LE POINT

Zaventem-transit

Henri GOLDMAN
rédacteur en chef de Politique

Pendant que des avions décollaient de nuit, mettant notre landerneau politique dans tous ses états, quelques Africains, Congolais pour la plupart, essayaient de dormir dans la « zone de transit » de l’aéroport. La « zone de transit », c’est un petit morceau de Belgique qui, conventionnellement, n ’est pas considéré comme faisant partie du territoire national. Elle se situe entre les slots d’atterrissage et la douane et se compose de couloirs et de boutiques duty free.

Cette fiction juridique facilite grandement les pratiques de refoulement. Ainsi, ces derniers mois (et ce n’est pas fi ni), la zone de transit de l’aéroport de Zaventem a été peuplée par deux catégories d’indésirables. Il y a d’abord des personnes qui ont été appréhendées sur le territoire sans titre de séjour valable. Elles sont alors incarcérées dans un centre fermé pour illégaux jusqu’au moment où la Chambre du Conseil, instance judiciaire compétente, saisie par un recours urgent, statue que cette incarcération ne se justifie pas et qu’il y a lieu de les libérer. L’Office des étrangers s’exécute et « libère » ces personnes dans la zone de transit, considérant qu’elles n’y sont pas enfermées puisqu’elles peuvent tout à fait librement retourner dans le pays d’où elles viennent.

Il y a ensuite des personnes dotées d’un visa en bonne et due forme délivré par les consulats de Belgique, et dont l’Office des étrangers prétend que les conditions d’attribution n’ont pas été respectées : ces personnes auraient recours à de faux arguments (séjour touristique, études, travail) pour pénétrer frauduleusement sur le territoire en vue d’y rester. Ce n’est pas impossible, mais n’aurait-on pas pu s’en assurer au moment de la demande de visa ? À quoi sert un visa s’il ne garantit pas l’accès au territoire ? Et quelle foi donner encore à un engagement d’État si la seule conviction d’un agent de la police des frontières peut le suspendre ? Mon ami Saïd, qui est belge d ’origine pakistanaise, me dit qu’il se sent personnellement visé : osera-t-il encore inviter son frère pour l’été comme il en avait l’intention, au risque qu ’un fonctionnaire zélé ne lui impose une villégiature prolongée dans la zone de transit ?

Ceci ne concerne chaque année que quelques dizaines de cas. Chaque année aussi, l’Office des étrangers délivre environ dix mille OQT (ordres de quitter le territoire, à exécuter dans les cinq jours) à des personnes en séjour irrégulier. L’immense majorité de ces personnes ne s’exécute pas, et bon gré mal gré il faut bien s’accommoder. De ce fait, les démonstrations d’autorité dans la zone de transit se révèlent aussi dérisoires que la pose d’une rustine sur une passoire.

Mots Clés : Afrique , Immigration