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LE THÈME

Pistes pour reconstruire (introduction)

Les projets foisonnent. Un printemps des écoles nouvelles et actives ?

Ces projets vont dans tous les sens. Il y a ceux dont la presse a parlé, comme le projet « pédagogie active » à Forest. Ou encore l’expérience en cours de « Pédagogie nomade » à Limerlé.

Et puis il existe une série de groupes de citoyens qui, dans l’ombre, rêvent d’être porteurs de projets novateurs. À Liège, ce sont de jeunes étudiants issus d’un « régendat » en sciences humaines. À Bruxelles, plusieurs groupes à « géométrie variable » (parents, enseignants, travailleurs sociaux…) s’activent.

Mais il y a aussi, partout, de profondes insatisfactions par rapport au fonctionnement du système scolaire.

D’où vient cet engouement ? À Bruxelles, on pourrait penser que c’est, pour une part, la grave pénurie de places dans les écoles maternelles du croissant pauvre qui pousse à prendre des initiatives. On sait en effet qu’il faudra faire face, dans les années à venir, à l’arrivée de plusieurs milliers d’élèves supplémentaires (18 000 à l’horizon 2020, d’après Charles Picqué).

Mais il y a aussi, partout, de profondes insatisfactions par rapport au fonctionnement du système scolaire. Les uns lui reprochent ses multiples rigidités, les mêmes et d’autres son inadaptation aux jeunes issus des milieux populaires. Certains vont jusqu’à évoquer un Titanic en plein naufrage !

Parmi les porteurs de projets, on entend parler de « pédagogie active », de « mixité sociale » bien sûr, d’écoles pour tous… Que recouvrent concrètement ces « labels » de qualité ? (Lire les entretiens et les articles de Bernard Rey et Noëlle De Smet.)

On se réclame de Freinet, de Steiner, de Decroly, des mouvements d’éducation nouvelle. On trouve assez naturellement parmi eux un nombre important de parents qui ont déjà choisi pour leurs enfants des écoles primaires « alternatives » et souhaitent une poursuite possible dans un enseignement secondaire animé du même esprit. (Lire les entretiens avec Éric Van der A a, Jean‑Pierre Coenen, Françoise Guillaume, Laurence Jaumol et Annick Petiau ainsi que le texte du Collectif Épine).

D’autres, surtout à Bruxelles, veulent avant tout tenter de répondre au défi de la dualisation du marché scolaire. Ils privilégient la création indispensable et urgente de classes maternelles et primaires dans les quartiers populaires où elles font déjà défaut. Ils appellent de leurs vœux la création d’équipes spécialement formées à la délicate question des rapports aux savoirs des enfants de milieux populaires. (Lire les articles de Jos Beni, Noëlle De Smet et Jacques Liesenborghs).

Ils appellent de leurs vœux la création d’équipes spécialement formées à la délicate question des rapports aux savoirs des enfants de milieux populaires.

Les uns et les autres parlent de « chartes » qui engageraient les équipes éducatives dans des pratiques plus collégiales entre eux, plus actives et coopératives avec les élèves, plus ouvertes aux parents et à d’autres partenaires.

Notons enfin que les différents cabinets concernés ont jusqu’ici réservé un bon accueil aux porteurs de projets qui les ont sollicités. Tout en ne manquant pas d’attirer leur attention sur les délicates questions d’organisation (dérogation, pouvoir organisateur, statuts, implantation…) et sur la situation budgétaire de la Communauté française.

Au-delà de cette effervescence réjouissante, des questions politiques se posent. Quelles priorités ? À Bruxelles, cela devrait relever de l’évidence : soutenir les créations de classes et d’écoles là où il y a pénurie.

Le dossier aborde d’autres questions délicates : quelle marge d’expérimentation ? quelles pédagogies ? quelles équipes éducatives ? quelle architecture ? Et pourquoi de fortes résistances ici et là ?

Les témoignages recueillis, les réflexions proposées, les questions soulevées, les recherches menées… ne concernent pas seulement les écoles « nouvelles ». Ces initiatives interrogent le système éducatif dans son ensemble : les politiques mises en œuvre, les attitudes des citoyens-parents, les formations des enseignants, les contenus, les méthodes, l’organisation, la place réservée à l’éducation et à l’enseignement dans le débat public…

Tout est à repenser !

Ce dossier a été coordonné par Jos Beni, Noëlle De Smet et Jacques Liesenborghs.

Mots Clés : Enseignement