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Démocratie

Islam : le soupçon de connivence

Jérôme JAMIN
Philosophe et politologue, Jérôme Jamin est chargé de cours en Science politique à l’Université de Liège, administrateur des Presses universitaires de Liège et directeur de la Foire du livre (...)

Ce qu’il y a de préoccupant dans le discours islamophobe, c’est le sous-entendu, c’est ce que beaucoup de gens ressentent sans véritablement pouvoir l’exprimer, ou oser le formuler clairement !

Le sous-entendu réside dans la crainte d’un accord tacite – une alliance – entre tous les gens qui peuvent (de près ou de loin) se revendiquer de l’islam pour imposer collectivement et de façon coordonnée, mais en apparence de façon hasardeuse, la religion à toute la société. Le sous-entendu réside dans la peur d’une alliance secrète entre le musulman de base et le musulman intégriste, entre le pratiquant à la petite semaine et le fervent croyant, entre l’athée originaire du Maroc et l’imam du quartier, entre le jeune belge d’origine maghrébine et le leader de Sharia4Belgium.

Dans cette optique, si le juge ou le magistrat fraîchement nommé est musulman, il devient une menace latente qui sera effective lorsque la majorité des tribunaux seront convertis... Si le Quick Halal est un fast-food, il est surtout un restaurant avant-gardiste destiné à la future société belge complètement convertie ; et si le professeur de religion islamique à l’athénée est soi-disant « moderne », c’est pour mieux dissimuler qu’il se prépare à diriger la future école coranique qui la remplacera.

Et de la même manière, dans cette optique, les élus d’origine maghrébine au MR, au PS, au CDH et chez Écolo sont en quelque sorte des « agents dormants » qui prétendent être de bonne foi. Ils se présentent comme progressistes, et pour un « islam de Belgique », mais ils préparent ensemble le futur État islamique. Le sous-entendu de l’islamophobie réside dans cette idée d’une connivence, d’une organisation, d’une solidarité entre les multiples acteurs liés de près ou de loin au monde arabo-musulman. Et pourquoi est-ce un terrible sous-entendu ? Parce que dans l’histoire, c’est précisément les accusations de connivence entre des gens qui ne se connaissent pas qui ont souvent permis de justifier l’injustifiable.

Lors de son procès, un des plus grands criminels nazis, Erich von dem Bach-Zelewski, chef de la lutte contre les partisans et chef suprême des SS et de la Police de Russie centrale expliquait : « C’est alors que le désastre survint... Je suis le seul témoin encore en vie, mais je dois dire la vérité. Contrairement à l’opinion des nationaux-socialistes selon laquelle les Juifs formaient un groupe hautement organisé, la réalité terrifiante était qu’ils n’avaient aucune organisation, de quelque type que ce fut. La masse du peuple juif fut totalement prise au dépourvu. Ils ne savaient absolument pas quoi faire ; ils n’avaient aucune directive ni mot d’ordre leur indiquant comment ils devaient agir. C’est là le plus grand mensonge de l’antisémitisme, parce qu’il contredit l’affirmation selon laquelle les Juifs conspirent pour dominer le monde et qu’ils sont terriblement organisés. En réalité, ils n’avaient pas d’organisation du tout, même pas un service de renseignements. S’il avait existé une organisation d’un type ou d’un autre, ces gens auraient pu être des millions à être sauvés ; au lieu de quoi ils furent pris complètement au dépourvu. Jamais jusque-là un peuple n’était allé au désastre dans une ignorance aussi totale. II n’y avait eu aucune préparation. Absolument rien (...) » [1].

Comparer l’incomparable consisterait à affirmer que celui qui a peur de l’islam est un SS en herbe ! Non, bien entendu ! Mais il est incontestable que dans les deux cas évoqués plus haut, le fil conducteur qui anime la peur des gens (et donc potentiellement la haine voir l’extermination dans le cas nazi) réside dans cette accusation de connivence dans le chef de gens qui ne se connaissent pas.

[1] Cité par J. Kotek, La Shoah, le génocide paradigmatique, dans G. Grandjean et J. Jamin, La concurrence mémorielle, Paris, Armand Colin, collection Recherches, 2011, pp.180-181.