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LE THÈME

L’interculturalité, fondement d’un féminisme pluriel

Ariane DIERICKX

Comme nombre de mouvements sociaux, le mouvement féministe se diversifie culturellement. Le fonctionnement interne du mouvement se retrouve questionné : il s’agit de changer le regard posé sur certains défis, pour éviter de reproduire des mécanismes routiniers de domination. Un réseau de femmes, d’ici et d’ailleurs, a vu le jour et permet d’échanger de bonnes pratiques.

Belgique, Iran, Maroc, Turquie : les trajets d’émancipation des femmes sont divers. Un réseau permet à des femmes de ces quatre pays de se rencontrer pour échanger leurs expériences et travailler ensemble à l’élaboration de projets communs.

Pour les quatre pays partenaires du réseau Femmes et sociétés en transition [1], il s’agit avant tout d’échanger, de forcer le dialogue entre les représentantes de courants a priori opposés mais toutes soucieuses de soutenir l’avancement des droits des femmes, de s’attaquer aux sujets qui rassemblent (les violences faites aux femmes, les mesures permettant d’améliorer la représentation des femmes en politique, l’évolution des rapports de genre dans des sociétés en mutation, l’image des femmes dans les médias…) comme à ceux qui divisent (la place du référentiel religieux comme cadre de référence pour l’évolution des droits des femmes dans des contextes socio-politiques différents ou encore l’indépendance des mouvements de femmes à l’égard des autorités politiques et publiques).

Égalité et diversité

Parmi les sujets qui fâchent : la question du croisement entre genre et interculturalité, très vite placée au sommet de l’agenda des rencontres du réseau. Car pour la Belgique, initiatrice du projet, l’enjeu est double : favoriser l’échange de connaissances et d’expériences pour permettre l’amélioration de la condition des femmes dans les quatre pays partenaires et mieux accompagner celles qui en Belgique vivent une double culture.

Genre et interculturalité : un thème difficile à double titre. D’abord parce qu’il y est question de savoir dans quelle mesure l’approche croisée entre ces deux concepts peut servir ou au contraire desservir la cause féministe. En quoi la tendance très nette observée en Belgique comme dans d’autres pays voisins ou plus lointains, sous l’influence notamment de l’Union européenne, de passer des politiques de l’égalité entre femmes et hommes aux politiques de diversité, représente un danger… ou une opportunité ? Et s’il y a danger, comment faire en sorte de le transformer en opportunité ?

Ensuite parce qu’il touche une question particulièrement délicate au sein des mouvements de femmes : l’existence de rapports de domination qui s’y opèrent, et qui, ici comme ailleurs dans la société, favorisent la prise de parole d’un groupe dominant (qui définit une norme comme étant la norme universelle alors qu’elle ne reflète que les intérêts, les besoins et les priorités du courant dominant) au détriment d’un ou plusieurs groupes dominés (exclus de la plupart des structures et espaces où s’élabore la décision).

Une réalité que contestent de nombreuses représentantes du mouvement féministe classique, convaincues que défendre les intérêts des femmes en dénonçant les dysfonctionnements d’une société patriarcale et les discriminations qui s’y manifestent, c’est forcément parler au nom de toutes les femmes. A priori en effet, parce qu’elles ont décortiqué, étudié et dénoncé depuis des décennies ces mécanismes de domination, les féministes devraient être mieux outillées que d’autres pour ne pas reproduire en leur sein les mêmes mécanismes de domination et pour ne pas imposer à toutes les femmes au nom desquelles elles prétendent ou pensent sincèrement parler, leurs systèmes de valeurs et leur socle de priorités. Lorsque, à l’occasion d’une journée de réflexion organisée dans le cadre du projet Femmes et sociétés en transition [2], des féministes issues de l’immigration viennent dire aux représentantes des mouvements de femmes belges leur sentiment d’exclusion et la difficulté qu’elles éprouvent à faire leur place au sein de ce mouvement, la première réaction est une réaction d’incompréhension et de déni. Et malgré les efforts consentis par ces dernières pour tenter de prendre en compte et relayer les questions liées au rôle et à la place des femmes immigrées ou issues de l’immigration dans la société belge ou pour développer une coopération avec elles, un malaise persiste, ressenti de part et d’autre.

