IDÉES

En défense de l’utopie

Lyman SARGENT
Professeur à l’université de Missouri Saint-Louis (E-U) et professeur invité à l’université d’Oxford. Spécialiste de théorie politique, il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur la question de (...)

Idéologie et utopie sont intimement liées, mais si la première touche à la croyance, la seconde relève du désir.

L’utopie, en ce qu’elle nous projette l’image d’un monde meilleur (et pas parfait), est-elle indispensable pour continuer à vivre ? Et peut-elle produire des changements politiques (progressistes) sans passer par la violence ?

Vous défendez dans votre travail la nécessité des utopies. Pourriez-vous définir ce terme ? Le concept d’idéologie est classiquement utilisé pour décrire un ensemble cohérent de principes visant à analyser et à changer la réalité. Comment distingueriez-vous ce dernier de votre conception de l’utopie ?

Clairement, l’idéologie et l’utopie sont intimement liés. Il y a une utopie au cœur de toute idéologie et une utopie peut devenir une idéologie, comme cela s’est souvent produit par le passé. Je dois reconnaître que j’ai encore du mal à clarifier la relation existant entre ces deux termes. Exprimé simplement, ma conception actuelle est que l’utopie, suivant l’expression de Ruth Levitas, concerne le désir tandis que l’idéologie touche à la croyance.

Le terme « utopie », en soi, signifie « nulle part », mais lorsque Thomas More a créé cette expression, il avait à l’esprit un « bon endroit ». Aujourd’hui, ce terme évoque principalement l’idée d’une représentation imaginaire d’une bonne société. L’utopie naît de l’insatisfaction. Ernst Bloch commence son exploration des manifestations historiques de l’utopisme par la fantaisie, qui concerne le plus souvent la gratification immédiate et se réfère au « pays de cocagne » (Cockaigne) médiéval, qui insistait sur la nourriture, la boisson et le sexe. L’utopie émerge donc d’un sentiment de manque dans nos vies et, dans ses formes les plus anciennes, ces besoins non satisfaits sont fournis par la nature et par les dieux. Si de telles utopies continuent à être produites, la plupart tentent d’imaginer la meilleure forme d’organisation possible des êtres humains pour qu’ils puissent obtenir ce qui leur manque. La majorité d’entre elles commencent par parler de nourriture, de logement, de vêtement. Elles sont ensuite davantage élaborées et se concentrent sur des thèmes tels que la politique, l’économie, l’éducation et l’organisation sociale.

L’utopie émerge donc d’un sentiment de manque dans nos vies et, dans ses formes les plus anciennes, ces besoins non satisfaits sont fournis par la nature et par les dieux.

Selon moi, l’idéologie est, quant à elle, un système de croyances. Dans un de mes livres [1], je la définis de la manière suivante : « Une idéologie est un système de valeurs et de croyances portant sur les institutions et processus sociaux et qui est accepté comme un fait ou une vérité par un groupe de gens ». Remarquez bien que si l’utopie est fictive, l’idéologie est perçue comme vraie. C’est là que réside la principale différence entre ces deux concepts et c’est aussi ce qui constitue le danger de l’idéologie. Si l’on pense que quelque chose représente la vérité, alors on n’est pas loin de croire que ceux qui n’acceptent pas cette vérité devraient, dans les termes de Rousseau, être « forcés à être libres  ». Le danger de l’utopie est qu’elle peut se muer en idéologie. La valeur de l’utopie, comme Paul Ricœur l’a soutenu, est qu’elle peut révéler et miner l’idéologie.

La plupart des réflexions sur l’idéologie affirment que nous vivons tellement immergés dans l’idéologie que nous ne la voyons même plus. Comme Ricœur l’exprime, « nous pensons à partir du point de vue de l’idéologie plutôt que nous ne la pensons ». Les utopies tendent à être connues plutôt qu’à être vraies. Et c’est pour cela qu’elles peuvent déstabiliser l’idéologie. Elles confrontent la prétendue vérité de l’idéologie en suggérant qu’il existe des vérités alternatives et, surtout, en soulignant que la « vérité » de l’idéologie a conduit à une « dystopie » ou à un « mauvais endroit » (le terme fut utilisé pour la première fois dès 1747 et John Stuart Mill l’employa en 1868 au Parlement, mais c’est seulement depuis le milieu du XXe siècle qu’il est devenu courant).

