Journalisme : une certaine mort annoncée
Article paru dans POLITIQUE n°37 : décembre 2004, par José-Manuel Nobre-Correia
L’évolution des médias depuis un demi-siècle met en évidence la crise du journalisme. Celui-ci fait en tout cas l’objet d’une profonde mutation. Et sa pratique devient de plus en plus problématique. Ne se trouverait-il pas tout bonnement à la veille de sa disparition ?
Détrompons-nous : l’âge d’or du journalisme n’a jamais existé. Dès son émergence comme art d’informer, le journalisme a toujours été soumis aux aléas de ses rapports au pouvoir et à la politique, comme de ses liens avec les milieux économiques et financiers, aux contingences de l’audience et de la concurrence, aux incertitudes de l’actualité et de ceux qui produisent les journaux.
Rappelons-nous : on peut situer la naissance du journalisme à l’aube de l’humanité et à la communication entre les hommes, à l’apparition des conteurs ou des messagers, à la naissance de l’écriture ou à celle des Actas diurnas romaines, à la mise en place de réseaux d’information politico-militaires ou marchando-banquiers, à la « découverte » de l’imprimerie typographique (au XVe siècle), à la création de la presse périodique (fin du XVIe-début du XVIIe) ou, bien plus tard, à l’industrialisation de la presse (au XIXe)...
Disons, pour faire bref, que la manière de concevoir la couverture de l’actualité et son traitement, que le métier de journaliste, tel que nous le comprenons aujourd’hui, est né durant les deux derniers tiers du XIXe siècle. Avec la révolution industrielle, la démocratisation de la vie politique, l’urbanisation et la scolarisation. Avec le souci de faire parvenir les journaux à un public plus large qu’auparavant. Avec la lente transformation de la presse, naguère artisanale, en une activité créatrice d’emploi et de rentabilité.
L’apport de la confrontation
Fortement marquée par l’empreinte politique et littéraire des siècles précédents, la presse a peu à peu progressé vers un compte-rendu des faits (collectés et vérifiés par les soins de ses rédacteurs) qui ne dispensait pas pour autant une mise en perspective et une analyse, voire, au besoin, une prise de position face aux grands événements et thèmes de la vie quotidienne.
Certes, les instrumentalisations étaient monnaie courante (surtout en période de tension politique, sociale ou militaire), tout comme la corruption (avant la Première Guerre mondiale comme dans l’entre-deux-guerres). En outre, la concurrence effrénée pour parvenir à atteindre un public de plus en plus large a poussé les journaux à une stratégie éditoriale privilégiant l’événement au détriment du cours des choses |1|. En montant en épingle ce qui était favorable à l’émotion plutôt qu’à la raison (les dérives de la presse « populaire » ne datent pas d’aujourd’hui, son attrait pour les faits-divers, les crimes et le sang était déjà évident dans les dernières décennies du XIXe siècle).
Il n’en reste pas moins que la factualité de l’info et l’éventail de ses origines n’ont fait que se renforcer. L’apparition de la radio, d’abord (années 1920-30), de la télévision, ensuite (années 1940-50), n’y ont pas été pour rien : les citoyens disposaient désormais d’une pluralité de médias (contre le journal généralement unique auparavant) qui leur permettait de confronter l’information proposée. Il devenait ainsi particulièrement malaisé d’escamoter les faits évoqués par les autres médias : L’Humanité et Le Drapeau rouge pouvaient difficilement faire l’impasse sur la dissidence en URSS et en Europe de l’Est, alors que Le Peuple ne pouvait plus annoncer à ses lecteurs qu’il ne serait plus question dans ses pages des activités du courant de La Gauche du Parti socialiste belge...
Les progrès dans le traitement de l’info se sont encore accentués avec l’autonomisation de la radio et de la télévision (dans les années 1950-70, selon les pays d’Europe) par rapport au pouvoir politique. On a pu ainsi entendre et voir des acteurs de la vie sociale et politique qui, auparavant, n’avaient pas droit d’accès à l’antenne car ils ne faisaient pas partie des structures dominantes du pouvoir.
Les mécanismes de freinage
Un tel processus ne fut pourtant qu’un feu de paille : au moment même où la presse, la radio et la télévision gagnaient en autonomie par rapport aux pouvoirs, en affirmant leur indépendance et leur quête de rigueur dans l’approche de l’info, des mécanismes divers se mettaient en route qui allaient entamer petit à petit ces acquis, conquis de haute lutte tout au long de presque un siècle et demi.