Deux solitudes

Car le phénomène d’auto-exclusion et de communautarisme a déjà commencé à opérer. S’évertuant à convaincre les femmes du groupe majoritaire de se rallier à leur cause, ces militantes qui vivent de l’intérieur la double discrimination butent sur les positions d’autres qui ne se sentent absolument pas concernées ou qui ont tendance à privilégier l’analyse de la situation des femmes en général à ce qu’elles considèrent comme un ensemble de cas spécifiques.

Exaspérées par une forme de marginalisation et gagnées par l’amertume, beaucoup parmi celles qui ne se reconnaissent pas dans les couleurs du mouvement ont baissé les bras, claqué des portes et se sont dissoutes dans la masse, quitte à se désengager des causes qui leur tenaient à cœur. Absentes des espaces de réflexion et de discussion où s’élaborent les revendications féministes et des lieux où se préparent les décisions, invisibles dans la plupart des productions de savoirs et de connaissances féministes, qui se consacrent très majoritairement aux femmes en général sans vraiment s’attarder sur le sort des femmes immigrées ou issues de l’immigration [3], d’autres se sont organisées en marge du mouvement traditionnel, créant leurs propres associations de terrain et mettant sur pied des plateformes autour des problèmes spécifiques vécus par les femmes issues de l’immigration [4].

Ces militantes, qui ont fini par déserter les espaces organisés par le mouvement traditionnel, se sont retrouvées le plus souvent isolées, d’autant qu’elles n’arrivent pas à réconcilier des programmes qui tantôt s’entrecroisent, tantôt sont en décalage : le leur et celui du groupe majoritaire constitué d’autochtones. Tout se passe comme s’il y avait deux programmes, deux solitudes, sinon plus, qui ne se rejoignent qu’à l’occasion de grandes mobilisations. Cette situation se traduit sur le terrain par des luttes concomitantes, largement polarisées, et des programmes séparés que très peu d’initiatives ont jusqu’ici permis de réunir. C’est dire l’importance d’un projet comme « Femmes et sociétés en transition », dont on comprend dès lors mieux le succès.

Les actions organisées en Belgique dans le cadre de ce projet pour aller à la rencontre des femmes immigrées ou issues de l’immigration ont permis de découvrir plus profondément les fondements d’un autre féminisme, construit à partir d’un positionnement pluriel : celui de femmes désireuses de faire respecter leurs droits de femmes et leurs droits d’immigrées ou de filles d’immigrés.

Féministes musulmanes

Comme dit plus haut, ce positionnement a parfois donné naissance à de nouvelles structures, mais il a aussi favorisé l’émergence de nouveaux courants de pensée à l’intérieur du discours féministes. Le « féminisme islamique », à la recherche d’un équilibre entre le modèle d’émancipation occidental et le modèle traditionnel des femmes musulmanes, s’affirme de plus en plus en Belgique et dans d’autres pays européens. Ce nouveau courant, basé sur la réappropriation du religieux par des femmes qui défendent et affirment leur identité de féministes, est perçu par les unes comme un danger pour les acquis féministes dans nos pays et par les autres comme une occasion d’entamer enfin un vrai dialogue avec les femmes issues de l’immigration ne se reconnaissant pas dans le modèle occidental qui leur est proposé. Les jeunes femmes à la base de ce courant se réapproprient, décortiquent et réinterprètent les textes religieux pour proposer un cadre théorique pour un projet féministe musulman, inspiré à la fois du référentiel universel et du référentiel religieux. Une tendance que l’on observe également au Maroc et en Iran, où les féministes, coincées par des législations encore très discriminatoires et par le poids des courants fondamentalistes, ont compris l’importance de maîtriser la langue de l’adversaire et d’avancer sur le terrain de l’autre. Une même tendance observée en Belgique comme dans d’autres « sociétés modernes » confrontées aux questions relatives à l’« intégration », avec autant d’attention que de méfiance. Les féministes turques, mobilisées chez elles pour lutter contre le retour du religieux dont elles craignent qu’il ne finisse par mettre à mal les acquis de la république kémaliste comprennent mal cette « tolérance » des pays qui n’ont somme toute, à leurs yeux, rien à gagner dans cette aventure.

