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Comac : n’affaiblissons pas le mouvement étudiant (réplique)

Aurélie DECOENE
Présidente de Comac

Réplique d’Aurélie Decoene, présidente du Comac, à Thomas Lesuisse Mouvement étudiant : la fin d’une exception, Politique, n°73 (janvier-février 2012)

La Fef vit bel et bien une période difficile. Comme d’autres, nous sommes préoccupés par le manque d’unité qui s’est fait jour ces derniers mois et sommes critiques en plusieurs points sur la politique actuelle de la Fef. À la différence de ce que nous avons pu parfois faire par le passé, nous ne préférons pas étaler ces critiques au risque de contribuer à l’affaiblissement du mouvement étudiant. Nous pensons que l’unité se travaille certes par le débat entre élus mais pas forcément par pages de journaux interposées. Certainement à l’heure où toute dynamique centrifuge prépare – consciemment ou non – le remodelage du mouvement étudiant concocté en haut lieu par Jean-Claude Marcourt.

Si la Fef doit encore trouver en son sein un équilibre entre sensibilités partisanes et non partisanes, nous pensons que cela doit continuer à se faire dans un esprit positif vis-à-vis de l’engagement partisan.

C’est pourquoi vous ne trouverez pas ici de liste de griefs vis-à-vis des développements récents du mouvement étudiant. Nous voulons plutôt saisir l’occasion offerte par ce droit de réplique pour présenter le travail de Comac, sérieusement pris à partie dans l’article de Thomas Lesuisse [1]. Comac encourage ses membres à se porter candidats aux élections étudiantes et à s’impliquer dans le mouvement s’ils sont élus [2].

Assurément, cette volonté assumée peut différer de celle de membres d’autres jeunesses politiques, qui parfois préfèrent masquer leur appartenance politique pour feindre une indépendance. Feindre, un mot un peu fort ? Peut-être, mais nous pensons en tout cas que le mouvement étudiant n’est pas une bulle hermétique, qu’il est nécessairement traversé par les débats politiques qui structurent la société et ses partis. Ces débats, Comac veut en être partie prenante et se donner les moyens de l’être.

Des méthodes participatives

Dans ce cadre, nous reconnaissons néanmoins que quelques-uns de nos membres ont parfois manqué d’un peu de retenue. Mais si la Fef doit encore trouver en son sein un équilibre entre sensibilités partisanes et non partisanes, nous pensons que cela doit continuer à se faire dans un esprit positif vis-à-vis de l’engagement partisan.

Notre vision de société se traduit en matière d’enseignement supérieur par un point de vue critique des réformes européennes. La Commission nous vend un enseignement plus élitiste, privatisé et concurrentiel. Qui sera d’autant moins démocratique et proche des besoins de savoir et d’épanouissement de la (jeune) population [3]. C’est pourquoi nous nous opposons à toute forme de sélection à l’entrée des études supérieures et revendiquons notamment la gratuité, comme conditions nécessaires à un accès pour tous en pleine égalité à l’enseignement supérieur [4].

Dans ce contexte où la régression sociale et la régression démocratique vont en s’accélérant, le mouvement étudiant peut prendre deux grandes orientations : soit verser dans la résignation, soit entrer en résistance. Bien entendu, nous encourageons le mouvement étudiant à choisir la deuxième option, en promouvant un esprit de syndicalisme étudiant basé à la fois sur une certaine vision politique et sur des pratiques syndicales dynamiques et démocratiques : consultations régulières et construction de liens étroits avec les étudiants, défense de la participation étudiante, action et mobilisation du plus grand nombre…

Ce faisant, nous essayons de développer des méthodes de travail participatives et efficaces. Participatives tout d’abord car nous pensons que l’écoute et l’interaction avec le public dans lequel on est actif sont nécessaires pour changer les choses. Pour ce faire, nous utilisons régulièrement des sondages « faits maison ». C’est par cette méthode de travail que des membres de Comac candidats aux élections étudiantes ont mis à jour à l’ULB un problème central pour une majorité d’étudiants : le manque de temps entre chaque examen, qui apparaît comme une cause importante d’échec [5]. Cette proximité avec les préoccupations des étudiants explique en grande partie les bons résultats de la plupart de nos candidats.

Favoriser la participation signifie également pour Comac stimuler au maximum l’initiative et la créativité de nos membres. C’est comme cela que nous arrivons à nous impliquer sur des sujets aussi variés que l’enseignement, l’écologie, l’organisation de bloques collectives, la résistance à la banalisation des organisations fascistes au nord du pays, la solidarité avec les luttes du monde du travail… Parallèlement, nous recherchons à tirer ensemble sur des cordes communes et dans un cadre commun. L’efficacité est nécessaire pour la cohérence de notre organisation mais aussi pour sa capacité à avoir un impact sur les événements. Cela se traduit par le développement de campagnes nationales, par la recherche de collaborations avec d’autres organisations et par le développement d’outils de campagne créatifs. À ce titre, nous retenons l’idée évoquée par Thomas Lesuisse d’argumentaires « prêts à l’emploi », si ceux-ci allient participation (à travers une construction collective et évolutive) et efficacité (à travers un partage rapide des meilleurs arguments liés à une thématique). Lorsqu’on voit par exemple comment la campagne du Forum nucléaire a synthétisé des arguments prêts à l’emploi pour vendre son projet anti-écologique, cela nous pousse à questionner l’efficience de nos propres méthodes.

Voici, très brièvement décrit, le cadre de nos réflexions et de notre contribution au sein du mouvement étudiant, qui méritaient d’être exposées pour compléter le débat. Nous devrons encore améliorer ces pratiques et travailler en pleine collaboration avec les différentes composantes du mouvement.

[1] Mouvement étudiant : la fin d’une exception

[2] Voir le texte de notre 2e congrès (2008), p. 33.

[3] Ce qui a des conséquences néfastes pour le corps académique également. Voir la lettre d’Annick Stevens, chargée de cours à l’ULG, « Pourquoi je démissionne de l’université après dix ans d’investissement ».

[4] Voir le texte de notre 3e congrès (2011 – pp. 129- 144), ainsi que la brochure « Un enseignement supérieur plus cher ? » (2008), disponibles sur notre site www. changetheworld.org.

[5] Ces élus revendiquent depuis lors l’instauration de minimum 36 heures entre chaque examen, afin de garantir un meilleur étalement des examens.