Il est intéressant d’évoquer également la littérature sur la « fin de l’utopie » qui a suivi l’effondrement du communisme (et rappelez-vous qu’il y avait déjà eu une littérature sur la « fin des idéologies » dans les années 1950 et 1960 avec l’ouvrage de Daniel Bell The End of Ideology : On the Exhaustion of Political Ideas in the Fifties et ensuite dans les années 1990 avec le livre de Fukuyama en 1992, The End of History and the Last Man). L’utopie qu’était le communisme était devenue la dystopie appelée communisme en Union soviétique et en Europe de l’Est (dont les régimes relevaient en réalité plutôt du capitalisme d’État). Mais ce qui était supposé remplacer cette dystopie ne s’est révélée être qu’une autre utopie qui s’est rapidement changée en dystopie également : l’idéologie du capitalisme de marché. Le désir pour une vie meilleure est ainsi devenu une idéologie présentée comme une utopie. L’utopie n’avait en réalité presque rien à voir avec « la fin de l’utopie », qui consistait en fait à remplacer une idéologie par une autre. Mais il y a bien sûr une utopie au cœur de ces idéologies et c’est l’utopie qui est vendue aux gens et non l’idéologie – comme l’a dit Frederik Jameson, toute publicité contient un élément d’utopie.

Une raison fréquemment évoquée pour justifier la méfiance envers les utopies est le fait qu’elles seraient toujours associées à un idéal de perfection. Comment une utopie peut-elle éviter le danger perfectionniste ?

L’utopie n’a rien à voir avec l’idée de parfait ou de perfection. Dire cela est légèrement exagéré car certaines utopies qui postulent un paradis après la mort sont décrites par leurs auteurs comme parfaites, mais l’écrasante majorité des utopies traitent du mieux et non du parfait. Et la distinction est importante. L’équivalence posée entre utopie et perfection est une manœuvre délibérée de ceux qui s’opposent au changement social. Dès lors, dès qu’on utilise le mot « parfait », on se rapproche de Karl Popper et ses acolytes qui prétendent que l’utopie signifie la perfection, ce qui est impossible et ce qui ne peut que mener à l’usage de la force et de la violence afin d’imposer cette perfection. Par conséquent, n’utilisez pas ce terme si ce n’est pas ce que vous voulez dire. Si vous vous opposez au changement social, alors employez les termes de « parfait » et « perfection » et on saura de quoi vous parlez. Mais si ce n’est pas le cas, évitez-les comme la peste.

Contrairement à l’idée commune selon laquelle les utopies auraient disparu, vous insistez sur le fait qu’il existe aujourd’hui de nombreuses utopies. Quelles sont celles auxquelles vous êtes favorables ?

À partir des années 1960 et 1970, les utopies commencent à changer. The Dispossessed, écrit en 1974 par Ursula K. Le Guin, a pour sous-titre An Ambiguous Utopia et présente une utopie troublée. Clairement présentée comme une meilleure société, l’utopie est habitée de vraies personnes caractérisées par de la jalousie, de la faiblesse, un désir de pouvoir (dans une société essentiellement anarchiste), de la possessivité… Dans son ouvrage Demand the Impossible, paru en 1981, Tom Moylan a qualifié de tels travaux d’« utopies critiques » ou de sociétés améliorées mais dotées de problèmes qu’elles pourraient ne pas être capables de résoudre. Les principaux textes de cette mouvance sont ceux de Marge Piercy, Woman on the Edge of Time (1976), de Joanna Russ, The Female Man (1975) et de Samuel R. Delany, Triton (1976) et bien d’autres qui suivirent. Il est intéressant de remarquer que deux de ces textes ont été écrits par des femmes et que le troisième l’a été par un homosexuel afro-américain.

