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Assises de l’interculturalité, comme le messie...

Henri GOLDMAN
rédacteur en chef de Politique

Comme le messie, ou presque. C’est qu’on les attend avec impatience, les résultats de ces fameuses " Assises de l’interculturalité " dont tout le monde parle. Mises au projet du gouvernement fédéral, reportées mois après mois pour cause d’élections régionales, ces Assises n’ont été finalement lancées qu’en septembre 2009 sous la houlette de Joëlle Milquet en sa qualité de ministre de l’Egalité des chances.

Les Assises reprennent un chantier qui avait été suspendu en 2005, quand la Commission du dialogue interculturel (CDI) avait rentré son rapport. Issu d’une précédente initiative fédérale, la CDI avait travaillé d’une manière peu tapageuse à partir d’auditions privées. Son rapport, unanimement salué, s’attira pourtant deux critiques. Un : il avait renoncé à faire des recommandations sur la question la plus sensible du port de signes religieux dans les écoles et les services publics. Deux : aucun dispositif de suivi des recommandations n’était prévu. Le rapport fut donc salué comme il le méritait. Puis il passa au classement vertical.

Les Assises reprennent le collier après une interruption de quatre ans, dans un climat singulièrement alourdi. dans un premier temps, un grand nombre d’activités publiques décentralisées furent mises sur pied par de multiples opérateurs [1]. Un comité de pilotage fut constitué en veilant d’y inclure des représentants éminents des différents acteurs de la scène interculturelle et interreligieuse. Et pendant que les Assises semblaient peiner à se tracer une feuille de route, certains de ces acteurs, particulièrement impatients, ne manquaient pas de prendre des positions publiques tranchées dont on imaginait mal qu’elles pourraient ensuite faire l’objet de compromis [2]. Enfin, le comité de pilotage décida de structurer ses travaux en cinq commissions, dont les conclusions et recommandations devraient être présentées en juin 2010, ce qui semble déjà fort ambitieux vu l’ampleur de la tâche En savoir plus.

Mais on n’attendra pas ces conclusions pour qu’une véritable entreprise de démolition des Assises ne se mette en branle. celles-ci sont accusées par avance de capituler devant les exigences les plus folles de l’" islam réac ".

Ainsi, je reçois un courriel d’un dénommé Aldo-Michel Mungo que je ne connais pas. Via Google, je trouve sa trace sur Riposte laïque, un site français prétendument de gauche pour qui islam et islamisme sont rigoureusement synonymes. Le message reçu est un appel à rejoindre le nouveau Parti populaire (PP) de Mischaël Modrikamen. Un des arguments majeurs de la charge : " Dans l’opacité complète, le gouvernement organise de soi-disant Assises de l’interculturalité dont l’unique programme, sous prétexte d’accommodements dits raisonnables, est l’organisation de la ségrégation entre "Purs" et "Impurs selon les normas de la charia islamique ". Rien que ça.

Voici donc un " militant laïque " qui va au bout de son obsession. Il rejoint un ancien candidat à la présidence du Cal, déjà membre du bureau national du PP, qui déclarait, dans son acte de candidature soutenu par des laïques historiques [3] : " Nous sommes d’accord entre nous que l’extrémisme islamiste constitue la menace principale contre nos valeurs, nos libertés. "

Talleyrand disait que " tout ce qui est excessif est insignifiant ". Il se trompait. Dans le climat qui entoure aujourd’hui les questions liées à la présence de l’islam en Europe, les postures les plus excessives sont systématiquement promotionnées par un système médiatique qui adore qu’on s’étripe sur les plateaux.

On attend des Assises qu’elles nous proposent des compromis culturels tenables, où aussi bien la " société majoritaire " que les populations issues de l’immigration puissent se retrouver en dépassant leurs peurs respectives. C’est plus qu’un souhait, c’est une nécessité.

Mots Clés : Laïcité & religions , Immigration

[1] C’est dans ce cadre que Politique a proposé le thème du n°63 de février 2010

[2] Voir par exemple la position du Centre laïque sur l’extériorisation des signes religieux

[3] Il s’agit de Chemsi Chéref-Khan, dont la candidature fut soutenue par Paul Danblon, Jacques Lemaire de La Pensée et les Hommes, David Süsskind et Michèle Schwazburt du Centre communautaire laïc juif (CCLJ)