Là où la publicité était devenue une ressource d’appoint de la presse vers les années 1830, elle deviendra une recette importante à partir des années 1860. Pour devenir une donnée essentielle dans la gestion des entreprises de presse dans l’entre-deux-guerres. Et une donnée déterminante dans l’après Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, les recettes des grands quotidiens et périodiques provenant des ventes au numéro et des abonnements sont souvent résiduelles, la publicité intervenant quelquefois pour 60 à 70 % dans les recettes, quand ce n’est pas à 100 % (comme c’est le cas de très nombreux périodiques gratuits et des désormais nombreux quotidiens gratuits). Alors qu’en matière de radio et de télévision, les recettes publicitaires dominent largement l’économie de ces deux secteurs, surtout depuis la démonopolisation de l’audiovisuel des années 1970-80.
Cette emprise croissante de la publicité a entraîné une pression croissante des annonceurs sur le contenu des médias. En amenant les responsables de ceux-ci à accorder plus d’importance à des sujets susceptibles de favoriser l’acquisition des produits et services de leurs annonceurs. En proposant des thèmes de suppléments, encarts, magazines et « directs » divers (voir l’importance prise par les salons de l’automobile, des vacances ou de Batibouw, par exemple). En exerçant des représailles quand le traitement de sujets liés à leurs activités ne leur convient pas (non-envoi de communiqués de presse, non-invitation à des conférences de presse, refus d’interviews...). En retirant des budgets publicitaires à ceux qui se montrent peu attentifs à leurs avertissements |2|. Aussi, l’établissement de l’« agenda » de l’actualité et la hiérarchisation de l’information a peu à peu subi une distorsion favorable aux intérêts des annonceurs.
Les mécanismes de distorsion
Pour les milieux d’affaires, il ne suffisait cependant pas d’intervenir par le biais de la publicité. Aussi, ont-ils cherché à intervenir dans la collecte des informations, en fournissant eux-mêmes les « infos » et les « analyses » qu’ils souhaitaient voir publier. Une démarche dont s’inspireront les milieux dirigeants politiques, syndicaux et associatifs. L’avalanche de communications diverses des entreprises, institutions et associations a submergé les rédactions, amenant bien souvent les journalistes à ne plus exercer les démarches essentielles de vérification et de mise en perspective. Aussi, les « événements » de l’actualité sont de plus en plus le fruit d’un travail méthodique de services de presse, de directions de communication et d’agence de communication événementielle, agissant pour le compte d’entreprises, d’institutions et d’associations. Ce qui revient à dire que les équipes rédactionnelles ont peu à peu perdu une substantielle marge d’initiative et de latitude. Dès lors, comment s’étonner de tous les scandales financiers récents (qu’ils aient eu pour nom Enron, l’états-unien, ou Lernout & Hauspie, le belge), les journalistes ayant pris pour de l’argent comptant des résultats comptables truqués et des commentaires fallacieux issus en droite ligne des responsables des groupes en question...
Par ailleurs, du fait de la gigantesque prolifération de la presse périodique (surtout magazine) et de la démonopolisation de l’audiovisuel, les médias ont été entraînés dans une féroce logique de concurrence, sans commune mesure avec celle que l’on a connu depuis le XIXe siècle. Alors que les différents pays d’Europe disposaient généralement d’une station de radio et/ou de télévision, parfois deux, plus rarement trois (presque toujours de service public), à partir des années 1970-80, tous ont graduellement connu une situation où plusieurs dizaines, voire centaines de stations ont provoqué un dérégulation totale des principes les plus élémentaires de la pratique de l’information.
Petit à petit, le récit plus ou moins froid des faits d’actualité a cédé le pas à l’émotion. Le fait-divers, le sport et le monde du « show business » ont pris le pas sur l’actualité politique, économique, sociale et culturelle. L’info « de proximité » a gagné du terrain au détriment de l’information internationale. L’« intérêt humain » a détrôné la raison et donné aux journaux une dimension de divertissement, l’information prenant les allures d’un spectacle qui cherche à provoquer le rire, des larmes ou, en tout cas, des battements de cœur. Le but est d’attirer le plus vaste public possible et non pas de chercher à informer les individus pour qu’ils puissent assumer leur rôle de citoyens ou gérer au mieux leur vie quotidienne. Désormais, le journalisme prendra des allures chaque jour plus évidentes de mise en scène (même si la mise en page ou la mise en onde ont toujours relevé quelque peu de ce type de démarche). Et le journaliste se confondra avec l’animateur d’une émission à mi-chemin entre le magazine d’info et l’émission de divertissement, voire d’une émission de divertissement pur (« Le jeu des dictionnaires » ou « La semaine infernale » de la RTBF, par exemple).