En 1972, l’ouvrage de Russ, What Can a Heroine Do ? or Why Women Can’t Write, avance que la science fiction est le seul domaine dans lequel les écrivains femmes peuvent créer des femmes complètement humaines, son argument étant qu’il est nécessaire d’imaginer un nouveau monde si l’on veut permettre aux personnages féminins d’être de véritables héroïnes.

Les livres de Piercy et de Russ reflètent l’un des deux courants qui, au sein de l’utopisme contemporain, ont selon moi marqué ce qui est devenu un phénomène classique à l’échelle mondiale, à savoir l’utopisme féministe. Ce dernier a perduré jusque dans les années 1990 et a ré-émergé ces quinze dernières années. Certaines femmes se sont libérées de l’idéologie patriarcale et ont élaboré un utopisme ayant encore plus discrédité celui-ci. En 1972, l’ouvrage de Russ, What Can a Heroine Do ? or Why Women Can’t Write, avance que la science fiction est le seul domaine dans lequel les écrivains femmes peuvent créer des femmes complètement humaines, son argument étant qu’il est nécessaire d’imaginer un nouveau monde si l’on veut permettre aux personnages féminins d’être de véritables héroïnes. Mais l’avancée déterminante de ce texte était de réaliser qu’on était limité par un système de pensées dans lequel les femmes ne pouvaient être des héroïnes, sauf en se conformant aux termes de définition d’une héroïne élaborés par les hommes.

L’autre forme contemporaine d’utopisme selon moi particulièrement importante est l’utopisme environnemental. L’expression « écotopie » fut utilisée pour la première fois par Ernest Callenbach comme titre à son roman de 1975. L’idée qu’il est possible de vivre en harmonie avec l’environnement naturel s’ancre évidemment dans une longue histoire, mais l’idée avait disparu pendant un long moment. Toutefois, depuis 1975, un mouvement écologique mondial a émergé et le terme « écotopie » est utilisé dans de nombreuses langues. Il existe donc à présent un utopisme environnemental important.

Tous les discours utopiques actuels ne sont pas progressistes. Quelles sont les utopies contemporaines dont il faut se méfier ou auxquelles il faudrait même, selon vous, clairement s’opposer ?

Mise à part l’influence positive de l’utopisme, il faut en effet aussi aborder l’autre côté de la question. L’islamisme et le mouvement Hinduvata, par exemple, ont des utopies au cœur de leurs idéologies. Dans ces cas-là, l’utopie est destinée seulement à une minorité et la majorité en est exclue. Il y a de tout temps eu des utopies exclusives et elles ont toujours été dangereuses. L’évolution négative d’une utopie se produit lorsqu’elle se transforme en un système de croyances (une idéologie) et que ses fidèles accèdent au pouvoir et exigent que chacun adhère à leurs croyances. Une utopie suit, au contraire, un cours positif lorsqu’elle propose un monde qui est significativement meilleur que celui dans lequel on vit (mais sans être parfait pour autant) et confrontent les détenteurs du pouvoir afin d’améliorer les conditions de vie. Elle ne dit pas : « Adoptez mes propositions dans leurs moindres détails », mais nous montre seulement la voie d’un meilleur monde et demande : « Pourquoi notre monde ne pourrait- il pas être amélioré ? ».

Ma conviction est que nous ne pourrons améliorer le monde sans avoir une image positive de l’horizon vers lequel on veut se diriger. Le sociologue hollandais Frederick L. Polak a dit très justement que « sans images positives du futur, la civilisation s’effondrerait ». Pour moi, il existe une utopie véritablement fondamentale, celle dans laquelle tout le monde mange à sa faim, peut se vêtir adéquatement et n’a encore réussi à réaliser un tel objectif et les dirigeants de nombre d’entre eux n’ont que faire du fait que leur propre peuple est affamé. Pour les populations qui ont atteint ce niveau, l’utopie devient plus complexe en ce qu’elle impose de trouver une vision donnant du sens à la vie et qui conduise à réfléchir à l’éducation, à une forme de travail créateur de sens et à la manière d’éduquer les enfants à vivre dans une société bonne.

