Café Carabosse

Metro, boulot, facho

Irène KAUFER
Née en Pologne, psychologue de formation (mais non pratiquante), l’une des chevilles ouvrières de l’hebdomadaire POUR dans les années 70 puis reconvertie dans le commerce culturel et surtout le (...)

Alors, les copines françaises, on se sent mieux ? Du Chirac à 82%, c’est une grande victoire pour la démocratie ?

- Tu parles. Si tu comptes les 18% de Le Pen, les 19% d’abstentions et les 4% de bulletins blancs ou nuls, tu as 40% des électeurs inscrits qui ne se sont pas prononcés contre Le Pen. Partisans, complices, indifférents…

- Ou clones d’Arlette Laguiller…

- Et sans compter les non inscrits.

- Et sans compter ceux qui, à droite, n’auraient pas choisi le « vote républicain » si l’adversaire de Le Pen avait été Jospin. Je donnerais ma main à couper que Jospin n’aurait jamais atteint les 80%.

- Moi, je préfère penser à tous ces jeunes qui sont descendus dans la rue, à ces manifs spontannées…

- Chez les 18-24 ans, le Pen est arrivé en tête au premier tour. Alors, « les jeunes »…

- En tout cas, Le Pen c’est un vote de mecs. A tout les âges, dans toutes les couches sociales, les femmes votent moins Le Pen que les hommes. Pour ne prendre que les chiffres de 1995 (et l’écart grandit d’une élection à l’autre) : 19% des hommes, 12% des femmes. Chez les jeunes de 18 à 24 ans : 19% des garçons, 10% des filles. Plus net encore chez les étudiants : 16% et 6%. Chez les ouvriers non qualifiés : 34% des hommes, 20% des femmes… [1]

- Moi, je ne comprends pas qu’une seule femme puisse voter Le Pen ! Pas plus qu’un seul jeune d’origine immigrée, qu’un seul Juif…

- …ou même qu’un seul être humain !

- Oh mais attention ! Il n’est pas question de condamner les électeurs de Le Pen ! Il faut entendre leur « message » ! Répondre à leurs « préoccupations » ! Ce ne sont pas des fascistes, ni des racistes, ni des antisémites, qu’est ce que vous allez croire là ! « Pardonnez-leur, seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font »…

- Et les Hollandais, ils savent ce qu’ils font ? Tué, Pim Fortuyn s’est transformé d’une heure à l’autre en « Pimmetje », héros national. Plus personne n’ose l’attaquer. Une manif antiraciste a été annulée, la campagne électorale suspendue…

- Des élections sans campagne : une façon originale de réhabiliter la politique !

- Avec son majordome, ses épagneuls et sa demeure modestement surnommée « Palazio », c’était le défenseur idéal des « petites gens ».

- Les « petites gens » aiment les riches. Le Pen n’est pas non plus un SDF.

- On devrait arrêter, déjà, de parler des « petites gens ». On a reproché à Jospin ne jamais avoir prononcé le mot « ouvrier » dans sa campagne pour les présidentielles…

- Ah bon ? Ouvrier, ça existe encore ? Quand j’entends Elio Di Rupo, il parle toujours de « nos concitoyens ». Nos concitoyens, c’est toi, moi, l’épicier du coin, et même Albert Frère…

- Et même Filip Dewinter… A propos de Vlaams Blok, si on projette de lui couper les subventions publiques, en revanche, il faut offrir à ses leaders, même contre leur gré, une protection rapproché : vous imaginez le cauchemar d’un « Flupke », élu triomphalement bourgmestre d’Anvers à titre posthume et pour l’éternité ?

- Pour ce qui concerne l’assassin de Fortuyn, je ne sais pas si les animaux à fourrure et les parasites chiens [2]se sentent bien défendus, mais en tout cas, il mériterait bien un ministère : celui du développement durable.. de l’extrême droite.

[1] Chiffres cités par Janine Mossuz-Lavau, directrice de recherche au Centre d’étude de la vie politique française (Cevipof), dans un texte intitulé « les femmes font de la résistance ».

[2] Authentique ! D’après certains journaux hollandais, c’était le « combat » auquel il se préparait, et dont les parasites seront hélas privés pour cause d’emprisonnement.