Des cerveaux disponibles pour la Formule 1
Article paru dans POLITIQUE n°41 : octobre 2005, par Jacques Liesenborghs
Le spectacle vrombissant est terminé. Du moins à Spa-Francorchamps. L’heure des bilans est proche.
Les projecteurs ont été largement braqués sur les risques de dérapages financiers liés à cette opération prétendument « de prestige ». On peut le comprendre puisque la Région Wallonne s’était engagée — en notre nom ! — à combler les pertes éventuelles. Jusqu’à 18 millions d’euros (presque 1 milliard de FB.) cette année ? Et qui est en mesure de faire le compte des sommes encore plus colossales investies ne fut-ce que ces dix dernières années par les pouvoirs publics pour que les bolides gourmands en fuel continuent à tourner à Spa ? À l’heure du plan Marshall et de la flambée des coûts de l’énergie (sans oublier le drame Sonaca), ça donne à penser sur les priorités réelles des Kubla, Van Cau, Daerden, Happart and co.
Mais il est un autre volet dont personne ne parle : la couverture médiatique de l’événement. Pour me limiter à ce qui est le plus stupéfiant, j’évoquerai brièvement la débauche d’interviews, de reportages et de spots consacrés par le service public à ce grand show privé et on ne peut plus commercial ! On s’était beaucoup gaussé à la RTBF des propos cyniques de Patrick Le Lay, le patron de TF 1, qui avouait travailler à « rendre les cerveaux humains disponibles à Coca-Cola ». Nous, le service public, nous avons des missions nobles et culturelles ! On l’a bien vu la semaine qui a précédé le « grand prix ». Que d’émissions transformées en promo à peine déguisée pour le « grand » jour ! Quelle place démesurée accordée dans l’info à l’arrivée sur nos terres des rois du bitume ! Quelle fierté de mettre toutes les compétences et tous les moyens techniques de la maison au service des courses de chars modernes ! Du pain, des jeux... et toujours plus de fuel gaspillé, c’est cela que nos concitoyens demandent ?
Evidemment, quand on a investi des millions d’euros pour s’assurer la couverture des « grands prix » pendant cinq ans, quand on ne recule devant rien pour rester en grâce auprès d’Ecclestone, on doit en arriver là. Un véritable lavage-gavage des cerveaux ! C’est le choix de la direction de l’entreprise « culturelle et autonome » (c’est le texte de la loi...) : préférer les exigences du petit brigand au respect des missions de service public. Des contrats léonins, des caprices de stars, des « journalistes » réduits au rôle de porte-voix des intérêts les plus mercantiles, des spectateurs, auditeurs et téléspectateurs dopés à l’ EPO-F1.
Et après on dénoncera le goût de la vitesse chez les jeunes et moins jeunes, l’achat de voitures aux performances démesurées pour nos routes et à la consommation très gourmande. On participera aux campagnes de sécurité routière et on aidera les handicapés victimes des fous du volant ...
Y a-t-il un(e) pilote au volant du gouvernement de la Communauté Française pour veiller à mettre un peu d’ordre et de cohérence dans tout cela ?

