cela veut dire. C’est pourquoi un collectif d’architectes, géographes et urbanistes, du nom de « Punt 6 », en référence au numéro du paragraphe sur l’égalité, a pris l’initiative d’organiser des ateliers de quartier et de proposer des solutions pour les collectivités locales avec la collaboration active des habitants.

À l’issue de nombreuses expériences, et en partenariat avec l’université, Punt 6 a développé une philosophie de l’« urbanisme de proximité ». L’évidence empirique a été traduite dans une liste de recommandations pour les plans de rénovation urbaine ainsi que pour un programme de formation de professionnels, avec le support de l’Institut des femmes catalanes [8].

Illustrations régionales

Plutôt que de continuer les interventions ponctuelles, la Région Zuid-Holland, la plus peuplée des Pays-Bas, a préféré opter pour le changement global d’attitude et de culture professionnelle. En vue d’améliorer la collaboration entre les départements sociaux (qui ont la connaissance la plus fine des réalités des différents groupes de population) et les départements spatiaux (plutôt techniques : circulation, infrastructure, logement, écologie…) et de diffuser une connaissance spécifique sur les relations genre-urbanisme, la Région a implémenté un programme à outils multiples. Entre autres :

  • Définition de critères de qualité urbaine.
  • Conseils pour les communautés.
  • Études de terrain/projets pilotes.
  • Ateliers interdisciplinaires autour de situations concrètes.
  • Formation professionnelle, expositions à visées éducatives.

Pour cela, Zuid-Holland a pu profiter d’un programme du Fonds social européen, dédié à la réconciliation des temporalités (2001- 2004), c’est-à-dire :

  • Faciliter l’accès à l’emploi, l’éducation, les soins et les services pour chaque citoyen indistinctement.
  • Reconnaître la complémentarité des temporalités « lentes » et « accélérées ».
  • Droit à participer à la globalisation sans pour autant perdre son identité locale.

Un autre programme européen, Interreg IIIB Alpine Space-EFRE, a quant à lui réunit 12 partenaires en provenance de Slovénie, Autriche, Italie, France et Allemagne, de 2005 à 2007, dans le réseau « GenderAlp » regroupant des responsables dans les administrations avec des experts. Les participants ont pu développer et tester des outils de « gender planning  » dans 32 projets expérimentaux touchant aux critères, à la budgétisation, aux compétences des fonctionnaires en matière de genre [9]. Ces 36 mois ont représenté un réel processus d’apprentissage et ont permis d’échanger sur les succès et les obstacles. Au rang de tout ce qui a pu se faire à cette occasion, citons : le développement de statistiques par genre ; l’optimalisation d’un projet de transport public de type « rail léger  » accessible à tous les usagers ; l’évaluation des subventions dans leur impact pour les hommes et les femmes ; la promotion de entrepreneuriat féminin dans des secteurs non traditionnels [10].

Le cas suédois

En mai 2006, le Parlement suédois a approuvé la nouvelle politique pour l’égalité des genres, qui stipule que femmes et hommes ont un pouvoir égal de modeler la société et leur propre vie [11]. Dans la foulée, Hudson/ Ronnblom (université d’Uméa) ont proposé de nouvelles procédures de consultation publique en vue d’augmenter la présence des femmes dans les décisions sur les villes et les territoires [12]. Ainsi les chercheuses signalent-elles, entre autres, que les horaires, les formes de communication et de langues doivent être révisés. Même en Scandinavie, souvent citée comme modèle pour les politiques d’égalité de genre, les relations à faire avec les politiques d’aménagement ne sont pas toujours évidentes. Par exemple, l’écoquartier Hammerby Sjostadt, à Stockholm, quoi qu’a priori bien pensé des points de vue des services de proximité, des transports publics et des énergies renouvelables, a cependant été conçu de manière « top-down » : il reste à en évaluer les réels mérites pour tous les groupes de femmes, y compris celles aux revenus bas ou instables.

"L’association historique « femmes = foyers » ne réapparaîtrait-elle pas sous la forme nouvelle « urbanisme de proximité = toujours de petite échelle » ? Le lien fait entre « l´économie des soins » et le genre ne renforce-t-il pas les rôles stéréotypés pour les femmes ?"

Dans son étude de 2010, Larsson conclut que la mise en place d’une loi nationale en Suède n’a pas été suffisante pour changer les pratiques d’aménagement du territoire. L’implémentation est lente, d’une part par manque de connaissance, mais aussi d’autre part, selon l’auteur, par absence d’un modèle alternatif : les urbanistes suédois se convainquent facilement que l’urbanisme est une discipline neutre, d’autant que les critères proposés par les féministes sont très/trop génériques [13].

