Café Carabosse — Le Café Carabosse

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Article paru dans POLITIQUE n° 33 : février 2004, par Irène Kaufer

« Un dossier sur les femmes et le pouvoir, sans même évoquer la star de ce gouvernement... est-ce bien sérieux... ? On a beau feuilleter, pas un mot, pas une photo, rien ! Pas un cheveu, pas un relent de parfum, pas une dent du sourire de Freya Van den Bossche !

— Ah bon, c’est une femme de pouvoir ? J’ai bien vu qu’elle faisait la couverture de tous les tabloïds, la Libre Match, Victor, pour ne parler que des francophones... Je pensais que c’était la dernière lauréate de la Starac’, À la recherche de la nouvelle star ou Idool 2003, la version VTM...

— Non, non, elle est ministre fédérale, mais elle doit avoir un agenda plus chargé que ceux de Laurette Onkelinx et Louis Michel réunis, ce qui n’est pas peu dire ! Magazines, télé... et parfois même, interventions politiques. Elle est partout !

— Regardez Victor, par exemple |1|. Titre du dossier : « Pourquoi elle cartonne ». Intitulé de son portrait : « Workaholic aux belles jambes », « Dégaine de top-model, mi-romantique, mi-érotique... »

— ... Ce qui ne laisse pas grand-chose pour la politique, évidemment...

— « C’est la femme politique que l’électeur mâle a envie de draguer, et que l’électrice femelle rêve d’avoir comme copine », commente une journaliste dont, par charité, on taira le nom...

— Mais le journal a aussi interrogé ses sœurs en charme... pardon, en politique, Marie Arena, Laurette Onkelinx, Joëlle Milquet,...

— Merci Joëlle, la seule qui prend quelques distances : « Attention au piège de l’image », dit-elle.

— Oui, mais Milquet est dans l’opposition, c’est pour ça.

— Le comble est atteint par les interviews de deux responsables d’agences de publicité...

— Quelle idée de les interroger, aussi !

— Bon, ils reconnaissent l’intelligence de la dame — on se demande ce qu’ils en savent — mais la suite vaut son pesant de fumier... Là, balançons les noms à la postérité, pour celles qui supportent encore la pub. Guillaume Van der Stighelen : « Comme on dit, pour faire une bonne soupe de poule, il faut d’abord une bonne poule ». Son confrère Jean-Jacques Luyckx : « À qualité égale, on préfère toujours un produit qui est bien emballé ». Tout ça rivalise d’élégance, de finesse d’analyse et de respect des femmes.

— Petite lueur dans la boue, le chanteur Arno, ami de Freya et qui refuse d’en parler : « Je ne veux pas entrer dans ce bazar », dit-il. Gloire à lui donc.

— Mais ce refus lui-même nous donne une bonne indication sur une certaine idée du journalisme. Arno n’a rien à dire ? On en fait un article. Bientôt on trouvera en première page ce titre renversant : « Bien que rien ne se soit passé, le Premier ministre s’est refusé à tout commentaire lors de la suppression de la conférence de presse ».

— Euh, excusez-moi, mais j’ai beau me creuser la cervelle... Freya Van den Bossche, je vois très bien sa tête, j’entends sa voix...mais elle est ministre de quoi, au juste ?

— De l’environnement, du développement durable et de la protection du consommateur.

— Le journaliste flamand Luc Van der Kelen, tout en lui prédisant une grande carrière, remarque : « Elle se rendra compte que son portefeuille est une boîte vide. Une bonne partie de ses compétences ont été régionalisées ».

— Freya elle-même dit : « Si dans quatre ans, on parle encore de mon look, c’est que je n’aurai pas su prouver que j’ai quelque chose dans la tête ! »

— Faut dire que dans les reportages, on ne la voit pas souvent à son bureau... Pas assez sexy, sans doute... »

|1| Victor, supplément du Soir du 4 octobre 2003

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http://politique.eu.org/archives/2004/02/73.html

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