La Wallonie, + de sexisme au km² ?
Article paru dans POLITIQUE n°49 : avril 2007, par Irène Kaufer
« La Wallonie collectionne les points forts : sa situation idéale au coeur de l’Europe, ses réseaux de communication exceptionnels, ses universités internationalement réputées, ses centres de recherche et de formation, sa main-d’œuvre ultra-qualifiée, une énergie et une créativité hors du commun…
— Stop, n’en jetez plus, c’est quoi, la nouvelle fiction de la RTBF ?
— Non, c’est l’introduction d’une campagne de promotion du gouvernement wallon |1| intitulée « La Wallonie, + de talents au km² ». Et j’ajouterais : + de sexisme ! Involontaire sans doute, mais d’autant plus sournois…
— Ah bon, explique-nous ça.
— Déjà qu’au niveau des assemblées régionales, avec ses 20% de femmes, la Wallonie est loin derrière la Flandre (32%) et la Région bruxelloise (46%). Et maintenant, voici cette campagne qui met en avant les atouts humains de la région : scientifiques, sportifs, artistes, créateurs d’entreprise… Vingt-sept « Wallons de réputation internationale », se présentant, sur des photos joliment mises en scène, en « parrains » d’un autre talent, moins connu ou moins médiatisé. La campagne se décline en affiches, en catalogue illustré, en cartes postales largement diffusées… Eh bien, devinez combien de femmes, parmi ces « Wallons de réputation internationale » ? Deux, en tout et pour tout ! À côté de l’inévitable Justine Henin, il y a Véronique Bernier, qui s’est fait connaître pour ses bijoux et ses sculptures en verre et en cristal. Et les talents féminins wallons s’arrêtent là !
— Peut-être que les femmes talentueuses, et surtout connues, sont plus difficile à trouver…
— Est-ce qu’on a vraiment cherché ? On présente les frères Dardenne, et pourquoi pas la cinéaste Bénédicte Liénard, réalisatrice de « Une part du ciel », présenté à Cannes en 2002 ? Pourquoi aucune de ces comédiennes dont la réputation a largement franchi les frontières de la Wallonie, comme Marie Gillain, Cécile de France ou Emilie Dequenne, qui a tout de même reçu le prix d’interprétation féminine à Cannes en 1999 ? Et pourquoi Pierre Kroll et pas Cécile Bertrand, qui fait pour La Libre Belgique ce que lui réalise dans Le Soir : commenter l’actualité quotidienne en dessins ? Pas assez connue, pas assez « talentueuse », alors qu’elle vient de recevoir le prestigieux Prix « Press Cartoon Belgium 2007 », pour un dessin intitulé : « Pinochet conduit vers sa dernière demeure » |2| ? N’y a-t-il donc pas de chercheuses, d’entrepreneuses, d’écrivaines en Wallonie ?
— Et pourquoi pas Anne Demelenne, la présidente de la FGTB ? Ne me regardez pas de cet air ahuri : ce n’est pas si fréquent de voir un grand syndicat dirigé par une femme. Mais la Wallonie, cette région qui se voit reprocher sa domination socialiste, ose-t-elle être fière de ses syndicalistes, autant qu’elle l’est d’un « génie des affaires » comme Albert Frère ? Bon, d’accord, la question ne se pose même pas…
— On peut quand même se consoler en regardant les « talents parrainés », qui sont peut-être les célébrités de demain : pratiquement une moitié de femmes. Alors, espérons que l’équilibre sera meilleur à la prochaine génération…
|1| Voir http://talent.wallonie.be.
|2| Site http://users.skynet.be/cecilebertrand/, pour le dessin primé et pour les autres, ça vaut la peine d’aller faire un tour.