Gemma Burgess arrive à des conclusions similaires pour l’Angleterre, en analysant les résultats du « Gender Equality Duty 2007 » [14]. Cette législation est fréquemment ignorée par les départements municipaux d’urbanisme  ; il y a un réel manque de compréhension et même une méfiance des urbanistes à l’égard de ce qui leur apparaît comme des « exigences additionnelles ».

En 2005, la commission néerlandaise d’évaluation des programmes d’émancipation a également constaté que depuis 2001 (date de la fin de la « commission nationale d’émancipation ») le Ministère de l’aménagement, du logement et de l’infrastructure n’avait pas avancé dans la thématique du genre, et ce malgré un nombre considérable d’initiatives, d’expertises et d’outils disponibles dès les années 80-90.

Un long chemin

Après trente années d’activisme et de recherche, on peut conclure qu’en urbanisme l’émancipation est toujours vue principalement comme une aide aux femmes à mieux assurer les performances qu’on attend d’elles du point de vue de la version moderne du rôle féminin, et comme un « addendum ». Les conséquences des changements profonds que l’émancipation devrait produire au cœur du développement urbain et régional (en termes de mobilité, migration, marché du logement, utilisation des zones industrielles et de services…), ne sont pas reconnues. Il est toujours nécessaire de se battre pour les priorités d’investissement (budgétaires) dans l’espace public et l’infrastructure. Le gender mainstreaming dans la planification spatiale a encore un long chemin à parcourir !

Mais dans quelle direction avancer, dès lors que le genre est surtout considéré au titre de l’urbanisme de proximité, propagé depuis Jane Jacobs [15] et généralement accepté comme bénéfique pour tous ? D’un côté, les mérites des initiatives de gender planning sont d’abord de maintenir vivant le modèle de création d’espaces publics de bonne taille et de haute qualité qui ne sont pas une évidence partout. En contrepoint, on peut s’interroger sur les budgets consacrés pour des expériences au nom du « genre ». L’association historique « femmes = foyers » ne réapparaîtrait- elle pas sous la forme nouvelle « urbanisme de proximité = toujours de petite échelle » ? Le lien fait entre le quotidien, « l´économie des soins » et le genre ne renforce-t-il pas les rôles stéréotypés pour les femmes ? Où sont passées les autres exigences, par exemple celle de l’intégrité physique, y compris dans les espaces publics ?

L’innovation dans les pratiques de l’aménagement par la stratégie de gender mainstreaming, en même temps qu’une représentation plus diversifiée dans les instituts et la participation, sont autant d’urgences pour répondre aux défis de l’urbanisme contemporain.

Ce que l’urbanisme peut faire pour contribuer à l’égalité est relatif, mais ce que penser les genres peut faire pour l’urbanisme est considérable. Un seul souhait : à chaque ville son guide « Gender mainstreaming dans l’aménagement et le développement  » !

Mots Clés : Aménagement du territoire

[1] Traité d’Amsterdam, 1991 : http://ec.europa.eu/social/ main, septembre 2010.

[2] D. Hayden, Redesigning the American Dream : Gender, Housing, and Family Life, w.w.Norton, 2002.

[3] EC manual for gender mainstreaming : http://ec.europa.eu/social.

[4] Clara Greed C. Greed, Women and Planning, London, Routledge, 1994 et 2007.

[5] E. Irschik, « Fair Shared City : Gender Mainstreaming Planning Strategy », City of Seoul (ed.), Gender and Urban Policies. Strategies for Gender Mainstreaming and Local Governance, Vienna, 2008, pp. 43-66.

[6] Gender mainstreaming à Vienne : http://www.wien.gv.at.

[7] Gender mainstreaming à Berlin : http://www. stadtentwicklung.berlin.de.

[8] Barcelona, punt 6 : www.punt6.net.

[9] GenderAlp : http://www.alpine-space.org/genderalp.html.

[10] H. Wankiewicz : « GenderAlp ! Raumentwicklung für Frauen und Männer. Raumqualitäten, Planungsinstrumente, Schlüsse aus den Projekten », Zoll, 10 juni 2007, Gender, Seite 16, bis 22.

[11] « Power to shape society and your life - towards new gender equality policy objectives », SOU 2005, p. 35.

[12] Chr. Hudson and M. Rönnblom, « Regional development policies and the construction of gender equality:the Swedish case », European Journal of Political Research, n°46, 2007, pp. 47-68.

[13] A. Larsson, « From equal opportunities to gender awareness in spatial planning », TPR 77(5), 2006, pp. 509-530.

[14] G. Burgess, « Planning and the Gender Equality Duty- why does gender master ? », People, Place and Policy Online, 2008, 2/3, pp. 112-121.

[15] Philosophe américaine de l’architecture et de l’urbanisme (1916- 2006). (NDLR)