Les nouvelles fonctions
Dans ce contexte déjà pas très favorable à l’épanouissement d’une information exigeante, qui donne du sens à l’actualité, le développement extraordinaire des technologies des télécommunications a provoqué une véritable révolution dans le système de l’information. Toute l’actualité va désormais pouvoir être traitée en temps réel, en liaison directe avec les endroits où se déroulent les événements et où les médias ont eu le souci de dépêcher un envoyé spécial. Auditeurs et téléspectateurs auront ainsi l’illusion de vivre les événements comme s’ils y étaient, alors même que les journalistes envoyés sur le terrain n’auront plus de recul par rapport aux faits et aux propos tenus par les différents acteurs ou témoins. Plus de recoupement, plus de vérification des faits, plus de mise en perspective : de telles démarches deviennent impossibles, faute de temps et de distance par rapport à l’événement. Le journaliste devient une sorte de manutentionnaire d’un attirail technique de plus en plus sophistiqué et, corollairement, une espèce d’hôtesse d’accueil qui reçoit le plus souvent des « témoins » dont la seule « compétence » est celle de résider dans les environs de l’endroit où s’est déroulé le fait qui mérite le direct, voire un maître de cérémonies qui organise soigneusement le déroulement du direct sur le plan scénographique.
Par ailleurs, la généralisation des procédés informatiques de production et de transmission de l’information ont eu, entre autres, une conséquence importante : de nombreuses étapes assurées autrefois par des techniciens spécialisés sont aujourd’hui assurées par les journalistes eux-mêmes. Ce qui leur laisse, encore une fois, moins de temps pour le travail de collecte, de vérification et d’interprétation de l’information. Un flot continu de dépêches et communiqués divers aboutit sur les écrans des journalistes qui sont difficilement en mesure de procéder à un tri et à une hiérarchisation consciencieuse des différents « items ». Aussi, ce sont désormais de plus en plus les communicateurs extérieurs qui dicteront l’« agenda » des médias, les journalistes étant bien souvent contraints d’assumer le rôle de simples sténographes des chargés de communication des divers pouvoirs.
Les retombées d’Internet
Dernière étape de l’évolution technologique : la naissance et l’extraordinaire expansion d’Internet. Après la presse périodique, la presse quotidienne, les actualités cinématographiques |3|, la radio et la télévision, un nouveau média fait son apparition dans le système de l’information. Certes, neuf ans après la mise en usage à grande échelle du World Wide Web en 1995, Internet reste un média aux contours incertains. Mais il permet d’atteindre une énorme variété de sources sans commune mesure avec celle proposée par ses prédécesseurs. Tout en soulevant une difficulté majeure : la masse de données d’actualité que l’on trouve sur Internet est très largement issue de milieux dont le souci premier n’est pas de produire des contenus répondant aux critères du journalisme, mais plutôt de milieux soucieux de communication promotionnelle, voire de propagande.
Outre une abondance et une variété sans égales, Internet offre aussi une possibilité pratiquement unique : tout individu dûment équipé peut être à la fois récepteur et émetteur d’informations, d’opinons, d’analyses. Bien évidemment, les « courriers des lecteurs » existent depuis très longtemps dans la presse et les « émissions interactives » deviennent de plus en plus courantes en radio et à la télévision, mais les éditeurs restent maîtres de l’accès de ces contributions. Et l’on sait que de nombreuses publications, radios et télévisions existent dans nos sociétés, à l’initiative de petits groupes ou de simples individualités. Mais, jamais comme aujourd’hui, tout un chacun a eu la possibilité d’émettre des messages à des coûts si bas, tout en parvenant à toucher une audience potentielle si vaste. Les médias et les éditeurs « traditionnels », tout comme les journalistes « classiques » ont ainsi perdu leur « monopole » séculaire de la fonction d’informer. La récente vague des « weblogs » |4| est à cet égard significative.
