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LE POINT

L’écho de la présidentielle

Hugues LE PAIGE
Journaliste puis réalisateur et producteur de documentaires à la RTBF (de 1970 à 2004), il n’a jamais véritablement séparé les activités professionnelles de ses engagements politiques. Les valeurs qu’il (...)

La présidentielle reste bien la mère de toutes les élections françaises. Même si des observateurs ont critiqué une morne campagne où les principaux candidats se défaussaient trop souvent. Sarkozy pour faire oublier son bilan – « son boulet » – disaient ses adversaires. Hollande pour épargner son capital sondagier, affirmait le camp d’en face. Malgré l’absence ou la réduction de quelques thèmes essentiels pour l’avenir des Français en matière socio-économique ou écologique, c’est bien une vision du monde qui est sanctionnée par le vote. Le premier tour n’a pas encore eu lieu quand s’écrivent ces lignes. On n’épiloguera donc pas sur ses résultats, ni sur les stratégies de second tour que les deux finalistes devront mettre au point en fonction des rapports de force qui se seront fixés le 22 avril.

L’enjeu de ce scrutin majeur demeure, certes, d’abord national mais son issue jouera un rôle dans l’évolution des rapports de force politiques dans une Europe qui connaîtra ensuite des élections en Allemagne et en Italie. Un coup d’arrêt à l’offensive libérale qui, d’austérité en austérité, est en train de mettre à sac la protection sociale et le droit du travail dépend d’une victoire d’une gauche même extrêmement modeste dans ses ambitions. Condition nécessaire mais pas suffisante à la remise en cause de la politique de dérégulation généralisée menée par la Commission européenne avec les principaux gouvernements de l’Union.

De cette campagne, au-delà même de son issue, on retiendra évidemment l’extraordinaire mobilisation populaire réussie par Jean-Luc Mélenchon et le Front de Gauche dont le succès ne peut être réduit à une seule fonction tribunicienne. Face à l’approfondissement de la crise et malgré – ou en raison de – la prise de conscience de son installation durable dans le temps, une partie importante de l’électorat de gauche ne supporte plus la modération d’une gauche officielle qui frise la connivence avec un libéralisme même teinté de rose.

"Des mobilisations sociales impressionnantes se déroulent en Europe du Sud où, pilier après pilier (d’abord les retraites, ensuite le droit du travail), la Commission, la BCE et le FMI détruisent ce qu’on appelait jadis « le modèle social européen »."

Et, précisément, parce que cette crise est ce qu’elle est, avec sa dureté et ses promesses de lendemains encore plus sanglants sur le plan social, ce peuple de gauche qui est réapparu sur les places et dans les urnes exige à la fois une résistance plus grande et la reformulation d’une espérance. Les positions défendues par Mélenchon, bien plus que néo-révolutionnaires, ne sont finalement que la réaffirmation d’une social- démocratie de gauche. Mais elles tranchent, incontestablement. Et elles inspirent des candidats émules [1] en Belgique qui rêvent d’une contagion positive. Pour des raisons autant historiques que politico-culturelles, ce ne sera pas simple. Mais qui peut nier qu’aujourd’hui la question mérite le débat : chez nous aussi, l’émergence d’une force à la gauche du PS est-elle possible ?

On a pu penser, un jour, qu’Écolo contribuerait à cette cristallisation politique. Ce n’est plus à l’ordre du jour du côté des Verts [2]. Le PS ne pourra plus longtemps se contenter de l’éternel « sans nous ce serait pire » (même si ce n’est pas totalement faux). La droite libérale a le vent en poupe et, au-delà de son ironie polémique, Charles Michel n’a évidemment pas tort de féliciter Elio Di Rupo de bien diriger un « gouvernement de centre droit ». Les socialistes qui sont au gouvernement sans désemparer depuis plus de deux décennies ont répondu une fois encore qu’ils étaient le « bouclier  » des couches populaires. Le problème est qu’aujourd’hui il s’agit d’un bouclier percé dont les failles sont de plus en plus profondes.

Des mobilisations sociales impressionnantes se déroulent en Europe du Sud où, pilier après pilier (d’abord les retraites, ensuite le droit du travail), la Commission, la BCE et le FMI détruisent ce qu’on appelait jadis « le modèle social européen ». Elles pourraient se développer chez nous aussi si de nouvelles mesures d’austérité et de régression sociale sont prises. Dans ce cas, la question de la traduction politique de ces mobilisations sera posée d’une manière ou d’une autre. Mais cela fait beaucoup de conditions… 17 avril 2012

Mots Clés : France

[1] Voir en page 4 dans ce numéro.

[2] Voir en page 8 dans ce numéro.