L’évolution négative d’une utopie se produit lorsqu’elle se transforme en un système de croyances (une idéologie) et que ses fidèles accèdent au pouvoir et exigent que chacun adhère à leurs croyances.

Ainsi, avons-nous besoin d’une utopie à trois ou quatre niveaux, en fonction de l’endroit où l’on démarre. Mais bien entendu, ce que je souhaiterais idéalement serait que l’on puisse se passer de niveaux différents et que l’on parte tous, en gros, du même point.

En tant qu’êtres humains, certains échoueront, d’autres essaieront de détruire le nouveau système et de le tourner à leur avantage et, malheureusement, parfois ils y arriveront, mais les dystopies créées lors de tels processus seront contestées par la vision utopique de la liberté réelle et de l’égalité dans un monde de différences. Cependant, je ne peux imaginer que l’on puisse un jour s’approcher de cet horizon sans garder cette vision à l’esprit pour nous guider.

D’une certaine manière, mon utopie est assez vague, mais selon moi l’utopie imprécise du progrès humain défini par certains paramètres identifiables est la plus forte et la plus importante des utopies. Plus on détaille son projet plus il y a de raisons de se quereller sur ce dernier et plus il est aisé de perdre de vue l’objectif central.

En vous écoutant, on ne peut s’empêcher de se demander comment cette utopie assez radicale pourrait pratiquement devenir réalité. En d’autres termes, comment est-elle censée être mise en œuvre ? A-t-on besoin d’expériences individuelles et micro ou d’actions macro et structurelles pour appliquer ces principes utopiques ? Par ailleurs, quelle importance faut-il selon vous accorder aux mobilisations basées sur certains intérêts collectifs par rapport à la simple promotion des idéaux ? Et enfin, est-ce que le type d’utopies que vous défendez peut trouver une application sans passer par une période de conflits sociaux et politiques aigus ?

Concernant la question de la mise en œuvre, ma réponse est que tous les éléments que vous mentionnez sont importants. Il serait contre- productif de penser que seules des approches micro ou macro feront le travail. Le slogan « penser globalement, agir localement » fait réellement sens. Chacun peut faire quelque chose pour changer son comportement et de tels changements sont cumulatifs. Un thème récurrent dans la fiction utopique est l’idée que chacun enseigne quelque chose aux autres ; les individus s’enseignent les uns aux autres comment agir différemment et mieux. De telles actions peuvent avoir un effet réel. Mais on a aussi besoin de gens qui agissent globalement. Le leadership politique est presque inexistant aujourd’hui. Les hommes politiques de carrière cherchent avant tout à conserver leur travail rémunéré plutôt qu’à pousser un changement social positif. Ils n’osent devancer leurs électeurs. Il devrait y avoir une formation au leadership politique. On n’aura pas de changement structurel sans leadership politique sérieux. Telle que la réalité se présente aujourd’hui, il semble dès lors plus aisé d’opérer des changements micros plutôt que macros et, s’il y en a suffisamment, alors les gens pourront entraîner dans leur sillage leurs « leaders  » politiques.

