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La Fef, plurielle, indépendante mais avec des principes (réplique)

Michael VERBAUWHEDE
Président de la Fédération des Étudiants francophones (fef)

Réplique de Michaël Verbauwhede, président de la FEF, à Thomas Lesuisse Mouvement étudiant : la fin d’une exception, Politique, n°73 (janvier-février 2012).

Suite à l’article paru dans le numéro de Politique de janvier 2012, il nous a semblé utile de revenir sur quelques éléments de l’analyse esquissée par Thomas Lesuisse. Il est vrai que le mouvement étudiant sans débat… ne serait pas le mouvement étudiant, Thomas Lesuisse est bien placé pour le savoir.

La Fef doit donc œuvrer à unir le mouvement étudiant, non à le diviser. Et ce mouvement étudiant uni sera pluriel, et indépendant.

Tous les éléments soulevés dans l’article en question sont importants et requièrent une réponse, un commentaire ou une contextualisation. Nous sommes toutefois contraints de faire des choix. Aussi, nous voulons nous concentrer sur deux éléments : d’une part, le débat sur la méthode de travail de la Fef et, d’autre part, la question de la diversité et de l’indépendance de la Fédération.

Concernant les méthodes de la Fef, il nous semble important de remettre les choses en leur contexte. Depuis 2007, et la campagne ResPACT, la Fef a tenté de se reconnecter avec sa tradition militante. Qu’on se rappelle les grandes grèves et mobilisations des années 1994- 1996, la manifestation contre le décret Bologne [1], ou encore les manifestations et grèves qui agitèrent les Hautes écoles durant l’automne 2004 [2].

Les méthodes militantes utilisées par la Fef visent à être proches des étudiants et des conseils étudiants (CE), travailler avec les étudiants et les CE, en impliquant le plus grand nombre autour de revendications communes. Cela se traduit notamment par des campagnes, des méthodes organisationnelles argumentées, qui demandent effectivement des contraintes horaires lourdes.

Ce retour vers une Fef plus militante s’est fait au détriment du travail de lobbying auprès des décideurs et du travail de commission. Cette évolution dans le travail de la Fef a été analysée comme étant une erreur. L’objectif est de garder le travail militant et le travail de lobbying comme complémentaires.

Influences diverses

D’autre part, ce retour à la tradition militante s’est effectué en faisant appel à des organisations expertes : l’Unef (Union des étudiants de France) et NUS-UK (National Union of Students). La Fef étant une organisation étudiante membre d’Esu [3], nous avons pu développer des contacts avec ces syndicats étudiants. Ainsi, grâce à nos collègues français nous y avons appris certaines techniques appliquées par après à la Fef. Cette organisation fonctionne par exemple avec des argumentaires prêts à l’emploi, des enquêtes, du travail de porte à porte, des plannings hebdomadaires. Par ailleurs, elle demande des contraintes lourdes (et c’est un euphémisme) à ses membres. Il en va de même avec la NUS-UK, qui fonctionne, dans la tradition anglo-saxonne pragmatique, avec des campagnes, des techniques de managament [4]. et utilise à outrance le « storytelling » dans celles-ci. La manière de concevoir les campagnes à la Fef se fait par ailleurs sur base d’un document traduit de la NUS. Nous pourrions multiplier les exemples avec les syndicats étudiants d’outre- Atlantique, comme la Canadian federation of students ou la Confédération des étudiants du Chili, devenue mondialement célèbre depuis quelques mois.

Les influences de la Fef sont donc diverses, ce qui fait qu’elle est une organisation unique, comme le sont toutes les autres ! Il serait absurde de nier l’influence de jeunesses politiques progressistes et syndicales dans les manières de faire à la Fef. Toutes ces organisations (Jeunesses socialistes, Ecolo j, Comac, EDH, Jeunes FDF, FGTB-jeunes, Jeunes CSC) ont un know-how, une pratique qui a influencé et influence la Fef. Au final, toute personne active à la Fef, membre ou non d’une organisation politique, l’influence et y laisse sa trace.

Avancer sur deux jambes

La Fef se veut indépendante, pluraliste, mais avec des principes. Sous cette apparente contradiction se cache en réalité le travail de la Fef depuis des années. En se battant pour un enseignement supérieur public, de qualité et gratuit, pour la liberté d’accès à l’enseignement supérieur, pour la participation étudiante dans l’enseignement supérieur, la Fef essaie constamment de rallier un maximum de conseils étudiants, étudiants, organisations de jeunesses, syndicats, personnalités autour d’elle dans son combat. La campagne ResPACT est un bon exemple de cela. Cette campagne, lancée par une plateforme, a recueilli le soutien d’une trentaine d’organisations du Nord comme du Sud du pays. Cette campagne fut un succès : 60 000 signataires, 4500 personnes à la manifestation, des étudiants actifs dans une vingtaine de campus en Belgique. Cette dynamique fut poursuivie avec les campagnes suivantes telles « Sauvez Wendy » ou « Wendy contre-attaque ». La manifestation du 6 avril 2011 pour la réduction du coût des études via un refinancement de l’enseignement était ainsi soutenue par les jeunes socialistes bruxellois, Ecolo j, Comac, la FGTB-jeunes et les Jeunes FDF [5]. Le dernier exemple en date est la plateforme « Objectif 7 » sur le refinancement public de l’enseignement initiée en 2011.

Dans notre élan, nous n’avons cependant pas mis les balises nécessaires pour éviter certains faits critiquables qui se sont déroulés ces derniers temps. Sous l’impulsion des conseils étudiants, nous avons fait un travail interne de remise en question face à ces agissements. Nous avons en conséquence clarifié nos statuts sur le devoir de réserve des membres de la direction de la Fef et interdit à ceux-ci de se présenter aux élections. Nous veillerons en tout cas à faire respecter ces décisions alliant bon sens et garantie de l’indépendance de la Fef.

Nous espérons que cet article aura permis de clarifier certains éléments. Que le lecteur soit convaincu que l’objectif premier de la Fef est et reste l’unité du mouvement étudiant. Les éléments soulevés par Thomas Lesuisse étant nombreux, nous nous sommes concentrés sur les points importants de notre travail à mettre en avant. Les clivages continueront à exister. C’est inévitable en démocratie. En revanche, les divisions ne le sont pas. La Fef doit donc œuvrer à unir le mouvement étudiant, non à le diviser. Et ce mouvement étudiant uni sera pluriel, et indépendant.

Par ailleurs, l’activité de la Fef devra avancer sur deux jambes : une jambe militante, mobilisatrice, et une jambe lobbying. Et sans ces deux jambes, elle ne pourra que boiter, voire tomber.

[1] P. Bouillon, « Étudiants et professeurs manifestent, ce jeudi après-midi, à Bruxelles », Le Soir, 11 décembre 2003.

[2] C. Pleeck, « Du “pognon” pour les hautes écoles », Le Soir, 12 octobre 2004.

[3] European Student’s Union, Confédération européenne des organisations étudiantes.

[4] SMART (specific, measurable, attainable, relevant and timed) ou SWOT (strenghts, weaknesses, opportunities, threats)

[5] Conférence de presse commune le 4 avril 2011.