Derrière le voile

C’est pourtant en travaillant avec l’ensemble des femmes, en ce compris les femmes issues de l’immigration, en écoutant leurs parcours de vie et en tenant compte des difficultés particulières qui sont les leurs, dans un contexte particulier qui est celui de citoyennes faisant le grand écart entre deux cultures, chacune portant son système de valeurs propre, que l’on peut déconstruire réellement les préjugés qui font aussi partie du discours féministe et reconstruire, ensemble, un modèle véritablement respectueux des attentes et des intérêts de l’ensemble des femmes. Un modèle qui propose à chacune un trajet d’émancipation qui lui correspond, à vivre de l’intérieur et non imposé de l’extérieur par un groupe dominant qui a défini sa norme comme étant la seule variable.

Le débat sur le voile est à ce propos très éclairant. Il illustre d’abord la division de plus en plus nette au sein du mouvement féministe entre celles qui se positionnent pour une égalité « moderne » et « progressiste » au nom des principes de neutralité et de laïcité et celles qui privilégient le libre choix et l’émancipation des femmes par l’autonomie pour refuser toute interdiction du port du foulard. Une observation que l’on fait dans les sociétés d’accueil comme dans les pays d’origine. Déplorant la fin de l’« apparente ‘grande’ coalition des femmes unies contre le patriarcat », Sirin Tekeli, militante féministe très réputée en Turquie, membre du réseau Femmes et sociétés en transition, est très claire sur ce point. Pour elle, les « féministes égalitaristes » « prêtes à tout sacrifier afin de défendre le principe de laïcité » et pour qui les femmes portant le foulard islamique représentent « l’agent principal à travers lequel l’islamisme avance vers sont but ultime d’abolir la République laïque afin de créer un État islamique », comme les femmes voilées qui se radicalisent de plus en plus à cause de cette « diabolisation », finissent par former une coalition avec « les hommes de leur camp » et sont instrumentalisées au profit d’une cause qui n’est au départ pas la leur. « La parole des féministes stricto sensu est inaudible dans cette confrontation haineuse », déplore-t-elle [5].

Le cas iranien

En Iran, qui impose le foulard à toutes les femmes et où les droits les plus fondamentaux des femmes sont chaque jour un peu plus attaqués, la question se pose forcément en d’autres termes. Nahid Motie, sociologue spécialiste des études de genre, autre membre du réseau, explique à ce propos : « La confusion et l’ambiguïté à propos du voile ont mené les femmes aussi bien modernes qu’islamiques à conclure que cette question n’a aucune importance par rapport à celle des droits des femmes. Les militantes iraniennes ne sont plus sensibles au vêtement, elles se concentrent sur les revendications féminines. Cela ne signifie pas qu’il n’y pas de désaccords, de conflits et d’échanges difficiles, mais elles sont entrées dans une phase de l’histoire qui requiert leur coopération et non leur séparation. » [6] Il en va ainsi de la rédaction d’un Shadow Report sur la situation des femmes ou de la « Campagne pour un million de signatures » [7] soutenue par l’ensemble des organisations actives en Iran sur les questions féministes et qui a mobilisé jusqu’à ce jour des milliers de femmes et de jeunes filles iraniennes de toutes tendances partout dans le pays.

