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"Élections communales 2012"

Namur, dernière grande ville aux mains du CDH ?

Jean-Benoït PILET
Chercheur au Cevipol, Université Libre de Bruxelles

Quand il est traversé de doutes existentiels et craint pour sa survie, comme lors de son changement de nom en 2002, le CDH se rassure en regardant la force de son ancrage local. Et il est vrai que, historiquement, les centristes sont plus forts aux élections communales qu’aux scrutins des niveaux supérieurs et que leur capacité à nouer des alliances pour entrer dans les collèges des bourgmestre et échevins est grande. Pour autant, comme aux autres niveaux, l’ancrage du CDH s’étiole un peu à chaque échéance électorale dans les communes de Wallonie. Ce déclin n’est toutefois pas uniforme. Il concerne surtout les communes de grande et de petite taille. Au fil des ans, le CDH a perdu les quelques bourgmestres qu’il pouvait avoir dans ces villes et est même de moins en moins partie prenante à la coalition au pouvoir. À cet égard, Namur est un symbole important et un enjeu majeur pour le parti de Benoît Lutgen. En 2006, le CDH y a pris le maïorat aux dépens du PS qui le détenait depuis la fusion des communes. Jacques Etienne a dirigé la ville jusqu’en 2012, avant de céder le relais à l’étoile montante du parti, Maxime Prévot.

La pression est grande sur ce dernier : peut-il conserver sa position de bourgmestre et, de la sorte, montrer que son parti peut diriger une grande ville de Wallonie et n’est donc pas réduit aux petites communes ? Pour y parvenir, plusieurs éléments plaident en sa faveur.

"Il est vrai que, historiquement, les centristes sont plus forts aux élections communales qu’aux scrutins des niveaux supérieurs et que leur capacité à nouer des alliances pour entrer dans les collèges des bourgmestre et échevins est grande."
Pour commencer, si l’on en croit les sondages d’opinion publiés à la veille des élections régionales de 2009, Maxime Prévot serait l’un des responsables politiques les plus populaires à Namur, si pas le plus populaire. Cette notoriété a, sans doute, encore été boostée par son accession au poste de bourgmestre en 2012. Par ailleurs, face à lui, deux formations, le PS et le MR, sont encore en pleine reconstruction. Suite à l’affaire Sotegec pour laquelle plusieurs mandataires PS, dont les deux derniers bourgmestres Jean-Louis Close et Bernard Anselme, étaient inculpés pour des malversations dans l’attribution de marchés publics, les socialistes ont rajeuni leurs cadres. Hésitant longtemps avant de se choisir un nouveau leader, ils ont finalement attribué la tête de liste à Éliane Tillieux, la ministre wallonne de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances. Elle pourrait devenir la première femme bourgmestre d’une commune de plus de 50 000 habitants en Wallonie. Le MR lui aussi se cherche un nouveau meneur. Il sera conduit en 2012 par l’échevine sortante Anne Barzin et par le nouveau venu en politique, Luc Gennart, ancien commandant de la base aérienne de Florennes. Seul Écolo présentera le même leader qu’en 2006, son premier échevin, Arnaud Gavroy.

Le jeu est ouvert

D’autres éléments, en revanche, font penser que le CDH aura bien du mal à conserver les manettes de la Ville de Namur. Premièrement, il faut rappeler que, même confronté aux affres de l’affaire Sotegec en 2006, le PS était resté le premier parti à Namur, avec 2,5% et 2 sièges d’avance sur les centristes. Le CDH, par contre, avait été poussé vers le haut par ce dossier. Faire pire sera difficile pour les socialistes. Faire mieux est un vrai challenge pour les oranges.

Ensuite, le jeu des alliances ne plaide pas forcément en faveur du CDH. Sauf s’il devient premier parti, le CDH devra forcément faire sans le PS s’il veut être au pouvoir et avoir le bourgmestre. Or, la reconduction de son alliance avec Écolo et le MR n’est pas évidente. Avec les premiers, un accord devrait être possible, surtout connaissant les fortes inimitiés entre les verts et le PS à Namur. En revanche, le MR semble plus hésitant entre une nouvelle tripartite, ou une bipartite avec le PS. En outre, comme ils l’avaient tenté en 2006, il est possible que le PS et le MR soient tentés par une alliance combinée à la Ville et à la Province. Et si, comme certains commentateurs le disent, le PS et le MR décident de négocier au niveau national un accord pour gérer ensemble plusieurs grandes villes, Namur pourrait voir son destin se décider loin du confluent de la Meuse et de la Sambre.

C’est donc un fameux pari auquel le CDH est confronté à Namur, un pari qui a certes un enjeu local, mais qui pourrait aussi influencer la lecture nationale de la performance des centristes le 14 octobre 2012.

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