Un dernier combat d’Arthur Haulot
Article paru dans POLITIQUE n°40 : juin 2005, par Henri Goldman
Disparu à l’âge de 91 ans, Arthur Haulot a su rester jusqu’au bout un homme passionné. Statue de commandeur inattaquable, il aurait pu éviter d’écorner l’admiration unanime que la société lui portait. Ce n’était pas son style. Quelques mois avant sa mort, il se lança dans une polémique qui le vit se brouiller avec de vieux camarades et de jeunes admirateurs.
Cette année, on commémorait le soixantième anniversaire de la libération des camps hitlériens. La date de référence choisie fut le 29 avril 1945, soit le jour de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau. À la grande colère d’Arthur Haulot qui eut préféré le 27 avril 1945, date de la libération du camp de Dachau, là où il fut interné.
Car parmi la vingtaine de camps de concentration nazis répertoriés, Auschwitz fut un cas particulier. Lieu institué en symbole de la destruction des Juifs d’Europe, il fut aussi le seul camp de concentration rassemblant uniquement des Juifs, que les Allemands avaient soustraits à la solution finale.
Cette double face d’Auschwitz (en même temps centre de mise à mort immédiate dans les chambres à gaz et camp de concentration, auquel il était possible de survivre) a entraîné une confusion des mémoires. Parmi les rescapés de tous les camps, le point commun était une forme d’appartenance à la Résistance. C’était aussi le cas des survivants d’Auschwitz qui devaient souvent à leurs activités de résistance d’avoir été déporté dans les derniers convois, et donc d’avoir pu tenir jusqu’à la Libération. Ainsi se construisit une « mémoire » officielle de la déportation identifiée à la Résistance antinazie. Ce n’est que trente ans plus tard qu’une autre mémoire fit surface : la mémoire des déportés raciaux, déportés du simple fait d’être nés juifs, et exterminés dans leur immense majorité.
L’émergence de cette nouvelle « mémoire » a fini par reléguer au second plan la saga héroïque de ceux qui n’étaient pas voués à l’extermination et qui prirent pourtant tous les risques pour défendre la liberté. Arthur Haulot n’a pas supporté ce qu’il vivait comme une inversion des valeurs. Pour lui comme pour d’autres résistants, celui qui meurt pour son engagement d’homme libre mérite plus de considération que la victime innocente. Pourtant, il ne s’agissait pas ici de hiérarchiser les victimes en fonction de leurs mérites, mais de hiérarchiser les crimes. Dans l’horreur, rien n’égale la folie génocidaire. L’affirmer ne retire rien à la reconnaissance due aux résistants dont Arthur Haulot fut le héraut magnifique jusqu’à son dernier souffle.
Forum de cet article
> Un dernier combat d’Arthur Haulot
posté le 8 juillet 2005 (Un dernier combat d’Arthur Haulot)
cher monsieur, votre article n’engage que vous. auriez-vous, en premier, l’amabilité de corriger les dates que vous citez : ..." La date de référence choisie fut le 29 avril 1945, soit le jour de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau...." Ensuite, veuillez avoir l’honnêteté de ne pas faire dire et encore moins penser à la place d’Arthur Haulot. En vous remerciant
> Un dernier combat d’Arthur Haulot
posté par Marc Haulot le 8 juillet 2005 (http://politique.eu.org/archives/2005/06/6.html)
Venant de découvrir l’article d’Henri Goldman, je tiens ici à rétablir la vérité de la parole d’Arthur Haulot quant à la date de référence choisie pour la commémoration de la libération de camps de concentration car je ne peux admettre ce que je qualifierai de détournement de pensée.
Non, Arthur Haulot ne souhaitait pas que la date choisie soit celle de la libération du camp de Dachau, « parce que c’est le camp où il fût interné ». Non, pour Arthur Haulot pas plus que d’autres résistants, « celui qui meurt pour son engagement d’homme libre NE mérite pas plus de considération que la victime innocente » !!!
Quand Henri Goldman écrit qu’il ne s’agissait pas de « hiérarchiser les crimes », et qu’Artur Haulot « n’a pas supporté ce qu’il vivait comme un inversion des valeurs », il détourne totalement sa pensée.
S’il souhaitait que la date choisie soit celle de la libération de Dachau c’est parce que ce fut le premier camp de concentration créé par Hitler. C’est parce qu’il représente la naissance de ce qui deviendra vite un système mis en place par l’Allemagne nazie pour détruire toute opposition. C’est parce qu’il représente la mort du processus démocratique, observé sans bouger par tous les autres états. C’est parce que, justement, ceux qui s’y sont trouvé internés dès 1933, étaient des allemands opposant politiques au régime, des communistes, des sociaux démocrates, des syndicalistes, ainsi que des membres des partis conservateurs et libéraux. Que les premiers prisonniers juifs furent également envoyés à Dachau à cause de leur opposition politique. Les années suivantes de nouveaux groupes furent déportés à Dachau : homosexuels, tziganes, Témoins de Jéhova, prètres… et, après la Nuit de Cristal, plus de 10.000 juifs. Il ne s’agit donc pas du tout d’une inversion des valeurs ni d’une « récupération ». Si j’ose dire, Arthur Haulot voyait dans le camp de Dachau, la « synthèse » de tout ce qui a suivi. Quelle que soit l’horreur de ce qui s’est passé à Auschwitz-Birkenau, qu’Arthur Haulot n’a jamais mise en doute, il estimait que la mémoire doit, non pas hiérarchiser, mais s’appuyer sur l’ordre historique dans lequel les choses se sont passées. Il s’est battu jusqu’au bout pour que ce qu’appelle Henri Goldman dans son article « la nouvelle mémoire » ne puisse faire oublier la réalité et l’ordre historique, et relègue au second plan les hommes et les femmes qui se sont élevés dès le début contre le régime hitlérien, à l’intérieur comme à l’extérieur et que la Mémoire ne retienne pas « que » l’extermination des juifs à Auschwitz. Pour les femmes et les hommes d’aujourd’hui n’attendent pas de nouveaux génocides pour réagir, pour faire entendre leur voix et pour interpeler les dirigeants politques, ici et maintenant ! Marc Haulot