Et à Rabat ?

Le cas du Maroc est autre encore. L’enjeu y est surtout de donner au pays, et plus particulièrement aux femmes, les moyens qui permettront de faire de l’ambition de modernité inscrite dans la réforme de la Moudawana [8] (et surtout dans les revendications qui nourriront la seconde vague de réformes tant attendue par les organisations féministes) une réalité. La toute grande majorité des femmes marocaines, peu ou pas instruites et vivant dans les zones rurales où l’information circule mal, ne connaissent pas les droits que le nouveau Code de la famille leur a ouverts. Lorsqu’elles les connaissent, elles n’ont pas les moyens de réclamer leur application car elles sont la plupart du temps sous dépendance économique de leur mari. Les Marocaines savent donc que pour passer à l’étape suivante, celle qui permettra de profondément modifier les structures de la société marocaine et d’exiger un second train de réformes, les rapprochant un peu plus des droits inscrits dans la Convention pour l’élimination de toutes les discriminations à l’égard des femmes, elles doivent désormais viser une meilleure représentation des femmes en politique. C’est sur la solidarité entre femmes de toutes tendances, encore une fois, que les féministes marocaines misent pour aller plus loin. Sans cela, cette réforme présentée partout dans le monde arabo-musulman comme une révolution du genre – même si l’on en connaît aujourd’hui largement les limites et si l’on sait qu’il s’agissait plus d’une étape symbolique dans la course vers l’égalité que d’une profonde remise en question du statut des femmes – pourrait bien rester lettre morte et hypothéquer la suite du processus. Partout dans le pays, les efforts se concentrent donc sur tout ce qui peut renforcer l’accès des femmes à la vie politique : l’élaboration des revendications en matière de quotas sur les listes électorales, la formation des futures élues… Dans ce contexte, et même si comme partout ailleurs il fait aussi l’objet de tensions, le foulard semble un bien maigre problème.

Féminismes pluriels

On le voit à travers les exemples présentés, le croisement des concepts de genre et d’interculturalité amène une autre question, essentielle et particulièrement d’actualité : les stratégies mises en place pour soutenir l’émancipation des femmes doivent-elles être les mêmes dans tous les contextes géopolitiques ? Doit-on, parce que l’on vise les mêmes droits pour toutes les femmes de par le monde et sous couvert d’universalité du principe d’égalité des femmes et des hommes traduite dans les traités et conventions internationaux, emprunter toutes le même chemin et le même calendrier ?

La confrontation des expériences rassemblées à travers Femmes et sociétés en transition a convaincu l’ensemble des membres de ce réseau que non. Un autre exemple pour s’en convaincre : en matière de financement public des associations de femmes et de collaboration avec les autorités en place, les positions divergent entre les différents pays partenaires. Dans un contexte où l’autorité politique semble de plus en plus conciliante à l’égard des courants religieux et où le chemin à parcourir entre les législations – particulièrement avancées en matière de droits des femmes – et leur mise en oeuvre reste immense, les Turques préfèrent maintenir leur totale indépendance financière et se résoudre à travailler sur base de bénévolat et avec des moyens extrêmement limités. Les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence fonctionnent ainsi pour la plupart sur fonds propres. Elles observent avec étonnement et un brin de méfiance leurs sœurs belges lorsque celles-ci leur expliquent que les organisations coupoles féministes perçoivent directement de l’administration ou des ministres en charge de l’égalité des femmes et des hommes les moyens qui doivent en principe leur permettre de procéder à une analyse critique de leurs actions ou politiques et qu’elles accompagnent la délégation officielle belge à New York lorsqu’il s’agit d’aller évaluer les avancées de la Belgique en matière de suivi des revendications inscrites dans la plateforme d’action de Pékin. Pour pouvoir envisager quelques avancées ou simplement tenter de préserver les maigres acquis qu’elles ont pu sauver depuis la révolution islamique et l’arrivée au pouvoir de Khatami en 1997, nos amies iraniennes sont obligées, la plupart du temps, de composer avec un régime qui ne cesse de nier leurs droits et de les réduire. Ce qui ne les empêche pas de s’organiser par ailleurs, de plus en plus souvent clandestinement ces dernières années, pour affirmer leur désaccord avec les politiques mises en place.