L’insoutenable contradiction
Ce passage en revue de l’évolution des médias et du métier d’informer depuis grosso modo un demi-siècle met en évidence la crise du journalisme ou tout au moins celle du journalisme né dans le courant du XIXe siècle et consolidé durant la première moitié du XXe, voire, par bien des côtés, durant des trois premiers quarts du XXe siècle. Car tout porte à croire que la pratique de ce métier, tel qu’il était institué, tel qu’il était enseigné dans les écoles spécialisées, devient très problématique, voire largement impossible |5|.
La contribution des annonceurs sera de plus en plus importante dans l’économie des médias, quitte à ce qu’une frange de ces médias échappe dans une plus grande ou moindre mesure à ce type de ressources. Leur emprise sur la conception et le traitement de l’information sera donc de plus en plus accentuée. Et les médias pourront difficilement y faire face, les résultats de leur gestion en dépendant largement.
L’évolution des vies politique, économique, sociale, culturelle et sportive fait que l’issue des enjeux auxquels elles font face est étroitement liée à la stratégie de communication de leurs acteurs, entreprises et institutions. Aussi leur emprise sur les journalistes ne peut qu’aller croissant. Et les journalistes se trouveront face à une insoutenable contradiction : pour obtenir des informations originales, « exclusives », ils devront côtoyer ces milieux, en donnant de ce fait même prise à toutes sortes d’instrumentalisations, de connivences, de compromissions.
L’imparable évidence
La logique de la concurrence effrénée fait qu’il est très difficile pour un média de lui échapper. Comment refuser cette logique, avec sa cohorte de faits-divers, de cris, de larmes, de déclarations à l’emporte-pièce ou bien de sujets gags, plus ou moins désopilants et « fun », quand ceux qui jouent à fond cette carte parviennent à atteindre les meilleurs résultats d’audience (Radio Contact, Bel RTL ou RTL-TVI, en Belgique, ou TF 1, en France) ? Comment refuser de mettre en avant un sujet « exclusif » plus ou moins fracassant, mais qu’on n’a pas eu le temps de vérifier, au risque de voir « ceux d’en face » l’annoncer en primeur, « démontrant » ainsi le plus grand dynamisme et la plus grand compétence de leur rédaction ? N’a-t-on pas vu El País (un des meilleurs quotidiens européens) annoncer à la une, en édition spéciale, la responsabilité de l’ETA dans l’attentat du 11 mars madrilène, sur foi d’un appel téléphonique de dernière minute du Premier ministre espagnol ?
L’évidence du direct, de la transmission en temps réel, est pratiquement imparable. Comment expliquer aux auditeurs et aux téléspectateurs qu’ils seront plus correctement servis en écoutant ou en voyant les journaux d’une station qui a pris son temps pour vérifier, mettre en perspective et analyser les faits d’actualité, alors même que les gens se précipitent sur celles qui privilégient les directs, en donnant l’illusion d’être dans le feu de l’action et, dès lors, branchées sur « la vérité » de l’événement ? L’emballement des médias français (mais pas uniquement français) au sujet de « l’affaire Marie L. » |6|, en juillet 2004, a constitué une parfaite illustration de cette logique imparable |7|.
Face aux données prolifiques et diversifiées puisées à des sources choisies par chacun, où l’on veut (domicile, lieu de travail ou ailleurs, n’importe où ailleurs), au moment où l’on veut, presque toujours gratuitement (ou du moins le croit-on, car on oublie le coût des équipements de base, de consommations ou d’abonnements divers), comment convaincre les usagers que les sites d’Internet sont souvent — à l’heure actuelle, en tout cas — peu fiables et tout aussi peu satisfaisants ? Comment les convaincre surtout de l’apport indispensable d’une équipe rédactionnelle qui, avec compétence et rigueur, trie, hiérarchise, met en perspective et analyse les événements ?
La perspective duale
L’évolution du système médiatique porte à croire à une crise de plus en plus accentuée de la conception du journalisme née dans le courant du XIXe siècle, voire à l’entrée de celle-ci dans une sorte de coma irréversible. Car, désormais, la couverture de l’actualité par les médias est faite selon des critères qui ne sont plus ceux d’un service rendu aux citoyens pour leur permettre plus aisément l’insertion dans la société, l’assomption du statut de citoyens dans la cité, dans le système démocratique. Il s’agit désormais de leur fournir une part de rêve et de jeu nécessaire pour leur permettre de surmonter les contraintes, les tensions, le stress, les angoisses de la vie quotidienne, professionnelle et familiale, mais aussi de les amener à assumer pleinement et joyeusement leur statut de consommateurs.
