Le dictionnaire du prêt-à-penser

Assistanat

Mateo ALALUF
Sociologue

Au lendemain de la proclamation par Nicolas Sarkozy de sa volonté de fêter le vrai travail le 1er mai dernier, Charles Michel lui faisait écho en fustigeant l’assistanat.

La veille de ce 1er mai que le jeune président du MR ne manque pas de célébrer dans le fief de son père à Jodoigne il prônait, dans un entretien à La Libre Belgique [1], « de mettre fin à l’assistanat ». Cette «  mesure forte » serait, à son estime, la plus efficace pour relancer l’économie. Il assignait ainsi « à sa génération politique » la mission de « créer un écart significatif entre le revenu du travail et le revenu de l’assistance » de manière à « mettre fin à la tragédie » qui fait que les chômeurs sont amenés à refuser des emplois pénibles et peu rémunérés. Pour que ceux-ci acceptent les emplois dévalorisés dont personne ne veut, Charles Michel proposait d’accentuer au plus vite la dégressivité des allocations de chômage et de diminuer les impôts et cotisations sociales.

Pour Nicolas Sarkozy, le vrai travail est « celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne ». Charles Michel conçoit aussi le travail dans « sa dynamique d’accès à l’épanouissement et à la prospérité » [2]. Ils célèbrent ainsi ensemble tous ceux qui ont pu se construire un patrimoine par leur travail et stigmatisent les assistés qui, parce qu’ils n’y sont pas parvenus, sont acculés à la pauvreté. En conséquence, la sécurité des patrimoines prévaut sur la sécurité sociale considérée comme la perpétuation de l’assistanat.

« Le vrai travail » est un travail déconnecté de l’emploi et le salaire réduit au « salaire poche » ne doit plus assurer la sécurité sociale. À coups de manipulations de l’index et même de sa suppression préconisée, il devient aussi indifférent à la hausse des loyers et des prix à la consommation. Ce vrai travail n’a que faire de ceux qui perdent leur emploi, de ceux dont l’entreprise ferme ou restructure ou encore de ceux qui sont discriminés en raison de leur sexe, de leur âge ou de la couleur de leur peau. La compétitivité ainsi préconisée entraîne une pression telle que la détérioration des conditions de travail se traduit par la violence, le harcèlement, le stress, le suicide en milieu de travail.

Le vrai travail ne craint pas le travail du dimanche et ne renâcle pas pour retarder l’âge de la retraite. Pour le promouvoir, il convient toutefois d’étouffer les syndicats qui font obstacle et effacer les luttes sociales. La Libre Belgique qui avait recueilli l’interview de Charles Michel présentait dans la même édition le point de vue du patronat qui jugeait « illégales 70% des grèves en Wallonie ». C’est sans doute pour cette même raison qu’à chaque préavis de grève, le patronat tente de les faire interdire préventivement par des procédures judiciaires unilatérales.

Curieusement, la droite paraît fascinée par le 1er mai. En 1941, Pétain s’en était déjà emparé pour en faire « la fête du travail et de la concorde sociale ». La droite décomplexée fête à présent le vrai travail en stigmatisant l’assistanat. En opposant les chômeurs (assistés) aux travailleurs (qui se lèvent tôt), elle proclame la protection des patrimoines contre la solidarité produite par le travail.

Partout dans le monde, le 1er mai demeure donc toujours pour la gauche la mémoire des luttes pour l’obtention des droits sociaux et reste à ce titre la fête non pas du travail mais des travailleurs, surtout lorsque ceux-ci sont privés d’emploi.

[1] La Libre Belgique, 28-29 avril 2012.

[2] Le Soir, 30 avril et 1er mai 2012.