Les intérêts collectifs sont une source potentielle à la fois d’action positive et de frein à ces mêmes actions. Le dernier cas de figure est habituel : les riches obtiennent ce qu’ils veulent. Le fiasco bancaire des deux dernières années est un exemple évident. La richesse donne du pouvoir et la capacité de payer pour ne pas être punis même pour les erreurs les plus flagrantes. Des gens qui devraient être en prison sont sauvés par ceux à qui ils ont nuit, les citoyens ordinaires. D’un autre côté, si l’on peut inciter les gens à reconnaître leurs intérêts collectifs en tant que citoyens, ils peuvent alors exiger que les politiques agissent. À la fin du XIXe siècle, plusieurs parlements ont dû adopter le processus d’initiative selon lequel les citoyens pouvaient exiger des députés qu’ils votent certaines lois. L’idée provenait de progressistes découragés par la soumission des législateurs aux riches et cela mena à certains bons résultats. Mais les mêmes personnes qui avaient empêché le vote de lois progressistes comprirent que, en dépensant assez d’argent, ils pouvaient convaincre les citoyens que des législations régressives étaient dans leur intérêt ou, simplement, faire échouer les pétitions d’initiative demandant des législations progressistes et, aujourd’hui, c’est de cette manière dévoyée que ce processus fonctionne la plupart du temps.

Le leadership politique est presque inexistant aujourd’hui. Les hommes politiques de carrière cherchent avant tout à conserver leur travail rémunéré plutôt qu’à pousser un changement social positif. Ils n’osent devancer leurs électeurs.

Votre dernière question sur le fait de savoir si l’on peut réaliser une meilleure société sans conflits sérieux est, bien sûr, classique. Marx pensait qu’une révolution non-violente était possible mais il ne pensait pas réellement que les capitalistes cèderaient sans combat. Les fictions et les penseurs utopiques se sont divisés sur la question. Nombre d’entre eux, tels que Edward Bellamy dans son best seller mondial datant de la fin du XIXe siècle, estimaient qu’une évolution vers l’utopie était possible.Beaucoup d’autres, comme Jack London dans The Iron Heel (1907), pensaient que la révolution violente était inévitable. Je suis toujours fasciné par le fait que l’Afrique du Sud soit parvenue à éviter un bain de sang et je pense donc que nous devons reconnaître qu’un changement positif non violent est possible mais qu’il est aussi extrêmement difficile, et cela nous ramène aux échecs du leadership politique. L’Afrique du Sud a produit un très bon leadership politique au bon moment, tout comme a fini par le faire l’Irlande du Nord. Les deux situations sont loin de ce que les gens veulent mais elles sont tout de même meilleures que ce qu’elles étaient, ce qui montre que des changements pacifiques sont possibles.

En outre, il nous faut aussi être conscient du contexte historique. L’Utopie de Thomas More de 1516 est aujourd’hui critiquée pour les punitions sévères qu’elle prévoit en cas de crimes mineurs. Cependant, les sanctions qui prévalaient à l’époque pour les mêmes méfaits étaient en réalité plus extrêmes et incluaient même la mise à mort. Ce qui semblait adéquat en 1516 paraît inacceptable aujourd’hui seulement parce que nous avons vécu des progrès sociaux importants.

Lorsque j’ai commencé à enseigner dans une université publique dans une ville peuplée de 10% d’Afro-américains, il n’y avait presque aucun étudiant afro-américain et seul un Afro-américain parmi les professeurs. À présent, l’université reflète la composition de la population, à la fois au sein des étudiants et parmi le corps académique. Par ailleurs, j’avais alors une étudiante dont les parents refusaient qu’elle entre à l’université car son rôle était selon eux d’être épouse et mère. L’université lui octroya un prêt et elle est maintenant devenue avocate. Environ 50% des étudiants de la faculté de droit aux États-Unis sont à présent des femmes. On voit donc que les actions à la fois macro et micro peuvent engendrer du changement positif.

Marx disait qu’il ne pouvait prédire ce que des individus désaliénés pourraient créer comme bonne société et je pense que nous devons reprendre cette réflexion à notre compte. On peut réaliser des avancées, petites et grandes, vers une meilleure existence pour tous, mais chaque étape modifiera le but que nous cherchons à atteindre et l’on ne peut entièrement prédéterminer le résultat final. Le faire conduirait à ce qui se produit souvent, à savoir un affrontement entre progressistes sur des détails et à l’oubli que l’objectif est le perfectionnement humain.

Entretien et traduction réalisés par Sophie Heine.

[1] Contemporary Political Ideologies : A Comparative Analysis (14th ed. 2009).