Parce qu’il implique de nombreux partenaires de terrain et tente de faire le pont entre les positions et revendications de (groupes de) femmes aux parcours parfois très différents, Femmes et sociétés en transition fait partie de ces projets qui invitent à revisiter d’un point de vue conceptuel les fondements du féminisme – constitué en Belgique par des femmes appartenant à l’époque aux classes moyennes et supérieures de la société – et les moyens à déployer pour que ce mouvement reste uni et en phase avec les attentes de l’ensemble des femmes. Pour une structure comme Amazone, qui s’attache depuis sa création à soutenir et professionnaliser les associations de femmes et à créer des synergies entre les différents acteurs de l’égalité, ce projet a influencé de manière assez nette l’approche envisagée en termes de collaboration et de travail de fond : la solidarité entre femmes (de diverses cultures et couches sociales et de tendances différentes) ainsi qu’une attention particulière à valoriser les multiples formes et courants du féminisme sont depuis quelques années parmi les principaux axes de son action.

Passer du féminisme aux féminismes, tel est le principal défi auquel font face aujourd’hui les mouvements de femmes. Pour cela, il s’agit d’envisager toutes les pistes de rapprochement pour que les revendications des unes et des autres puissent davantage se croiser et mieux interagir les unes par rapport aux autres.

Rassembler pour avancer

Convaincues qu’il faut, pour bien dialoguer, dépasser les clivages, faire apparaître les nuances et repenser le modèle féministe afin qu’il parle de et à toutes les femmes, les membres du réseau Femmes et sociétés en transition ont pris le parti de rassembler : rassembler celles qui envisagent d’abord le projet féministe à l’intérieur d’un modèle laïque et celles qui acceptent de le faire coexister avec le référentiel religieux parce qu’elles pensent que le contexte sociétal n’est pas mûr pour en réclamer davantage aujourd’hui. Faire collaborer celles qui inscrivent leur action dans une démarche radicale avec celles prêtes à composer avec les autorités en place pour faire passer de petites réformes. Mettre autour de la table celles qui opèrent sur le terrain, plaçant le contact avec les femmes les plus démunies au sommet de leurs priorités, et celles qui construisent les savoirs et les théories féministes, qui agissent dans les institutions, les médias, les entreprises, qui colportent le message dans toutes les structures de la société, parce qu’il faut agir sur tous les terrains simultanément. Unir les femmes de toutes tendances politiques, philosophiques et sociales, les convaincre que travailler au-delà de leurs divergences permettra de rencontrer plus vite et plus fort l’objectif visé, parce que le projet féministe est un projet qui concerne toutes les femmes et qui propose un modèle de société dans lequel chaque citoyen et chaque citoyenne a à gagner. Faciliter le dialogue entre celles qui ont fait le choix de n’accepter aucune forme de soutien de la part des autorités politiques pour préserver une totale indépendance et celles qui défendent le féminisme « institutionnalisé » par souci d’efficacité. Éviter de construire un projet dans lequel ne se reconnaîtrait qu’une élite, un projet qui ne collerait pas avec la réalité quotidienne des femmes ou les préoccupations d’un nombre trop important d’entre elles.

Cette démarche est certes moins confortable que celle qui consiste à tenir la ligne du féminisme « orthodoxe », parce qu’elle implique inévitablement d’accepter de revoir un certain nombre de fondamentaux du mouvement pour lesquels des générations de féministes ont combattu. Mais c’est une démarche qui a au moins le mérite de ne pas reproduire la logique de domination contre laquelle ces mêmes féministes se sont légitimement levées durant le même nombre d’années.