La conception du journalisme des XIXe et XXe siècles disparaîtra-t-elle pour autant ? On serait tenté de répondre par la négative. De la même façon que différents groupes sociaux sont d’accord de payer des abonnements pour pouvoir disposer de télévisions qui leur proposent des programmes exclusifs, de radios à la programmation musicale spécialisée ou de publications au contenu pointu, tout porte à croire qu’il y aura toujours des publics disposés à payer pour une information conçue selon des critères classiques, dûment mis à jour, adaptés aux besoins actuels des citoyens. C’est-à-dire : pour une information qui leur permettra d’être au courant de la vie dans le monde et des enjeux en question, de manière à mieux pouvoir s’insérer dans la société et à assumer leur statut de citoyen, mais aussi, et plus simplement, à mieux gérer la vie quotidienne et celle de ceux dont ils ont la responsabilité...
Nous vivrons ainsi chaque jour davantage dans une société duale : à l’avenir, une grande majorité de la population consommera des médias plutôt gratuits, soucieux avant tout de communication, d’émotion et de divertissement. En revanche, une minorité cherchera à avoir accès à une information de qualité, qu’elle devra payer et qui lui coûtera plutôt cher, mais qui lui permettra une plus grande opérationnalité face aux contraintes de la vie et l’autorisera aussi à maintenir son statut privilégié au sein de la société.
Le grand retour en arrière
Autrement dit : tout porte à croire que le journalisme comme métier d’information de masse est en voie de disparition. Restera toutefois le journalisme comme métier d’information des élites ou du moins de groupes sociaux restreints. D’autres techniques, immémoriales, reprendront du service, telle la rumeur ; d’autres, très anciennes, retrouveront le terrain perdu, telle la propagande ; d’autres encore, plus récentes sur les formes que nous leur connaissons aujourd’hui, gagneront encore de l’importance, telle la publicité. Des techniques qui ne relèvent pas du métier d’information, mais qui ont toujours prétendu et prétendront encore informer.
Nous assisterions ainsi à une sorte de retour en arrière, de quelque deux à cinq siècles : à l’origine, le pouvoir contrôlait étroitement les journaux par des mécanismes divers (privilège, organisation corporative...). Puis le pouvoir ecclésiastique, dès le XVe siècle, et le pouvoir civil, dès le XVIe siècle, ont mis en place la censure. Aussi, du XVe aux XVIIIe et XIXe siècles, malgré l’imprimerie, malgré les diverses publications, les milieux dirigeants disposaient de circuits d’information privés, grâce notamment aux célèbres « nouvelles à la main » qui proposaient des « informations exclusives » et échappaient plus aisément aux diverses censures. Pendant ces quelques siècles, le « grand public » (d’ailleurs très restreint) pouvait avoir accès à une information étroitement contrôlée par l’État et l’Église, alors qu’une toute petite élite pouvait disposer d’une information plus pointue, pour laquelle elle payait très cher.
L’histoire a en effet mis clairement en évidence la parfaite interdépendance entre les avancées du système démocratique et le degré d’autonomie de l’information. Et il est pour le moins douteux que l’avenir de nos sociétés puisse échapper à un tel principe...
|1| Voir aussi J.-M. Nobre-Correia, « La logique de l’événement », in Information et Media, éd. MCF, Bruxelles, 1979, pp.143-150.
|2| Ce fut le cas des exploitants des salles de cinéma bruxelloises à l’égard des pavés publicitaires dans Le Soir, il y a déjà quelques années, ou bien de Sabena à l’égard de De Morgen, plus récemment.
|3| Les actualités cinématographiques ont été lancées en France par Charles Pathé en 1908. D’hebdomadaires à leurs débuts, elles sont devenues bihebdomadaires, pour disparaître en 1980.
|4| Un Weblog, ou « carnet de bord en ligne », est une page web régulièrement mise à jour.
|5| Voir sur cette même thématique J.-M. Nobre-Correia, « Les incertitudes de demain », in Espace de Libertés, Bruxelles, n° 239, mars 1996, p.14.
|6| Pour rappel, il s’agit du récit inventé d’une jeune femme qui s’est dit être la victime d’une agression anti-juive dans le RER.
|7| Voir à ce propos Le Monde des 13, 14 et 15 juillet 2004, notamment.

