Le dictionnaire du prêt-à-penser

Réformes structurelles

Mateo ALALUF
Sociologue

La dérégulation a été le moteur du nouveau régime du capitalisme financier, l’accroissement des inégalités son carburant et les réformes structurelles son mobile.

Les États, endettés en raison du sauvetage des banques, du soutien aux activités économiques et de la baisse des impôts sont sous la menace des marchés financiers. Ils sont livrés aux politiques néolibérales qui dominent l’Union européenne. Celle-ci, particulièrement touchée par la crise de fonctionnement de la monnaie unique, nécessiterait selon les termes de Mario Draghi, ancien vice-président de Goldman Sachs et actuel président de la Banque centrale européenne, « une bonne austérité » consistant « à réduire à la fois les impôts et les dépenses publiques ».

Personne n’ignore pourtant que les programmes d’austérité n’ont fait qu’aggraver les déficits des finances publiques et de la dette qu’ils prétendaient résoudre. Sous couvert d’endiguer l’endettement, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) en voie de ratification, oblige les différents pays à réaliser des réformes structurelles qui n’ont d’autre effet que celui de parachever la révolution conservatrice entamée naguère par Ronald Reagan et Margaret Thatcher.

La Grèce a été la première à subir le châtiment. Mise sous tutelle de la « troïka » (Commission, BCE, FMI), la thérapie de choc qui lui a été administrée a déjà cassé la société grecque. Après l’Irlande, le Portugal et l’Italie, l’Espagne est à présent dans le collimateur. Des grèves générales et des protestations de grande envergure ont accueilli cette politique en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Belgique et dans bien d’autres pays. Elles donnent un aperçu de la résistance populaire et de la crise sociale qui menace.

En Belgique, les dix-neuf mois de gouvernement en affaires courantes avaient constitué un répit. La demande a été soutenue grâce à l’indexation des salaires. Les durées de préavis et le recours au chômage partiel ont protégé l’emploi si bien que la croissance ne s’est pas effondrée et que nos performances économiques ont été parmi les meilleures en Europe. La formation d’un gouvernement de plein exercice a sonné la fin de la récréation. La Commission, la BCE et le FMI nous rappellent à l’ordre.

Le gouvernement d’Elio Di Rupo s’est plié à la discipline budgétaire en approuvant le TSCG. « La rigueur douce » a conduit à la réforme des pensions rendant plus difficile l’accès aux mécanismes de retraite anticipée et de préretraite sans oublier ses conséquences sur le montant des pensions. Elle a aussi accentué la régressivité et la conditionnalité des allocations de chômage. Jusqu’ici, malgré les injonctions de la Commission, de la BCE et du FMI, relayées par le patronat et les partis de droite, l’indexation des salaires a été malgré tout préservée. Cette « rigueur » ne donne cependant encore qu’un avant-goût de l’austérité promise pour les trois prochaines années : l’« effort » à consentir, selon la règle du « plus on en fait, plus il en faut », équivaudrait au double de celui déjà fourni.

La crise constitue une opportunité pour parachever le programme néolibéral. Les réformes structurelles sont une attaque frontale contre les salaires. Elles réduisent aussi le droit de travail à un instrument de flexibilité et la protection sociale à un secours conditionnel destiné aux pauvres. La société ainsi réformée deviendrait celle d’individus isolés et non de citoyens disposant de droits.

Il y a plus de cinquante ans, l’idée des réformes de structure anticapitalistes avait galvanisé le mouvement ouvrier. À présent, les réformes structurelles organisent le démantèlement des droits sociaux. Elles sont destinées à faire basculer une société dans une autre. Encore faut-il que la société se résigne à subir les réformes néolibérales.