Mots Clés : Féminisme

[1] Le projet Femmes et sociétés en transition a été lancé en 2006 par le centre de ressources pour l’égalité des femmes et des hommes Amazone à l’initiative de Simone Susskind et avec le soutien financier du gouvernement fédéral dans le cadre de sa politique de diplomatie préventive. Il a reçu depuis le soutien de nombreux autres départements et programmes politiques aux différents niveaux de pouvoir belges. Pour en savoir plus à propos des objectifs et des actions menées par ce réseau, voir le site d’Amazone ainsi que les rapports d’activités d’Amazone des années 2006, 2007 et 2008. Le numéro 238 des Cahiers marxistes, « Le féminisme à l’épreuve du multiculturalisme », y a également consacré un article et a laissé la parole à plusieurs des femmes du réseau.

[2] « Genre et interculturalité, pour un débat au sein du mouvement des femmes », journée de réflexion organisée le 19 octobre 2006 par Amazone.

[3] En introduction du numéro des Cahiers marxistes consacré au féminisme à l’épreuve du multiculturalisme, Nadine Plateau constate : « J’ai (…) été frappée, en parcourant les numéros de Chronique féministe, depuis 1982, de constater que nombres de textes y concernent les problématiques des femmes dans le Tiers monde, alors qu’aucun article ne traite des femmes immigrées chez nous. » (Cahiers marxistes, n° 238, octobre-novembre 2008, p. 13.)

[4] Il est à ce propos piquant de constater que ces nouvelles structures sont mieux organisées et financièrement soutenues par les autorités publiques en Flandre, davantage et depuis plus longtemps engagées dans les politiques de diversité, que du côté francophone du pays. Parmi les grandes organisations travaillant sur les questions relatives aux femmes issues de l’immigration, citons notamment le Steunpunt Allochtone Meisjes en Vrouwen, qui agit comme plateforme et reçoit un soutien structurel de la part des autorités flamandes, alors qu’aucune organisation équivalente ne bénéficie d’un tel soutien du côté francophone, où quelques organisations tentent vaille que vaille de survivre dans la course aux « petits subsides » et travaillent davantage au coup par coup.

[5] Sirin Tekeli, « Le foulard des femmes commence à voiler sérieusement l’avenir de la démocratie turque », Cahiers marxistes, n° 238, octobre-novembre 2008, pp. 25-39.

[6] Nahid Motie, « Naissance d’une quatrième vague : utopie ou réalité ? Le cas de l’Iran », Cahiers marxistes, n°238, octobre-novembre 2008, pp. 59-73.

[7] Cette campagne, qui a pour objet de rassembler un million de signatures pour obtenir des changements dans les lois discriminant les femmes, s’est largement inspirée, à la suite de la rencontre de Casablanca organisée en février 2006 dans le cadre du projet Femmes et sociétés en transition, d’une action semblable menée par les Marocaines. Elle est principalement basée sur la récolte de signatures par un contact direct en porte-à-porte et des dialogues avec les femmes individuellement et lors d’événements rassemblant un nombre important de femmes où les dialogues et les discussions sont possibles. Elle s’accompagne d’actions de sensibilisation et d’information sur les questions légales dans le grand public en informant tout spécialement les femmes et en favorisant les synergies entre les groupes œuvrant pour l’égalité entre femmes et hommes.

[8] Le code de droit civil marocain, qui règle l’ensemble des questions relatives à la famille, a été révisé en 2004. Parmi les changements apportés : la polygamie devient plus difficile (le consentement de la première épouse est désormais obligatoire) ; les couples doivent désormais demander le divorce devant la cour de justice (la simple lettre de répudiation établie devant un responsable religieux ne suffit plus) ; l’âge minimum légal du mariage passe de 15 ans à 18 ans pour les femmes ; une femme peut se marier sans le consentement de ses parents.